mercredi 18 novembre 2009

Où sont passés les poètes ?


"Poésie, poésie où es-tu disparue ?
Au fond d'un ruisseau, sous un talus ?
Poésie, poésie où donc te caches-tu ?
Pourquoi personne ne t'entend plus ?"

Qui n'a pas écrit son petit poème, quelques vers jetés (et non pas "quelques verres jetés" même si les deux vont bien ensemble) sur un bout de papier pour clamer sa douleur ou sa joie ?
Je crois que personne n'a su résister à l'envie de se tester un jour : la poésie est-elle nichée au fond de mon âme ? N'aurais-je qu'à écrire le premier vers pour qu'une suite sublime et riche coule tel un nectar libéré de son amphore ?
Bien souvent... non ! Rien ne coule, rien ne sort, mis à part quelques rimes (ce qui d'ailleurs suffit souvent à notre bonheur - Cf : cette splendide création by myself en début de post !).

Pourtant et très étonnamment, la poésie fut LE genre littéraire le plus populaire et le plus édité ; de nombreux auteurs de roman s'y sont essayés avec succès.

La poésie est déjà présente en Égypte antique :

Grand Hymne à Amon
Ses yeux sont brillants, ses oreilles sont ouvertes,
et tous les corps sont vêtus
dès qu'il brille
Le ciel est d'or, le Noun est de lapis-lazuli,
et la terre est rayonnante de turquoise
quand il s'y lève !

Partout et durant tous les siècles, elle ne cessera de nous raconter le monde, de nous conter la nature humaine.

Elle sera citée pour illustrer telle ou telle humeur, telle ou telle situation, pour auréoler de son éclat raffiné celui
qui la dispense ; je suis toujours clouée d'entendre des gens sortir des vers de mémoire qui collent pile-poil à la conversation... Moi les seuls et uniques que je connaisse sont :
"Demain, dès l'aube, à l'heure où blanchit la campagne,
Je partirai. Vois-tu, je sais que tu m'attends."

Mais :
1/ tous ceux qui sont passés par le collège les connaissent donc ça n'a rien d'exceptionnel
2/ impossible à caser dans une conversation ! sauf pour signifier que "oui, demain je partirai tôt pour aider ma copine Ginette à lessiver ses murs qui n'attend que moi, on s'en doute, pour lui filer un coup d'main"

Où est donc passée la poésie ???
Où sont passés Corneille, Racine, Boileau, Lamartine, de Musset, de Vigny, Hugo, Baudelaire, Nerval,  Rimbaud, Verlaine, Leconte de Lisle, Mallarmé, Péguy, Apollinaire, Cendrars, Char, Cocteau, Eluard, Prévert, Aragon et Jean Passe j'en passe... ?

Aucune émission tv, aucun magazine ne publie quoique ce soit sur la sortie de recueils de poésie, aucun écho sur les radios... rien, rien, rien !

Les poètes sont devenus des OVNI (Objet Versifiant Non Identifié) : ils n'existent pas tant qu'on ne les a pas vus ! Et je n'en ai jamais vus de mes yeux vus ! Où se planquent-ils donc ? Qu'attendent-ils pour sortir des buissons et nous rappeler, à nous ingrats, que c'est souvent dans les bras de la poésie qu'ont débuté nos premiers émois ?

J'entends d'ici (oui, des fois on m'appelle Jeanne) certains dire : Et Bashung, et Brel, et Grand Corps Malade, et Gainsbourg, et caetera ?
Là je dis... Sorry angel ! Sorry so ! Je ne parle pas de troubadours... Je ne parle pas d'une poésie qui a besoin d'un soutien musical comme un cachet a besoin d'un verre d'eau ! Je parle d'une poésie nue, déployée sur une page blanche, prête à s'offrir au lecteur sans maquillage et artifice.

Je parle de poètes autour d'une table, invités d'émissions poétiques, dialoguant sur la sortie de leur recueil...
A croire que désormais on lit de la poésie comme on feuillette un magazine érotique... en toute discrétion.
Je dois y aller... Emballée par ce billet, étonnée par mes capacités créatives, je me sens une âme poétique et j'ai quelques vers sur le feu qui ne souffrent aucun délai sous peine de s'évanouir !


***

PS : LaLettrine vous a dégoté un OVNI : Eleni Sikelianos.

PSS : P. De Carolis, autre OVNI, vient de sortir chez Plon (dingue, non ?) un recueil de poésie : "Refuge pour temps d'orage"... Ce qui m'oblige à ajouter que même si je trouve ce titre très... poétique, il a l'inconvénient majeur d'enfermer le genre poétique dans une espèce de mélancolie et de vague à l'âme que je trouve dommageable. Tout comme en littérature, la joie et la réjouissance ne sont pas des signes de médiocrité... mais ça, c'est un autre débat.

mercredi 11 novembre 2009

Souvent l'Histoire varie, bien fol qui s'y fie !

Cela fait un moment que je voulais vous faire partager la joie et le délice de la lecture du Hors-Série du Point Historia N°1267 : 100 idées reçues (et fausses) en Histoire.

C'est une lecture qui redresse la culture et la replace dans une bonne verticale. Un dépoussiérage complet, un nettoyage de savoir. Je ne vais pas vous livrer les 100 articles du magazine mais tenter de vous donner envie d'en savoir plus et pourquoi pas, d'avoir la grande classe lors de futurs dîners ! (J'ai fait un échantillonnage afin qu'il soit toujours possible dans glisser un au détour d'une conversation. Merci qui ?)

C'est parti !


Jésus étant né à Bethléem, de Judée,
au temps du roi Hérode…
Matthieu 2,1
Tout comme Matthieu,l'évangile de Luc (1,5) situe la naissance de Jésus sous le règne d'Hérode le Grand. Or Hérode est décédé en l'an 4 avant la dite naissance de Jésus...
De plus l'Évangile selon Saint Luc précise que "Dans les environs se trouvaient des bergers qui passaient la nuit dans les champs pour garder leurs troupeaux." Coucher dans son champs en plein hiver (même en Judée) est plutôt incongru !
On peut donc supposer que Jésus avait bien plus de 33 ans lorsqu'il a été crucifié (tête en haut, tête en bas - crux commissa ou crux immissa - cela aussi reste à définir) et qu'il est né au printemps...


Nos ancêtres les gaulois ne sont pas devenus un peuple civilisé grâce à Jules César (après les spaghetti et les pizza, c'est toujours ça dont nous ne serons pas redevables à nos amis italiens !).
Ils pratiquaient déjà la salaison des aliments pour les conserver ; ils avaient mis au point l'ancêtre de la moissonneuse alors que les Romains se servaient encore de la faucille (non, on ne se moque pas !).
Ils ont inventé le tonneau, plus commode pour transporter et conserver le vin que l'amphore. Ils excellaient dans l'artisanat. Ils étaient maîtres dans l'orfèvrerie et la production d'outils en fer. Ils étaient (relativement) propres et avaient inventé le savon à base de cendres et de suif (plus spécifiquement utilisé pour les cheveux). Ils s'intéressaient au calcul, la géométrie, l'astronomie...
Tout ceux qui n'étaient pas grecs ou romains étaient alors considérés comme des barbares... d'où cette odieuse réputation que nous trimbalons depuis des siècles !


Ils n'avaient pas non plus peur que " le ciel leur tombe sur la tête"...
Cette idée que les gaulois étaient de fameux abrutis (logique quand on n'est pas dit civilisé) veut tout simplement dire qu'ils n'avaient peur de rien, excepté que le ciel leur tombe sur la tête... Ceci n'étant pas plus probable pour un gaulois que pour un français de 2009, il fallait donc entendre qu'ils étaient tout simplement intrépides, téméraires et ne craignaient rien ni personne.



Les vandales n'étaient pas plus vandales que les autres peuples germaniques qui envahirent l'Empire romain !
Ils ont conquis beaucoup de territoires mais après être défaits par l'armée Byzantine, ils se sont repliés en Kabylie où ils se fondèrent dans la population.
Seulement voilà, Voltaire va utiliser le mot "vandale" dans un sens péjoratif puis l'abbé Grégoire va sceller le sort de ce mot en donnant à "vandalisme" le sens qu'on lui connaît aujourd'hui.
L'histoire des Vandales était pliée et c'en était fini de leur réputation à jamais...


Nos ancêtres pensaient que la Terre était plate.
Et bien non. Anaximandre de Milet (philosophe grec présocratique - 600 ans avant JC) supposait déjà qu'elle était cylindrique !
Parménide d'Élée (également philosophe grec, également présocratique ayant vécu entre le V et le VI ème siècle avant JC) affirmera qu'elle est sphérique ; Platon et Artistote, comme la plupart des grands philosophes grecs, adopteront également cette représentation sphérique de la Terre.
Seulement voilà... l'empire romain s'effondre et les sciences entrent dans la pénombre pour un long moment : les penseurs chrétiens refusant d'adhérer à des théories "païennes", vont revenir à une représentation de la planète en forme de crêpe !


"Si quelqu’un désire être évêque, il désire une oeuvre excellente. Mais il faut que l’évêque soit irréprochable, mari d’une seule femme, qu’il gouverne bien sa propre famille, élevant convenablement ses enfants, car si quelqu’un ne sait pas conduire sa propre famille, comment pourra-t’il gouverner l’Eglise de Dieu ?" (Epître de Paul à Timothée, chapitre 3, versets 1 à 5).
Jusqu'au XI ème siècle, le clergé au complet pouvait se marier. Trente-neuf papes furent mariés et eurent des enfants. Certains ont même succédé à leur père ! Mais suite à plusieurs décrets, le pape Grégoire VII fait interdire l'accès aux églises pour les prêtres mariés ou vivants en concubinage. Motif : le clergé doit se vouer entièrement à sa tâche, sans liens familiaux qui permettraient la fondation de castes qui pourraient détourner les biens de l'Église. Ceci en parfaite contradiction avec l'épître de saint Paul. Mais on n'était pas à une contradiction près...


"C'est en 1452 qu'apparaît le premier ouvrage imprimé à l'aide de caractères mobile en métal : l'imprimerie est née sous les doigts de Johannes Gutenberg." Ça, c'est ce que l'on a appris mais en réalité, Gutenberg n'a rien inventé du tout ! Dès 1234, les caractères mobiles en métal apparaissent en Corée ! Le plus ancien livre imprimé à l'aide de cette technique date de 1377. Le roi coréen Htai-Tjong promulgue un décret en 1403 imposant la fabrication de caractères en cuivre afin de "répandre la connaissance des lois et des livres".
Le plus drôle c'est que Marco Polo, alors en Chine à la fin du 13 ème siècle, s'émerveille sur des billets de banque imprimés sans même s'interroger sur leur mode de fabrication : les européens ne montrent pas encore beaucoup d'intérêt pour cette "révolution" mais quand ils s'emballeront, ils décréteront leur cette fantastique découverte.


Il y a quelques semaines, j'entendais à la radio un journaliste déclarer qu'avant le XIX ème siècle, les gens n'étaient pas préoccupés par la propreté et les odeurs.
Ah, ah, ah... Gaussons-nous car même les journalistes se prennent les pieds dans les idées fausses de l'Histoire de France ! L'hygiène existe déjà au Moyen-Âge et les hommes et femmes de cette époque utilisent l'eau par plaisir. Les stations thermales vont se développer et se laver régulièrement est recommandé et encouragé. La plupart des quartiers des villes ont leurs étuves publiques. En 1292, Paris en comptait 27. Pour se laver on utilise le savon ou la saponaire (plante qui fait mousser l'eau).
Sans étonnement (car cela devient presqu'une habitude) c'est l'Église qui mettra un frein à l'essor de ces bains : elle voit d'un très mauvais oeil cet intérêt du corps.
Les médecins eux aussi s'alarment : l'eau est désormais considérée comme vecteur de maladies et d'épidémies.
Peu à peu, les étuves disparaissent et il faudra attendre le mouvement hygiéniste au XIX ème siècle pour que l'eau revienne en odeur de sainteté si je puis dire.


Antoine-Augustin Parmentier n'a pas du tout importé la pomme de terre en France aux alentours de 1771 !
Là, j'avoue, ça m'a foutu un coup ! Depuis le temps que je sautais sur l'occasion du hachis parmentier pour placer mon savoir sur le Monsieur !
La pomme de terre était cultivée en France deux cent ans avant que Monsieur Parmentier daigne s'y intéresser. On la retrouve nommée et étudiée dans de nombreuses études au XVIII ème siècle et peu à peu, elle gagnera toutes les provinces du royaume. Certes, on l'accuse de donner la fièvre (après l'avoir accusée de donner la lèpre) mais elle permet tout de même de lutter contre la disette.
Mr Parmentier sera, si je peux dire, le Séguéla de la pomme de terre ! En 1771 il promeut la pomme de terre avec un tel talent qu'un an plus tard, la Faculté de Médecine déclare sa consommation sans danger. Par la suite, toujours fécond en matière de promotion de la pomme de terre, il fera servir au roi Louis XVI et à son épouse un dîner uniquement à base de pommes de terre. Le roi enchanté le félicitera ainsi : "La France vous remerciera un jour d'avoir inventé le pain des pauvres."
Malheureusement la pomme de terre ne réussira pas à sauver la tête de ce monarque.


"Aux armes citoyens... formez vos bataillons..."
La Marseillaise pose souvent le même débat : pourquoi garder un hymne si guerrier ? aux paroles si violentes ?
Peut-être parce que l'on ignore qu'avant de s'appeler La Marseillaise, cet hymne s'intitulait : Chant de guerre pour l'armée du Rhin à Strasbourg.
Là, tout devient beaucoup plus clair : l'explication même de la violence de ce chant est dans le titre !
En avril 1792, Joseph Rouget de Lisle, capitaine du génie jurassien et musicien autodidacte (ça nous apprendra !) compose ce chant pour les notables de la ville de Strasbourg. L'annonce de la déclaration de guerre à l'empereur d'Autriche fait résonner les couplets dans toute la ville.
Au gré des voyageurs, le chant arrive à Marseille où il sera chanté pour accueillir les fédérés montpelliérains. Il devient alors : Chant de guerre des armées aux frontières.
Le titre change quelque peu mais demeure ce qu'il est depuis le commencement : un chant de guerre.
En juillet 1792, le voilà à Paris tout en restant assimilé aux fédérés marseillais ; il devient donc très vite : La Marseillaise.
Il semblerait que l'Éducation Nationale soucieuse d'éradiquer la violence de certains établissements ait planché sur l'idée d'unir les élèves autour de "symboles" unificateurs comme chanter La Marseillaise en classe par exemple...
Assagir des "sauvageons" en leur faisant scander un chant de guerre (et non un chant révolutionnaire), raciste de surcroît... je vous laisse goûter le paradoxe.


Trois ans avant la création de ce magnifique hymne à la guerre, la Bastille était assiégée. Mais qui sait exactement combien de prisonniers sont sorti libres après la prise de la Bastille ce fameux 14 juillet 1789 ?
Sept ! Vous avez bien lu : sept prisonniers étaient enfermés dans la prison de la Bastille ! Et même pas politiques : quatre faussaires, un aristocrate libertin et deux aliénés ! Manifestement on est loin du compte quand Michelet décrit la Bastille comme le symbole de "l'arbitraire capricieux du despotisme fantasque". C'eut été mais ce n'était plus lorsque la foule pénètra dans cet édifice. Stupides les révolutionnaires ? Pas vraiment. Nul n'ignorait que la Bastille n'était plus une place forte ni une prison politique. En revanche, ils ont une idée très précise de ce qu'ils cherchent lorsqu'ils pénètrent dans la Bastille : des armes ! de la poudre !
Dommage pour l'idée très héroïque que l'on s'en faisait mais ce jour là, il n'était pas question de libérer les "embastillés" et faire montre d'humanisme...


En 1894 lorsque Le capitaine Alfred Dreyfus est accusé de haute trahison, sa culpabilité ne fait aucun doute. Ni pour les partisans conservateurs de droite... ni pour les partisans de gauche !
Georges Clemenceau, radical de gauche, parle de "l'âme abjecte" de l'officier Dreyfus. Jean Jaurès trouve la sentence de déportation au bagne "trop clémente". Jules Guesde ne trouve pas la défense de Dreyfus prioritaire.
La "gauche" si sensible aux valeurs humanistes n'a rien à faire d'un officier bourgeois ni même de la véracité de sa culpabilité.
C'est dans "Le Figaro", journal conservateur de droite que la défense du capitaine va naître et s'organiser ! Émile Zola et Auguste Scheurer-Kestner vont élaborer trois articles qui paraîtront dans Le Figaro, destinés à alerter l'opinion sur les dessous de l'affaire.
Cependant Le Figaro n'ira pas au bout, craignant de perdre une partie de son lectorat et c'est dans L'Aurore, journal républicain socialiste pour lequel travaille Georges Clemenceau que paraîtra "J'accuse..." titre d'ailleurs trouvé par ce dernier.


Les époux Rosenberg... Il serait étonnant que ce nom ne vous dise rien mais pour ceux qui ne connaissent pas cette énorme affaire des années 50, je récapitule : New-York, 1950, les USA sont plongés dans une période anti-communiste répressive et implacable, c'est la "chasse aux sorcières" du sénateur Mac Carthy. Toute personne soupçonnée de sympathies communistes est considérée comme anti-américaine et risque les pires représailles : cette période (1950-1956) est appelée terreur rouge et l'épuration, massive, touche absolument tous les milieux.
Julius et Ethel Rosenberg, new-yorkais communistes, ainsi que Morton Sobell sont arrêtés par le FBI. (Concernant Morton Sobell, ce fut rocambolesque puisque qu'il s'est tout simplement fait enlevé au Mexique où il était parti se cacher puis a été livré au FBI !)
On accuse Julius d'avoir organisé la livraison d'informations à l'URSS sur les projets des usines atomiques de Los Alamos ; d'être le cerveau de ces activités d'espionnage.
Le couple est condamné à mort alors qu'il nie farouchement son implication. Ils nieront jusqu'au bout leur culpabilité alors même que des aveux leur offriraient la prison à vie au lieu de la chaise électrique. L'affaire s'emballe, les communistes lancent une énorme campagne mondiale pour sauver le couple, campagne qui réunira entre autres personnalités, Albert Einstein, Frida Kahlo, François Mauriac, Aragon, Picasso, Yves Montand, Hervé Bazin, Jean Dutourd, Jacques Prévert, Jean Cocteau, Colette, Albert Camus, Jean-Paul Sartre, Raymond Queneau, jusqu'au pape Pie XII.
Rien n'y fera, le couple sera exécuté le 19 juin 1953 et deviendra le symbole de l'erreur judiciaire. Morton Sobell fera 19 ans de prison à Alcatraz.
Mais... en 1995, la CIA annonce la déclassification des messages archivés depuis 1939 et Ô surprise, la culpabilité des époux Rosenberg devient évidente. On y apprend que ce n'est pas vraiment des documents concernant les essais atomiques qu'ils ont transmis à l'URSS mais plutôt des secrets sur les radars et les sonars. En 1999, un ancien espion soviétique, Alexandre Feklissov, alors âgé de 85 ans, fait paraître ses mémoires et confirme avoir reçu des renseignements des époux Rosenberg (Confessions d’un agent soviétique).
Pavel Soudoplatov, agent secret soviétique, soutient également dans ses mémoires que les Rosenberg "ne furent jamais rien d’autre que des messagers sans envergure et n’appartinrent jamais à nos principaux réseaux, mais leur arrestation subséquente eut des répercussions sur tout le globe."
Les polémiques demeurent mais il est quasiment certain aujourd'hui qu'Ethel n'a participé en rien à la transmission des secrets vers l'Est. Son seul tort est d'avoir été au courant des activités d'espionnage de son mari. Mais dénonce-t-on son mari ?
Il y a peu, en septembre 2008, Morton Sobell, âgé de 91 ans, a déclaré au New-York Times avoir effectivement espionné pour le compte de l'Union Soviétique et confirmé que Julius Rosenberg faisait de même.
A leur tour, les deux fils de Julius et Ethel Rosenberg ont tristement conclu que leur père était un espion. (NY Times du 17 sept 2008).
N'en demeure pas moins que tous ceux qui ont cru à l'innocence de Julius l'ont fait car il paraît totalement impossible de ne pas dire la vérité pour sauver sa peau ; il paraît incroyable de ne pas lâcher le morceau, au moins pour sauver celle qu'on aime. Devant les cris d'innocence de Julius, qui pouvait imaginer qu'il choisirait d'aller droit à la mort en emmenant Ethel avec lui plutôt que d'avouer son terrible secret... Julius a toujours magnifiquement nié avoir transmis quoique ce soit or il mentait. L'âme humaine est vraiment fascinante !

***

Pour ceux qui ne pensent pas trouver l'occasion de glisser un de ces sujets dans une conversation, j'ai planché et trouvé un lien à partir d'une conversation toute bête sur la musique !
Après l'exécution de Julius et Ethel Rosenberg, les deux enfants du couple furent adoptés par Abel et Anne Meeropol. Il se trouve qu'Abel Meeropol était instituteur mais aussi... parolier sous le nom de Lewis Allan.
On lui doit une de mes chansons favorites : Strange Fruit de Billie Holiday.
Vous avez compris ? Après hop, vous bifurquez sur l'affaire Rosenberg ! Tant bien que mal vous essayez de rebondir entre "communisme" et "Dreyfus", puis de prisonnier à Bastille. Là, vous vous arrangez pour caser "La Marseillaise". De là, petite réflexion sur les grandes périodes de rationnement durant les guerres et voilà ma pomme de terre !
Pour la question hygiéniste, on la case avant un repas, au moment de se laver les mains.

Bon... pour le reste, à vous de bosser et de trouver les bonnes pistes...


Grande classe je vous dis !


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samedi 7 novembre 2009

Nabokov for ever

Certains livres vieillissent un peu, beaucoup, pas du tout.
LVE avait émis cette réflexion concernant Edgar Allan Poe et j'avais acquiescé sur le côté suranné de son écriture (un peu du bout des lèvres, c'est vrai, mais ça c'est ma mauvaise foi naturelle).
La magie chez Vladimir Nabokov, c'est que rien dans ses écrits ne prend une ride.

J'ai hésité avant de parler de Vladimir Nabokov parce que les sites qui lui sont consacrés sont légion. Ils sont non seulement légion mais ils sont également pointus ce qui fait que ma contribution (l'absence de modeste est volontaire) n'avait pas grand sens à mes yeux.


Mais je me suis rappelée la façon dont j'imaginais l'écriture de Nabokov avant de la découvrir : poussiéreuse, classique et peut-être même affectée. C'est un à-priori qui ne s'explique pas si ce n'est par un béotisme inavoué.

C'est ainsi que m'est venue l'idée que d'autres avaient peut-être, eux aussi, cet à-priori sur Vladimir Nabokov et qu'il n'était pas utile de les laisser faire la même erreur que moi car cet écrivain (et ceci sans tomber dans une quelconque "nabokovolâtrie") est tout simplement splendide, moderne et extrêmement facile à lire.


Nabokov naquit le 23 avril 1899 à Saint-Pétersbourg, dans une riche famille aristocratique, qui émigra en Europe en 1919. Diplômé de l'université de Cambridge avec la mention "très bien" (1922), Nabokov commença à écrire, sous le pseudonyme de Vladimir Sirin, pour la presse de l'émigration russe à Berlin, où il vécut de 1923 à 1937 et où il épousa Vera Evséievna Slónim, elle-même écrivaine et traductrice, en 1922.


Après un séjour de trois ans à Paris, il part en 1940 avec Véra pour les États-Unis, où il enseignera dans diverses universités et acquerra la nationalité américaine en 1945.

Ce séjour de trois ans en France, et plus particulièrement entre Paris et la Côte d'Azur aura un impact important dans la vie de Nabokov. Il tombe éperdument amoureux d'Irina Guadanini. Irina n'avait manifestement rien d'une nymphette et avait alors trente et un ans mais Nabokov éprouva pour elle une intense passion ; on pourrait dire qu'il l'avait "dans la peau" puisque cette aventure déclencha chez lui une sévère attaque de psoriasis (Brian Boyd, p. 434).
Irina Guadanini ne sera pas la seule aventure extraconjugale de Vladimir Nabokov mais peut-être la plus forte.
Quelques années après cette relation tumultueuse, naitra "Lolita"
Stacy Schill dans sa biographie de Vera Nabokov, révèle que Vladimir Nabokov aurait eu plusieurs maitresses dans les années 30 alors que lui et son épouse vivaient à Berlin. Elle cite une des lettres que celui-ci avait écrite à un ami :
"Berlin is fine right now, thanks to the spring, which is particularly juicy this year, and I, like a dog, am driven wild by all sorts of interesting scents" mais la postérité et Nabokov lui même ne retiendront que Véra, 52 ans de mariage.
Véra la muse, éditeur, agent, traductrice, protectrice, chauffeur, assistante et remplaçante lors des cours magistraux de Nabokov.

Ce livre sur Véra Nabokov apportera la gloire à Stacy Schill avec le prix Pulitzer en 2000. Un livre laborieux où la participation de Véra Nabokov dans le travail de Nabokov est enfin révélée envers et contre la volonté de Véra qui au fur et à mesure que son importance dans l'oeuvre de son mari augmentait, minimisait son influence.
A un journaliste américain qui lui demandait : "could you say how important your wife has been as a collaborator in your work?", Vladimir Nabokov répondit : "I could not."

Et effectivement comment dissocier le travail de Véra de celui de Vladimir ? Alors même que Nabokov suggérait des pages à Véra, elle lui faisait remarquer : ""no, no, you can't say it this way," et Nabokov revenait vers elle avec une version remaniée. Elle pouvait aussi lui souffler une idée qu'il incorporait dans son travail. Ces observations ont profondément influencé les dernières pages de Lolita (écrit en grande partie à l'arrière d'une voiture conduite par Véra lors de leurs expéditions "chasses aux papillons" ; Véra portant un revolver à la ceinture pour leur assurer protection).

Etrange Véra qui avait interdit à son fils de lire Mark Twain de peur que cette lecture le pervertisse et qui criera au génie quand son mari se mettra à rédiger Lolita, allant jusqu'à récupérer ledit manuscrit que son mari avait jeté dans une poubelle en flammes.
"I shall be remembered by Lolita," avait prédit Nabokov en 1966. Fine prémonition.

Nabokov, qui n'aimait pas particulièrement la France, même s'il adorait la langue française pour sa musique et vouait un véritable culte à la Côte d'Azur (que l'on retrouve dans plusieurs de ses romans) avait beaucoup d'admiration pour notre littérature :

"Les Exercices de style de Queneau sont un chef-d'oeuvre palpitant et en fait une des plus merveilleuses histoires de la littérature française."(Intransigeances, p.188)
De leur côté les oulipiens ont été et sont des lecteurs assidus de Nabokov (ce fut en particulier le cas de Georges Perec).

A la différence d'Arthur Schniztler, Vladimir Nabokov refuse catégoriquement d'insérer des pistes psychologiques dans la conscience de ses personnages :
« J'ai fouillé mes rêves les plus anciens pour trouver des clés et des indications et permettez-moi de dire tout de suite que je rejette absolument le onde foncièrement médiéval, mesquin et commun, de Freud, avec sa recherche maniaque de symboles sexuels (recherche analogue à celle d'acrostiches baconiens dans les œuvres de Shakespeare) et ses petits embryons amers espionnant, de leurs recoins naturels, la vie amoureuse de leurs parents. »

La psychanalyse est une «grossièreté des illustrations» qui ne rend pas assez justice aux détails. Nabokov la condamne pour l'usage qu'elle incite à faire du «symbole».

Malgré lui, les personnages de Nabokov seront passés au tamis psychanalytique durant un demi-siècle et les analyses de l'écrivain, de l'épouse de l'écrivain et de tous les personnages créés par l'écrivain foisonnent dans la littérature psy.

Selon Brian Boyd, Nabokov a toujours nié avoir été influencé par un quelconque auteur ; il n'en demeure pas moins qu'il citait comme hautement importants pour lui : Gogol, Flaubert, Tolstoï, Tchekhov et comme poète Pouchkine.

Ceux qui découvriront Nabokov constateront qu'il avait un sens étonnant des perceptions visuelles, des petites choses nuancées et insignifiantes. Cette esthétique du détail lui vient de Tchekhov mais aussi d'un phénomène neurologique appelé "synesthésie". Dans le cas de Vladimir Nabokov, il s'agissait d'une synesthésie dite "graphèmes-couleurs" : chaque lettre de l'alphabet est associée à une couleur. Le "a" français lui évoque l'ébène polis, le "b" prend la couleur de ce que les peintres appellent "sienne calcinée" et ainsi de suite pour chacune des lettres de l'alphabet avec de belles nuances selon que l'alphabet est français ou anglais.

"The word for rainbow, a primary, but decidedly muddy, rainbow, is in my private language the hardly pronounceable : kzspygv" (Speak Memory 1966).

Pour se laisser séduire par Nabokov, sans passer obligatoirement par Lolita, Chambre obscure me parait être idéal.


"Chambre obscure" écrit en russe est publiée à Paris en 1932.

Mécontent de la traduction anglaise, V. Nabokov décide de traduire lui même son livre et de fait se met à le réécrire ce qui donnera "Rires dans la nuit" ("Laughter in the dark") en 1938.

Je ne suis visiblement pas la seule à être confuse par ces deux versions puisqu'est paru "Camera Obscura and Laughter in the Dark: the Confusion of the Texts" de Christine Raguet-Bouvart. Du coup les noms des personnages changent : Magda devient Margot, Bruno Kretchmar devient Abinius Dürer, Axel Rex etc...

Un vrai bazar mais peu importe, je ne vous parlerai que de la version que j'ai lue "Chambre obscure".

Il n'est pas vain de voir dans Magda, seize ans, l'ébauche de la future Lolita. Magda, ou comment la jeunesse qui n'a rien à perdre et tout à gagner, va conduire dans le gouffre un homme marié, un père de famille respectable qui n'a eu pour seul tort que de confondre fantasme et réalité.

Le fantasme est bien au coeur des héroïnes de Nabokov car la "femme-enfant", n’a aucune caractéristique particulière, dans la mesure où elle est une projection de l’homme sur la femme, une sorte d’invention. "Chambre obscure" en est une parfaite illustration.

Magda est une petite vaurienne, une vilaine friponne, à la fois exigeante et rusée mais c'est bien l'honorable Monsieur Kretchmar qui est venu la chercher, la supplier de lui accorder un regard. Magda par une espèce de "mieux que rien" compassionnel, poussée par un opportunisme sans faille, daigne lui planter ses crocs dans le cou. C'est le masochisme de Kreitchmar qui excite le sadisme de Magda. Mais parce qu'une polissonne de seize ans est à la fois susceptible de se laisser attendrir mais aussi de se lasser très vite, Vladimir Nabokov fait apparaitre un troisième personnage qui sera l'axe central autour duquel, Magda et Bruno Ketchmar tourneront : Axel Rex. Ce dernier, tout comme Magda, partage pour les êtres humains une rancoeur et un cynisme glacials.

"Le désir prend ses racines dans une perte initiale impossible à annuler [...] la perte est au coeur de l'oeuvre nabokovienne"(Maurice Couturier "Nabokov ou la cruauté du désir - Lecture analytique").

Traiter du sadisme en tant que perversion sexuelle, traiter du désir et de la perte voilà bien trois thèmes qui n'ont pas d'âge et ne peuvent pas vieillir.

Ce type de relation où la douleur est insatiablement liée au plaisir a déjà été exploitée via la charge érotique de la jeunesse (Gabriel Matzneff) ou la vieillesse pitoyable (Romain Gary) et ne laisse pas de nous fasciner...


***


A noter l'article de La Lettrine, sur un inédit de Nabokov, "The original of Laura" qui sera publié en novembre 2009 avec une traduction en français (laissée aux bons soins de Maurice Couturier) pour mars 2010.


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samedi 31 octobre 2009

Goodbye Moïse...

... Welcome Israel !

Les livres de l'archéologue Israël Finkelstein et de l'historien et archéologue Neil Asher Silberman "La Bible dévoilée, Les nouvelles révélations de l'archéologie" ainsi que "Les rois sacrés de la Bible. À la recherche de David et Salomon" sont une somme colossale d'informations à digérer en même qu'une énorme gifle à la face des religions judéo-chrétiennes.

On y découvre comment la Bible (Ancien Testament) s'est peu à peu étoffée : des faits, des mythes et des symboles. De réalité pur jus, très peu en vérité.
Pour appuyer leurs théories, les deux auteurs sont prodigues en découvertes archéologiques extrêmement récentes, ce qui est une véritable mine d'informations puisque ces dernières ne sont généralement connues que des initiés.

On y découvre que le peuple hébreu n'a pas poireauté quarante années dans le désert (quel désert d'ailleurs, puisque pas moins de cent itinéraires ont été évoqués). Cet exode serait plus symbolique que réel ce qu'avait déjà évoqué une égyptologue et non des moindres, Christiane Desroche Noblecourt.

Si l'exode décrit dans le Livre de l'Exode n'a jamais existé, on peut légitimement se demander où Moïse a t'il reçu les Tables de la Loi. Et les a-t'il reçues ? Et bien... cela aurait très difficile puisque Moïse n'a pas existé ! Pour le dire autrement, aucune preuve n'atteste de son existence.
Tout fout l'camp, tout s'écroule et c'est le monothéisme qui se prend un uppercut.

Le roi David n'est pas mal dans son genre, puisque lui, au moins, a existé. Mais attention il n'était pas le roi guerrier, musicien et poète que la Bible décrit mais un bandit de grand chemin, un mercenaire (un peu le style de François Grimaldi pour ceux qui connaissent l'histoire de la Principauté de Monaco). Les psaumes qu'on lui attribue ne seraient absolument pas de sa plume mais de celle, des siècles plus tard, des "écrivains" du Livre des Prophètes.
Salomon, son fils, en prend aussi pour son grade question prestige : on cherche encore ses écuries et ses monumentaux édifices !

Le plus étonnant dans ces livres, c'est que l'on n'en ressort pas moins croyant pour peu qu'on ait la foi car les auteurs insistent sur le fait que c'est bien de "symbolique" dont il s'agit et tout comme l'Arche de Noé, peu importe les faits, demeure le message qui est lancé aux peuples...

Ce serait un travail trop lourd de vous décrire les points forts de ce livre, je vous renvoie donc aux sites qui ont pris le temps de le faire.
Mais comme ce post va être ridiculement court pour décrire deux livres absolument magistraux, je vous fais cadeau d'une interview donnée au Nouvel Observateur le 18 juillet 2002 par Israel Finkelstein :



«Une grande partie de la Bible est légendaire»

ll n’y a pas trace de Moïse ou de l’Exode dans l’Histoire, le royaume de Salomon était minuscule, le voyage d’Abraham est fictif : le directeur de l’Institut d’Archéologie de Tel-Aviv remet en question les croyances les mieux établies.
Par Victor Cygielman


Le Nouvel Observateur– Vous dirigez l’Institut d’Archéologie de l’université de Tel-Aviv. La recherche et les fouilles, surtout à Megiddo (Israël). Qu’y a-t-il de neuf dans votre démarche d’archéologue?

Israël Finkelstein. – L’archéologie biblique classique était dominée par le récit de la Bible. Le texte se trouvait au centre des préoccupations de mes prédécesseurs, qu’ils le tiennent ou non pour sacré. Les fouilles devaient illustrer, confirmer l’histoire rapportée par la Bible. Jusqu’aux années1960, pas un archéologue ne doutait de l’historicité des pérégrinations des patriarches. Il s’agissait seulement de savoir quelles trouvailles archéologiques confirmaient le mieux l’épisode décrit dans la Bible. Nous avons radicalement changé d’approche. L’archéologie se trouve désormais au centre du débat. Après seulement, l’archéologue se tourne vers la source biblique et essaie de voir dans quelle mesure les deux témoignages correspondent.

N. O. – Voilà une première différence essentielle. Y en a-t-il d’autres?

Finkelstein. – La seconde est encore plus importante. La plupart des chercheurs ont étudié l’histoire des Hébreux, des Israélites, en s’appuyant sur la chronologie biblique: la période des patriarches, l’arrivée en Egypte puis l’Exode, la conquête du pays de Canaan (la Terre promise), l’établissement dans le pays, les Juges et enfin l’époque des royaumes d’Israël et de Juda. Nous faisons le chemin inverse: du plus récent au plus ancien. Nous nous efforçons de regarder l’histoire des anciens Hébreux vivant en Israël en partant du point de vue de ceux qui ont écrit cette histoire ancienne bien plus tard. Les fouilles ont permis de connaître les conditions de vie des gens de l’époque. A partir de là, on peut essayer de comprendre pourquoi et comment ils ont écrit telle ou telle partie du texte.

N. O. – Quels sont vos résultats?

Finkelstein. – D’abord que le texte a très probablement été rédigé vers la fin du royaume de Juda, sous le roi Josias, c’est-à-dire au VIIe siècle avant Jésus-Christ, et complété pendant l’exil à Babylone et le retour en Israël sous Cyrus, au VIe siècle. Ensuite, qu’une grande partie de la Bible est légendaire. Sur la base de témoignages extra-bibliques, par exemple en s’appuyant sur des textes assyriens ou sur une stèle relatant la victoire d’un pharaon sur le peuple d’Israël, nous savons, et pas d’aujourd’hui, qu’on ne peut prendre à la lettre le récit biblique. Cela vaut pour le voyage d’Abraham d’Ur (en Mésopotamie) vers la Terre promise, pour la conquête triomphale du pays de Canaan, pour l’Exode d’Egypte, etc. Mais nous ne pensons pas non plus que les auteurs du récit biblique aient inventé cette histoire de toutes pièces.

N. O. – Pourquoi pas?

Finkelstein. – Parce qu’une invention pure et simple n’aurait pas été crédible. L’histoire sert toujours une idéologie. Les textes écrits au VIIe siècle avant Jésus-Christ, sous le roi Josias, devaient justifier ses conquêtes qui agrandissaient le royaume de Juda. Pour être crus, ces textes, bien qu’écrits bien plus tard que les événements relatés, devaient être fondés sur les souvenirs de faits réels, même transformés, anoblis par la patine du temps. Ils devaient s’appuyer sur des mythes bâtis autour de héros anciens, transmis oralement, de génération en génération.

N. O. – Quel était le projet politique que la Bible devait justifier?

I. Finkelstein. – Nous lisons dans la Bible que le roi Josias avait ordonné une rénovation du Temple. A cette occasion, un grand prêtre trouva, par hasard, un ancien manuscrit traitant de l’époque des rois David et Salomon. Or nous sommes au VIIe siècle avant Jésus-Christ et le «manuscrit retrouvé» traite d’événements survenus aux XIe et Xe siècles avant J.-C. Que s’était-il passé? En nous fondant sur les dernières fouilles et aussi sur des témoignages extra-bibliques, tels d’anciens documents assyriens d’époque, on arrive aux conclusions suivantes: le roi Josias voulait étendre la domination de Juda vers le nord, où le royaume d’Israël n’existait plus et où l’influence de l’empire assyrien avait reculé. L’Egypte, le grand empire du Sud, était absorbé par des problèmes internes. Le moment était opportun pour les projets du roi Josias. Il entendait aussi consolider son pouvoir, restaurer la centralité de la capitale, Jérusalem, et l’unicité du Temple de Jérusalem, qu’il entreprit de rénover. Pour justifier les conquêtes du roi et sa théologie, l’idéologie régnante, pouvait-on trouver mieux que le précédent des formidables conquêtes de David et des splendeurs du pays sous Salomon, relatées dans un vieux texte miraculeusement «retrouvé»?

N. O. – Les royaumes de David et de Salomon ont-ils réellement existé?

I. Finkelstein. – Pas comme ils sont présentés dans la Bible. Les dernières découvertes archéologiques nous apprennent que David et Salomon étaient plutôt les roitelets d’un Etat-cité, Jérusalem, qui était à l’époque une ville assez misérable, située sur une colline, entourée de villages. La population était clairsemée et, dans l’ensemble, illettrée.

N. O. – Pourquoi est-ce dans le petit royaume de Juda qu’on a écrit ces textes extraordinaires, alors que les empires assyrien, babylonien ou égyptien, qui avaient développé une civilisation raffinée, n’ont rien produit de comparable?

I. Finkelstein. – Effectivement, c’est une chose fascinante. Ce récit se trouve à la fondation des trois religions monothéistes, alors que les auteurs ont grandi dans un minuscule royaume provincial, où une population peu nombreuse menait une vie précaire. L’exploit est d’autant plus remarquable que l’Ancien Testament comprend à la fois des éléments d’histoire, des légendes, des mythes, mais aussi un code légal ainsi que des prescriptions sociales et des exhortations éthiques, dont les enseignements ont influencé une grande partie de l’humanité, pendant des siècles.

N. O . – S’agissait-il d’une nouvelle manière de voir la vie en société?

I. Finkelstein. – Nous le pensons. Prenez ce remarquable fragment de poterie trouvé, en 1960, au sud de Tel-Aviv dans les ruines d’une ancienne forteresse. Sur ce fragment, daté de la fin du VIIe siècle avant J.-C., un travailleur avait écrit en hébreu, à l’encre noire, une plainte contre son supérieur direct, plainte adressée au commandant de la garnison. L’homme demandait justice, contre un autre homme, au nom de la Loi. Le geste était révolutionnaire pour l’époque. La région ne connaissait pas les droits de l’individu. Les gens s’appuyaient uniquement sur la force du clan pour garantir les droits de ses membres. C’est probablement la preuve archéologique la plus ancienne de la nouvelle attitude. Pour la première fois, on évoque les nouveaux droits accordés à individu par les lois du Deutéronome, rédigées sans doute sous le roi Josias.

N. O. – Pouvez-vous nous donner d’autres exemples?

I. Finkelstein. – Nous savons maintenant que la conquête du pays de Canaan ne fut pas le blitzkrieg décrit dans la Bible, mais la longue et pénible migration de tribus sémitiques qui mettront un siècle à s’établir dans ce qui deviendra la Terre promise. Les ossements de chameaux retrouvés nous ont montré que le récit d’Abraham conduisant une caravane de chameaux correspond à la description des caravanes utilisées seulement des siècles plus tard, sous l’empire assyrien.

N. O . – Vous remettez en question l’exactitude du récit biblique qui, pour des millions de croyants, est la vérité révélée et donc intouchable. N’êtes-vous pas attaqué en Israël?

I. Finkelstein. – Les milieux religieux m’ignorent. L’étude critique de la Bible ne les intéresse pas. Ils s’en tiennent au texte, un point c’est tout. En revanche, ce que j’appellerais les vieux sionistes, ceux qui ont vécu la fondation de l’Etat d’Israël, sont scandalisés par notre approche. Pour eux, l’archéologie doit – comme du temps d’Igal Yadin, le chef de l’école archéologique classique – apporter des preuves du récit biblique, jamais le contredire ou le mettre en doute. Ils ont tort. L’archéologie moderne n’affaiblit pas le message de la Bible. Au contraire, elle montre le génie et la force de cette création littéraire et spirituelle unique.


Des sites qui en parlent :
La Bible dévoilée (Source Wikipédia)
Ecrits vains (Lise Wilar)
Les comptes rendus des Clionautes
Esprit & Vie (revue catholique)

+ des dizaines et des dizaines d'autres sites que l'on découvre en tapant les titres des ouvrages ou le nom des auteurs sur Google... la polémique liée à ces ouvrages offre une source inextinguible de discussions.


mercredi 28 octobre 2009

Attention : chef d'oeuvre !

A vous, écrivains de passage, écrivains en herbe, écrivains du dimanche, écrivains apprentis, écrivains débutants, à vous qui passez par ici, furetant dans les blogs littéraires, à vous qui parfois vous noyez sous de vastes proses grandiloquantes, c'est à vous que je pense quand je poste ici ce billet.

Peu d'entre vous ont sûrement lu Joaquim Maria Machado de Assis, écrivain brésilien, né en 1839.

Obscur Machado de Assis ? Non. Il est considéré comme le plus grand écrivain brésilien et un des plus grands romanciers de langue portugaise.

Mais en France, on en parle très peu.

Commençons par moi ! Jamais entendu parler de ce Joaquim là avant que bookomaton vienne en parler sur ce blog et me conseille sa lecture.

Quel cadeau ! Quelle découverte ! Quelle rencontre ! Quel choc !

Cela faisait bien longtemps qu'un auteur ne m'avait pas séduite ainsi, par surprise, sans crier gare et contre tout attente.

C'est en discutant de José Saramago et ma faiblesses pour les écrivains autodidactes, que bookomaton est venue parler de Machado de Assis. Le rapprochement était en fait très évident pour qui connait les deux (ce qui n'était alors pas mon cas).


Tous deux écrivant en langue portugaise, tous deux autodidactes et tous deux ayant eu un travail dans l'environnement direct de l'écriture. L'un travaillant dans des maisons d'édition, l'autre dans des imprimeries.

C'est avec "Dom Casmurro", publié en1899, que Joaquim Machado de Assis m'a littéralement époustouflée. Le plus incroyable chez lui c'est justement cette date de publication ! Qui peut croire qu'en 1899 un écrivain s'adressait à son lecteur comme on s'adresse à un ami, avec tendresse et facilité ; qu'on découpait un livre en une multitude de chapitres, pas plus épais qu'une page ; chapitres auxquels Machado de Assis donnait toujours un titre révélateur du contenu. Vous l'aurez saisi, la modernité et le sens de l'échange avec le lecteur sont tout à fait saisissants chez un auteur vieux de plus d'un siècle.

Au delà de la construction, l'écriture elle-même est tout à fait splendide ! Simple et riche, d'une finesse absolue, d'une beauté éblouissante tant les phrases sont quasiment parfaites. Vous pouvez les reprendre à l'endroit, à l'envers, c'est tout simplement parfait. C'est exactement ainsi que cela devait être écrit ; j'ai eu beau essayer, impossible de les refaire sans les massacrer.

Vous ai-je parlé de la fluidité ? C'est limpide, aucune sinuosité, les phrases filent sans encombre sur un tracé linéaire. Aucun écueil. Sublime, vous dis-je.
Et n'étant généralement pas radine sur les superlatifs, je dirais même sublimissime.

Et que dire de cette histoire qui semble ne réserver que de jolis souvenirs et vient peu à peu vous griffer l'âme, vous emmener bien plus loin que ne l'annonçait le chef de gare.

Prudence donc... on ne ressort pas de cette lecture comme on y est entré.

C'est certain, cette histoire ne laissera personne indifférent et longtemps encore, elle tournera dans les têtes...

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mardi 20 octobre 2009

On ne prête qu'aux riches





















Les médecins ne veulent pas se faire vacciner contre la grippe A...
Risque de syndrome de Guillain-Barré, pas assez de recul sur l'innocuité, etc... et j'en passe !
Ils sont dingues me direz-vous alors qu'ils sont en première ligne pour être touchés.

Et bien non ! Ils ne sont pas si stupides... Ils ont dit "non" au vaccin de la grippe A mais en revanche... ils se sont vaccinés et ont vacciné leur famille contre les risques de surinfection induit par la grippe A, surinfection responsable de la mortalité... avec le vaccin pneumo23.

Désormais la grippe A ne leur fait plus peur... car ils ne craignent pas les complications pulmonaires.

D'ailleurs, le pneumo23 est en rupture de stock actuellement...

Du coup je ne saisis plus trop pourquoi l'Etat a acheté 94 millions de doses de vaccin contre la grippe A (H1N1) plutôt que de préconiser une vaccination contre la surinfection bactérienne ???

dimanche 18 octobre 2009

Quand Tlaloc est devenu sensible aux pétrodollars...

Parce que la Chine et l'Inde peinent à substanter leur population, parce les pays du Golf, le Japon et la Coréee du Sud ont peu de terres arables, l'Afrique loue ses terres, ses meilleures terres.

Alors que l'Ethiopie, selon l'ONG Oxfam America, doit faire face à 6.2 millions d'Ethiopiens souffrant de la faim, elle produit dans le même temps du sucre et du thé (entre autres légumes, blé, riz) pour l'Inde qui a investit 4 milliards de dollars.


1/ On peut se demander comment ont été réinvestis ces 4 milliards et où passent les autres milliards de dollars issus des 150 ententes similaires qui ont été approuvées par l'Etat Ethiopien ?

2/ L'ONG "action contre la faim" annonce sur son site que "Beaucoup d’Ethiopiens restent dépendants chaque année d’une aide extérieure pour faire face à une insécurité alimentaire structurelle menant souvent à des situations nutritionnelles alarmantes." La sécheresse étant l'une des causes majeures de cette insécurité alimentaire.


Or... Le thé nécessite pour se développer 1000 à 1250 mm de pluie par an. De même, la canne à sucre a besoin de beaucoup de soleil et d’une bonne irrigation...

Mais ce n'est pas tout, l'article de Julie Zaugg (beaucoup plus exhaustif que ce modeste post) est tout simplement ahurissant !


Le plateau verdoyant qui s’étire à l’ouest d’Addis-Abeba vers le Soudan, une des régions les plus fertiles d'Ethiopie, accueille des culture de maïs, de riz et de légumes pour la firme indienne Karuturi...


Avant l'arrivée de la firme indienne, ces terres étaient cultivées par les paysans locaux ; ils y faisaient pousser du teff (céréale de base de l’alimentation éthiopienne) et y laissaient paître leurs bêtes. Ils ont été priés d'aller cultiver ailleurs, là où le rendement des terres intéressent beaucoup moins les étrangers...

L'Arabie Saoudite n'est pas en reste pour assurer sa sécurité alimentaire. Le roi Abdallah a décidé de délocaliser la production de nourriture. En janvier 2009 sont arrivés sur le sol d'Arabie Saoudite les premiers sacs de riz produits en Ethiopie.


S'ajoute une culture absolument inimaginable sur un territoire aride : la vigne.

Au coeur de la vallée du Rift, là où les cultures sont rares et l'eau une denrée précieuse "Elfora - société appartenant au cheik Mohammed al-Amoudi - a mis en place un système d’irrigation sophistiqué sur son domaine de plusieurs centaines d’hectares"...


Et autour de ces vignes ? Et bien c'est l'Ethiopie telle qu'on nous en parle depuis des dizaines d'années : "Çà et là, un puit communautaire estampillé du logo de l’ONG qui l’a construit est pris d’assaut par des éleveurs munis de bidons en plastique."


La sécheresse ? Quelle sécheresse ? Il faudra bientôt distinguer la sécheresse structurelle de la sécheresse conjoncturelle quand désormais on nous parlera de la sécheresse éthiopienne...



"Les aspirations des pauvres ne sont pas très éloignées des réalités des riches" Pierre Desproges

vendredi 16 octobre 2009

L'affaire Polanski, tout le monde en a parlé... et je n'avais moi même pas envie d'en parler car que dire de plus ?


Mais voilà que j'apprends qu'une star américaine, que l'on n'attendait ab-so-lu-ment pas dans cette affaire, jette un pavé dans la mare, sans pince-nez et sans rince-doigts :


"If it had been my daughter who was barely a teenager--my daughter is 15--Roman Polanski would be missing . . . period. It wouldn't even get to the court case. But, that's me and I wouldn't want anyone else to follow that because you should let the justice system work it out. On the other hand, I don't know Roman Polanski, but maybe if I had a relationship with him my answer would be different. I just think this whole issue is bigger than Roman Polanski."

Je traduis rapide et simple, si jamais c'était à sa fille de 15 ans que Roman Polanski s'en était pris, alors Roman Polanski aurait disparu... point... il n'aurait même pas pu aller jusqu'au Tribunal...

C'est le grand Jamie Foxx (inoubliable "Ray" certes mais également excellent interprète de "Gold Digger").

Et voilà Jamie Foxx qui loin de Woody Allen à un bout et Frédéric Mitterrand à l'autre, ne s'embarrasse pas un quart de seconde avec les codes "humanistes" de nos grands intellectuels, lui qui est "populaire" a donc fait entendre sa très vox populi.

Mais ce qui m'a surtout interpellée c'est qu'il a également ajouté : "d'un autre côté, je ne connais pas Roman Polanski mais peut-être que si nous étions familiers ma réponse serait différente..."

Et justement, je suis extrêmement surprise de constater à quel point les gens qui sont familiers de Roman Polanski et qui veulent le soutenir sont sans cesse maladroits, sans cesse à côté du problème et déclarations après déclarations ne font que le discréditer davantage !
C'est inouï de voir à chaque fois l'effet inverse, de l'effet voulu, se produire !

Je passe sur les propos de Frédéric Mitterrand qui estimait que Roman Polanski était "jeté en pâture pour une histoire qui n'a pas de sens"...

Quelle maladresse ! Qu'est ce qui n'a pas pas de sens ? J'ose espérer que Frédéric Mitterrand parlait de la procédure et non de l'agression sexuelle sur mineure mais voilà, c'était dit... et mal dit.

Puis vint Frédéric Bonnaud dans l'émission de Guillaume Durand "L'objet du scandale" qui se met à lire un extrait du livre de Roman Polanski "Roman" sorti en 1984 et trouve intelligent d'interprêter que Samantha Geimer était, lors de sa rencontre avec Roman Polanski, "sexuellement active" (et je cite, mot pour mot, Frédéric Bonnaud !) puisqu'elle avait avoué à celui-ci avoir eu une relation sexuelle avec son voisin de quartier à 8 ans !

Traiter une gamine d'être "sexuellement active" parce qu'elle a joué à touche-pipi à 8 ans avec un (et un seul) voisin de quartier ! Je n'ai pas du tout saisi comment Frédéric Bonnaud pensait "aider" Roman Polanski en accusant la victime d'être une fille facile, qui n'en était pas à son premier amant. Cela voulait donc dire que par conséquent Roman Polanski avait tout droit de la sodomiser ? Car après tout, si elle avait dit oui à 8 ans à son voisin pourquoi, mais bon sang pourquoi, dirait-elle non à 13 ans au célèbre Roman Polanski ?!
Et puis, qui peut affirmer que Samantha Geimer n'ait pas tout simplement voulu avoir l'air d'une "grande" en déclarant comme beaucoup d'adolescents le font : mais bien sûr que je l'ai déjà fait ! Alors qu'il n'en est rien.

Bref, encore une fois c'était loin de pouvoir servir la cause de Roman Polanski.

Pour finir, les propos d'Emmanuelle Seigner qui sans aucun doute tient à défendre son mari, sont également susceptibles de produire l'effet totalement opposé. Elle a déclaré dans le magazine Gala :

"Pour les américains, toute relation avec une personne mineure est considérée comme un viol.
Je ne lui en veux absolument pas de cet épisode de sa vie.
La jeune fille était consentante et suffisamment mûre - les photos et les témoignages de l'affaire le prouvent - pour dire non."

Il se trouve que depuis 1977, Samantha Geimer n’est jamais revenue sur un seul mot de sa déposition enregistrée au lendemain des faits, déposition consultable ici. Et cela même si, désireuse d'avoir la paix, elle a pardonné à Roman Polanski.

On peut tout de même clairement lire dans cette déposition (qui est, je l'entends bien, celle de Samantha Geimer) que le "non" a tout de même été répété à plusieurs reprises... visiblement Roman Polanski n'avait pas du tout envie de l'entendre ou sûrement que ce "non" là voulait dire pour lui "oui"... et j'en veux pour preuve une récente interview de Roman Polanski à la chaîne ABC où il déclare :

"A cette époque, il m’a été très difficile de me persuader que c’était mal. Je pensais que personne n’en avait souffert. Plus tard, j’ai réalisé que ce n’était pas bien de faire ça mais il n’y avait aucune préméditation, c’est juste arrivé comme ça. Je ne comprends pas pourquoi je devrais être puni pour ce penchant que j’éprouve pour les très jeunes femmes. Mais ce qui s’est passé à Los Angeles concernait une trop jeune fille et c’est ce qui a causé toute cette affaire » ...

Et ce qui glace dans ces phrases, exprimées librement sur une chaîne de télévision et non sous la contrainte d'un juge, c'est que c'est très exactement ce que disent les pédophiles quand ils sont en thérapie : '"Je n'avais pas conscience que c'était mal..."

Et je veux bien croire Roman Polanski quand il dit que des relations avec de très jeunes filles ne lui ont jamais paru suspectes puisqu'il y a belle lurette, il avait déclaré au journaliste Paul Gianolli :

"J'aime les très jeunes filles, d'abord parce qu'elles sont plus belles, c'est évident, mais surtout parce qu'elles satisfont mon désir de pureté et de romantisme"

On peut noter que ce thème de la très jeune fille qui serait pure parce que très jeune (doit on entendre pré-pubère ?) est un fantasme récurrent chez les pédophiles. On retrouve ce thème à de nombreuses reprises dans les oeuvres de Gabriel Matzneff.

Quand je regarde cette photo, je me demande tout simplement si Emmanuelle Seigner est objective et si elle peut comprendre que ce désir de jeunesse que Roman Polanski avouait rechercher ait pu résonner autrement dans les oreilles de Samatha Geimer ?






mercredi 14 octobre 2009

La question qui flingue...


Lorsque l'on va dans un pays pour y savourer sa cuisine, cela peut-il s'appeler du tourisme culinaire ?


Lorsque que l'on va dans un pays pour y découvrir sa culture, cela peut-il s'appeler du tourisme culturel ?


Lorsque l'on va dans un pays pour y fréquenter ses bordels, cela peut-il s'appeler du tourisme sexuel bordélique ?

dimanche 19 juillet 2009

Voyage au centre du Talmud

Suivre Pierre-Henry Salfati dans son extraordinaire voyage au centre du Talmud, c'est un peu comme suivre un PADI Master Instructor en plongée sous-marine... On se laisse conduire et on ouvre grands les yeux.

Partir en expédition pour découvrir un autre monde... c'est ni plus ni moins l'ambition parfaitement aboutie de P.H Salfaty avec "TALMUD, enquête dans un monde très secret".


S'il est en effet un monde fermé et inaccessible aux profanes, c'est bien le monde des talmudistes.
Pour comprendre, il faut en être.

C'est donc un projet culturel et historique extrêmement généreux que l'auteur a mis sur pied via un documentaire pour Arte puis par ce livre complémentaire.

D'une lecture très aisée, accessible à tous (c'était très exactement le but recherché), P.H Salfaty remonte le temps et nous raconte l'incroyable histoire du Talmud.

Incroyable est ici à prendre au pied de la lettre car toute lettre pèse lourd dans le Talmud et l'histoire de ce livre est si intensément chargée de joie et de souffrance qu'il est à peine croyable qu'il ait conservé toute sa puissance.

Nous ne sommes plus dans le domaine du livre, nous sommes là où un Livre devient une âme, peut-être l'âme suprême, celle qui amalgame des millions d'âmes et non pas seulement sur un axe géographique mais tout autant sur un axe temporel.

Honni, brûlé, écouté, supprimé, adulé, le Talmud a vécu un million de vies.

Si les livres pouvaient raconter leur histoire, celui-ci nous livrerait la nature humaine.

Le livre de P.H Salfaty ne s'adresse-t'il pas à un public particulier ?
C'est une question qui peut effectivement se poser. La réponse est formellement "non". Ce livre regorge de petites histoires dans l'Histoire qui parfois ont changé la face du monde et sont édifiantes pour chacun d'entre nous.
Pour ceux qui ont déjà une petite notion de ce qu'est ce le Talmud, ce livre va beaucoup plus loin, ce livre explique...

Il n'y a donc besoin que d'être curieux pour se faire happer par le livre de P. H Salfaty qui est, assurément, à mettre entre toutes les mains.

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Babélio Masse Critique

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samedi 23 mai 2009

La petite musique de Julio Cortázar



Splendide Julio Cortázar ! Je ne peux résister à vous le présenter en live et en VO.

Ecrivain argentin (1914-1984), Julio Cortázar sera naturalisé français en 1981 (en même temps que Milan Kundera, par François Mitterand).


Vous pensez ne pas le connaître et vous avez tort. Peut-être avez-vous, sans le savoir, un jour approché l'univers de Cortázar. Blow-up d'Antonioni (tiré de "Las Babas del Diablo"), Le Grand Embouteillage de Comencini et Week-end de Godard sont issus des oeuvres de Julio Cortázar.

De Julio Cortázar, Adolfo Bioy Casares, écrivain argentin comme lui et son contemporain, dira :"Yo creo que es uno de los mejores escritores argentinos y con eso estoy diciendo que es uno de los mejores de la literatura universal. Asombrosamente, este país es un país de buena literatura. Digo asombrosamente porque es un grado anormal de este país, pero debo reconocer que desde los tiempos de Ascasubi o Hernández, siempre fue buena."

Pour ceux qui ont totalement zappé les cours d'espagnol au collège, je vais tenter une traduction approximative (¡disculpe!) : "Je crois que c'est l'un des meilleurs écrivains argentins et par ceci, je veux dire que c'est l'un des meilleurs de la littérature universelle. Étonnement ce pays est un pays de bonne littérature. Je dis étonnement parce que c'est une particularité anormale de ce pays, mais je dois reconnaître que depuis l'époque de Ascasubi ou Hernández, elle a toujours été bonne."


A. Bioy Casares et J. Cortázar écriront presque la même histoire ("la puerta condenada" pour Cortázar et “Un viaje o El mago inmortal” pour Bioy Casares) et Bioy Casares commentera ainsi cette coincidence : "Fue una cosa extrañísima. (...) Creo que Cortázar y yo lo sentimos como una prueba del destino, de que éramos amigos." ("Ce fut une chose très singulière. Je crois que Cortazar et moi l'avons interprêtée comme un signe du destin attestant que nous étions amis.")

Quand on parle de Bioy Casares, on pense en filigrane à Jorge Luis Borges. Également contemporain de Julio Cortázar, Borges considérait Cortázar comme un grand écrivain. En 1946, Julio Cortázar, alors inconnu, lui apporte " Casa tomada" dans l'espoir que Borges lui accorde un intérêt. Deux jours plus tard, Borges lui annonce qu'il publiera "Casa tomada" dans la revue qu'il dirige "Los Anales de Buenos Aires". Cortázar quittera l'Argentine et ne reverra Borges qu'au Musée Del Prado, bien plus tard, par le plus grand des hasards. A Cortázar qui lui rappelait, en le remerciant, la publication de "Casa tomada", Borges rit et lui répondit : "Bueno, no me equivoqué, fui profético." ("Bien, je ne m'étais pas trompé, j'ai été prophétique.")

Alfredo Bryce-Echenique, auteur péruvien : "C’est à Paris que je suis devenu écrivain, en croisant mon maître adoré Julio Cortázar, qui habitait rue Séguier. Je l’ai suivi sans oser lui parler, mais sa présence m’a fasciné. "


Une écriture très épurée, très nette et parfaite dans le mouvement qu'elle veut donner à l'histoire ; parfaite dans l'impression qu'elle veut laisser au lecteur. Ce recueil de nouvelles titré "Les armes secrètes" pourrait être découpé en trois parties.

La première relève du fantastique pur et on y trouve entre autres, "Axolotl", qui a mon avis est un bijou. Cette histoire que l'on pourrait qualifier de totalement "loufoque" est une splendide leçon sur les limites que l'empathie se doit de tenir. Beaucoup d'entre nous ignorent comment déterminer le début et la fin raisonnable de l'empathie qu'il nous arrive d'éprouver envers quelqu'un.

Pour certains, cela peut aller jusqu'à un envahissement quasi total, jusqu'à se perdre définitivement dans l'Autre. C'est en lisant Axolotl, que les empathiques débordants comprendront jusqu'où peut mener l'identification.

Au delà de la dangerosité d'une telle dissolution dans Autrui, Julio Cortázar démontre à quel point la fascination a souvent déjà un pied dans l'obsession.

La seconde partie, rassemble des nouvelles où le fantastique s'introduit dans le réel. C'est le cas en particulier de la nouvelle éponyme "Les armes secrètes". C'est un genre plus difficile à cerner car l'intrusion du fantastique dans le réel est déroutante. Julio Cortázar a une façon bien particulière d'amalgamer les deux si bien que jusqu'au bout on se demande où se trouve la frontière.
Vous l'aurez compris, l'auteur met un point d'honneur a n'en mettre aucune (d'où la confusion pour nous lecteurs) car son propos est justement de démontrer que cette frontière n'est pas discernable.



La troisième et dernière partie est un ensemble de nouvelles où seul le réel intervient et c'est dans celle-ci que vous trouverez "L'homme à l'affût" ou l'histoire d'un saxophoniste de jazz, ressemblant étrangement à Charlie Parker et si ce n'est le cas, l'histoire lui est tout du moins dédiée ( "In memoriam Ch. P.")
Cortázar excelle dans l'élaboration de personnages complexes et perdus. Il y met tant de chair et de sang, tant d'angoisses et d'espoirs, que croire qu'ils n'ont tout simplement jamais existés est très difficile.


A l'issue de ce livre, vous n'aurez plus aucun doute sur le talent éblouissant de cet auteur et les écrivains en herbe auront sûrement trouvé un maître, intimidant certes, mais ne faut-il pas toujours viser plus haut pour atteindre son objectif ?


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mercredi 20 mai 2009

strange animal...


lundi 27 avril 2009

Erreur de casting

Aaaahh ! C'était bien la peine de nous en faire tout un plat !

Et la vierge par-ci... et la vierge par-là... la béatification au bout du chemin et des larmes presques sacrées : Ingrid Betancourt a bien failli nous avoir !!!
Parée des qualités les plus rares chez l'être humain, elle avait enduré les souffrances les plus noires, les humiliations les plus indicibles, petite chose humaine n'ayant pour seule arme que sa foi indéfédictible.
Bon voilà pour les pauvres moutons égarés qui pensaient que la religion c'est bien, mais ça n'aide pas beaucoup. Preuve était faite que si ! Ca aide !

Et patatras ! Effondrement total ! Sainte Ingrid n'a pas survécu grâce à son altruisme et sa bonté mais bien grâce à son égoisme et son sens des réalités très... terre à terre. Pas grand chose à voir donc avec une impalpable force venue du ciel et des anges. D'ailleurs le ciel, on ne le voit pas beaucoup dans la jungle parait-il.

Quand Ingrid est descendue de l'avion, j'ai tout de suite remarqué qu'elle était plus charnue à son retour qu'à son départ dans la jungle. Tiens, me suis-je dit... Bizarre. Nous attendions une femme amaigrie, famélique et décharnée et au lieu de cela, elle avait une bonne bouille.

Qu'à cela ne tienne ! C'est bien, me suis-je dit. C'est bien pour elle et j'ai cessé là mes élucubrations car il n'était pas opportun de faire ce genre de remarques sous peine de déclencher les foudres des âmes sensibles.

(Mais qu'est ce que tu peux être mauvaise Bon sens ! Tu aurais préféré qu'elle revienne squelettique, hein ? ) Non, je ne crois pas. Je m'attendais juste à ce qu'elle revienne comme on nous avait dit qu'elle était : mourante. Je suis bête et disciplinée, je crois les infos. Quand ils me disent qu'Ingrid va bientôt mourir de déshydration et de malnutrition, j'y crois. Je ne m'attends pas à la voir revenir en forme.

Tout cela était très malvenu donc... silence.

Et puis le choc !

Trois américains sortent de la jungle à leur tour et là, eux, hésitent beaucoup moins !

Exit la sainte !
Keith Stansell, Thomas Howes et Marc Gonsalves , retenus depuis 2003 par les Farc sortent un livre "Out of Captivity" dans lequel ils décrivent Ingrid comme une femme hautaine, égoiste, volant de la nourriture, ne partageant rien, refusant de diffuser aux autres prisonniers des informations entendues à la radio et allant même jusqu'à balancer ses compagnons d'infortune en indiquant aux guérilleros que ces trois là font partie de la CIA !
"Certains des gardiens nous traitaient mieux qu'elle ne le faisait" déclare Keith Stansell dans un entretien téléphonique à l'Associated Press.
En voilà un qui ne gardera pas un bon souvenir d'Ingrid... mais il n'est pas le seul...

Juan Carlos Lecompte, le mari d'Ingrid, qui s'est battu durant six années pour sa libération n'a pas non plus retrouvé une sainte. Ingrid a demandé le divorce en janvier 2009 pour 6 ans de "séparation de corps de fait avec son mari".
C'est en effet imparable comme motif ! Mais l'époux malheureux ne devait pas s'y attendre à celle-là quand il se démenait comme un fou pour qu'enfin l'opinion publique s'intéresse à Ingrid.

C'est la vie me direz-vous...

Sauf que Juan Carlos Lecompte ne voulait pas se séparer d'Ingrid jusqu'à ce que... Jusqu'à ce qu'il apprenne qu'Ingrid avait eu une liaison avec Luis Eladio Perez, ex-sénateur colombien prisonnier des Farcs, durant sa captivité !

Relayée par nos trois américains ex-otages et la femme de Luis Eladio Perez, l'information a sûrement déstabilisé le mari d'Ingrid qui a donc accepté la demande de divorce mais évidemment sous un tout autre motif.

C'est la vie me direz-vous...


Et voilà qu'arrive Clara Rojas ! Clara ! Clara dont personne ne mentionnait le nom jusque tard, Clara qui n'apparaissait jamais sur les immenses affiches censées alerter sur la situation d'Ingrid.

Clara Rojas... qui connaissait son nom quand tout le monde hurlait "Libérez Ingrid Betancourt" ?

D'ailleurs dans un entretien publié lundi 6 avril par le quotidien El Tiempo de Bogota, Clara Rojas déclare : "Dans cet isolement, cela a été plus dur de découvrir que je ne pouvais pas compter sur eux. Ils me maintenaient dans l'oubli. Ils ne faisaient jamais allusion à moi dans leurs déclarations publiques".

Clara, pour le coup, a abusé de son altruisme ! Car malgré les conseils pressants d'un général d'armée qui tente de l'en dissuader, Ingrid décide de se rendre à San Vincente par la route. Clara Rojas part avec elle, par amitié. La suite, on la connait.

Clara non plus n'a pas trouvé une sainte au milieu de cette jungle mais bien une femme, humaine avec tout ce que cela implique.

Elle décrit Ingrid comme une femme mesquine, qui l'aurait exclue des cours de français qu'elle donnait à un groupe d'otages. Elle lui aurait même confisqué un dictionnaire que lui avaient remis les guérilleros. Elle raconte aussi comment Ingrid aurait protesté en la voyant ne pas respecter la file d'attente pour la distribution d'eau chaude. "J'étais enceinte et j'ai couru remplir mon thermos. Je ne voyais pas le problème de passer en premier. Le cri d'Ingrid m'a fait tomber l'eau et je me suis brûlée", explique Clara.

J'ai souvent pensé à Clara Rojas quand tout le monde parlait d'Ingrid Betancourt.

Son livre ne me surprend pas.
Tandis qu'Ingrid a rencontré à son retour Nicolas Sarkozy, Alvaro Uribe, Hugo Chavez, José Luis Zapatero et Ban Ki-moon, le pape Benoît XVI, Jacques Chirac, des députés français, la chanteuse Shakira, Madonna (cherchez le rapport), Clara, elle, s'est occupée de reconstuire sa vie avec son fils.


En entendant Mr de Villepin évoquer (concernant les livres des ex-otages) sur Europe 1 "une logique médiatique collective extrêmement difficile à arrêter".... pour qu'on parle d'eux, pour que ces livres se vendent, inévitablement, c'est la relation à l'otage la plus connue qui intéresse" je me suis dit qu'il n'avait aucun scrupule lui, pour nier la parole des autres.

Le profit ? La notoriété ?
Tiens justement, en parlant de notoriété, j'en ai une bien drôle, car ça c'est drôle : Ingrid pensait qu'on lui décernerait le Prix Nobel de la Paix !!! Elle se préparait, dès la veille de la remise du prix, à tous les honneurs et avait même prévu une conférence de presse dans un palace parisien de la Rue de Rivoli, le Meurice !

Son comité de soutien Agir avec Ingrid (exit Clara) avait envoyé un communiqué de presse, sûr de la victoire aux rédactions, prêt à être diffusé : "En attribuant le Prix Nobel de la Paix à Ingrid Betancourt, le Comité Nobel a décidé d’adresser un message fort aux preneurs d’otages et aux terroristes qui jouent impunément avec la liberté de tout être humain"

Le porte-parole du collectif Hervé Marro avait du confondre Nobel et Oscar !

Sainte Ingrid a eu vite fait de trébucher dans la luxure et l'orgueil... ah ! Que l'Homme est faible !

Certains membres de son comité sont furieusement vexés ! Quoi ? Sainte Ingrid pour qui ils se sont battus comme des lions n'a pas daigné leur accorder 10 minutes de son temps ?

Eh ! Oh ! On s'réveille les gars ! Back to reality ! C'est pas une rock star ! C'est une ex-otage ! Vous attendiez des autographes ou quoi là ? Vous n'aviez qu'à vous battre pour Clara ! Je n'ai vu nulle part son portrait, quand vous luttiez pour Ingrid, sur le parvis de l'Hôtel de Ville de Paris !

Et puis vous n'aviez qu'à être célèbres ! Non, mais ! Pour qui se prennent-ils ces militants anonymes ?



D'ailleurs... ils font quoi pour Gilad Shalit ? Il est où le grand portrait de Gilad ?

Sa grand-mère, Jacqueline est française. Une marseillaise partie vivre en Israel pour suivre un marin dont elle était tombée amoureuse et avec qui elle a fait sa vie.

C'est pas suffisant ça ?

Sainte Ingrid n'était que l'ex-femme d'un français... "franco"-colombienne... ça c'est venu bien après car au départ, l'AFP parlait d'une otage "colombienne", point barre. Mais est-ce que la France se serait mobilisée pour une colombienne ?
Elle aurait dû !!! Mais pas sûr qu'elle l'aurait fait !

Et Florence Cassez ? Rien ? Personne ? Ah... oui Florence elle n'a pas été enlevée... elle est juste enfermée depuis trois ans après un procès totalement loufoque !

Il faut quoi alors pour mobiliser les foules ?

Ni Clara, ni Gilad, ni Florence n'y sont arrivés ! Et je ne parle même pas de Michael Blanc dont tout le monde se fout ni même d'Aïda Duvaltier. Tiens parlons-en d'Aïda Duvaltier !

Aïda, 67 ans, a été enlevée par des membres de EPL proches des Farcs en mars 2001 alors qu'elle se trouvait avec son mari Jean-Marie Duvaltier dans leur ferme à Arma en Colombie. Les guerillos ne voulait pas d'Aïda : ils étaient venus pour Jean-Marie.
Seulement voilà, Aïda avait demandé à prendre sa place car son époux âgé de 73 ans était malade.
Aïda est morte au bout de 10 mois de séquestration dans la jungle, dans l'indifférence générale...
Personne sur le parvis de l'Hôtel de Ville de Paris, pas de portrait géant, pas de Renaud qui chante... Nada !

C'est la vie, me direz-vous...


"La liberté consiste à choisir entre deux esclavages : l'égoïsme et la conscience. Celui qui choisit la conscience est l'homme libre. "
Victor Hugo

Sainte Ingrid est-elle vraiment libre ?


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Commentaires

dimanche 19 avril 2009

Joseph Roth, un génie.

Avant de vous parler de l'oeuvre "La marche de Radetzky"(1932) en elle-même, petit aparté sur la collection telle que je l'ai eue entre les mains : Editions du Seuil, collection Points.

Certes le livre est épais, certes une collection de poche doit tenir dans une... grande poche mais tout de même, 350 pages imprimées en caractères 8 points, croyez-moi les presbytes ont intérêt à avoir des lunettes affutées !

"Marginal aussi face au roman figé dans les années 1930 dans les personnages fortement individualisés de Thomas ou de Heinrich Mann."

Justement. Je me permets de rebondir sur cette remarque tirée d'un article sur Joseph Roth dans l'encyclopédie Universalis.

Dès les premières vingt pages, il est difficile de ne pas se rappeler "Les Buddenbrooks" de Thomas Mann (pour ceux qui l'ont lu, les autres vous avez raté quelque chose !). La société autrichienne évoquée au travers de trois générations, une fresque familiale qui déploie ses ailes sur tout un pan de l'histoire de l'Europe que l'on peut situer du milieu du XIX ème siècle jusqu'à la guerre 14-18 (période qui couvre la vie de l'empereur François-Joseph de Habsbourg).

L'inconvénient majeur qui guette le lecteur de "La marche de Radetzky" est l'insomnie !

Le scénario est le suivant : vous vous mettez tranquillement au lit vers 23h30 avec "La marche de Radetzky" sous le coude ; 01h00, votre cher&tendre s'est endormi depuis longtemps tandis que vous, les yeux ronds comme des billes, vous êtes plongé dans l'univers des "von Trotta", incapable de refermer ce livre et de vous extraire de cette monarchie habsbourgeoise. Autre variante que je n'ai pas testée, mais vous êtes prévenu : le "loupage " de station de métro ou de bus.

L'écriture de Moses Joseph Roth n'a rien d'une écriture dépassée, elle est définitivement très moderne ; elle alterne des phrases longues et reposantes avec des phrases minimalistes, claquantes à souhait.

Pour beaucoup, Joseph Roth est un écrivain dont le génie surpassait celui de Stefan Zweig.
Modeste lectrice autant éblouie par le talent de l'un que le talent de l'autre, je n'ai pas saisi cette nuance entre les deux écrivains. D'ailleurs ce type de classification me semble souvent idiote.
A noter qu'à plusieurs reprises, Zweig aidera financièrement et moralement un Joseph Roth quelque peu au bout du rouleau.

Si les personnages sont moins marqués que peuvent l'être ceux de Thomas Mann, ils n'en demeurent pas moins étoffés par leur silence.

C'est parce qu'ils ne se déversent pas et demeurent énigmatiques qu'ils restent collés à la mémoire. Prenez le baron François von Trotta : jamais homme n'a été aussi imposant dans la parcimonie de ses propos. Ce sont aux détails que Roth nous livre au compte-goutte que ce personnage doit sa force et sa puissance. J'admire la prouesse de l'écrivain qui construit et nous livre un splendide personnage dans une économie pesée de la moindre de ses pensées ; car à aucun moment, Roth ne nous offre ses pensées, non, son talent est de nous les suggérer.

Et cela fonctionne merveilleusement ; nous, lecteurs, sommes capables de faire vivre le baron von Trotta avec les éléments que Roth nous fournit. C'est en participant à son élaboration que ce personnage s'incruste si fortement en nous.

Deux thèmes sont principalement mis en exergue (qui n'ont rien à voir l'un avec l'autre, quoique...) : l'écroulement d'un monde ainsi que ses valeurs et l'importance du père.

Etonnamment vous ne trouverez ici aucune image féminine forte... c'est un roman d'hommes.

Les mères disparaissent sans laisser de trace et les amantes sont tout juste bonnes à donner du plaisir. Fugace, le plaisir. Presque hygiénique.

C'est assez rare pour être souligné, la dynastie des trois von Trotta est un système patriarcal pur et dur. La sensibilité et l'amour filial ne sont donc pas l'apanage des femmes ; c'est un message que, voulu ou non, Joseph Roth a su admirablement faire passer.

Je vous le dis dès maintenant, ce roman est triste. Oui je sais, je n'aurais peut-être pas dû mais c'est un fait et cela se sent au fur et à mesure de la lecture, Joseph Roth ne prend pas de gants et ne nous enrobe pas dans la mièvrerie des bons sentiments. Il raconte des vies, telles qu'elles se déroulées ; de vraies vies avec de vrais personnages même s'ils n'ont existé que dans son imagination.

C'est un roman bouleversant, un chef d'oeuvre...
un vrai "incontournable".


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samedi 11 avril 2009

Je suis horriblement confuse de m'être absentée... si longtemps !

Mais...



En moins de temps qu'il n'en faut pour le dire, je reviens avec un nouveau post !

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mardi 24 février 2009

Acte VIII / Quand les gourdes sont vides



Au départ, cette rubrique "Des vessies pour des lanternes" était un cri d'alarme.
Un cri est un peu prétentieux, je vous l'accorde, plutôt un hoquet de révolte. Mais c'était avant tout une intuition. L'intuition qu'une fin était proche, celle de notre statut de "gourdes" remplies d' €uros, manipulées non par la promotion mais bien par le matraquage médiatique pour tel ou tel artiste, déclaré "incontournable" et starifié au nom d'on n'a jamais su quoi ; c'était ainsi, un sentiment diffus que les génies de la com' et du marketing nous prenaient pour de simples gourdasses prêtes à gober les moindres de leurs élucubrations sous couvert qu'à force de nous répéter sans cesse qu'untel était "immanquable" nous ne pourrions résister, pauvres cruches, à croire que c'était vrai.
Mais le sourire aux lèvres, je découvre qu'en silence, toutes les gourdes et cruches du monde se sont prises par la anse et ont fait front devant ce mépris que l'on nous servait à la louche.

Le magazine Marianne (n° 615) a entendu notre mutisme, notre refus à obtempérer et s'est fait fort de dévoiler comment nous avions fait fléchir cette machine.

Et c'est par l'arithmétique que c'est exprimé notre refus. C'est fou comme de simples chiffres peuvent être aussi tranchants que des lames de rasoir.

Christine Angot que l'on se doit d'aimer ou de détester ne devait pas nous laisser indifférentes sous peine d'être has been. A ce point, que dire lors d'un dîner "Angot ? ... franchement ? ... je m'en tape" était le signe d'une vie provinciale, hors du temps ; un grillage intellectuel complet ; peut-être même la preuve que notre QI ne pouvait, malgré ses vaines tentatives, atteindre les 90.

Et pourtant... c'eût été la seule réponse à donner. Angot c'est finalement très peu de livres vendus donc rien d'une vedette, juste une grande gueule. Doit-on forcément "starifier" une grande gueule ? Heureusement non, sinon je vivrais entourée de stars !

Pas plus de 42 000 ventes pour L'inceste, 40 000 ventes pour Pourquoi le Brésil ?, 37 000 pour Les désaxés et 17 300 ventes pour Le marché des amants où elle racontait par le menu ses frasques avec Doc Gynéco, preuve en est que tout le monde (excepté 17 300 personnes) s'en cogne comme de l'an 40. (Et je crois pouvoir dire que l'an 40 était drôlement plus intéressant que les états d'âme de C. Angot).

En cela, notre société culturelle ne se porte pas aussi mal qu'on pourrait le penser ! Elle n'est pas prête à débourser 20 € pour avaler les élucubrations d'une cinquantenaire déboussolée par un rapport à la séduction qui nous ferait presque croire que Victoria's Secret a bien faillli l'engager !

Pas comestibles non plus les rêves de grande auteure de Lolita Pille, son Crépuscule Ville n'a séduit que 15 000 personnes malgré une promo dézinguée et des amis influents.

Mieux encore, l'écrivain pseudo dandy (ou le dandy pseudo écrivain) Nicolas Rey, a pris la tasse avec Valloris Plage : 4292 ventes ! Shame on him ! Même Mathilda May, actrice et non écrivaine, le met KO avec 7221 ventes de son Personne ne le saura.

Max Mahonney a eu beau prendre un pseudo de mec et semer le trouble avec un physique de fille ravageur, son Corpus Christine n'a emballé que 11 517 admirateurs.

Catherine Millet, grande prêtresse des scandaleuses a vieillit et sa jalousie n'a intéressé que 32 000 personnes avec Jour de souffrance. Pas mal me direz vous, comparé aux chiffres précédemment cités, mais rien en comparaison du tirage initial : 85 000 livres ! Ce n'est pas moins de 50 000 livres qui attendent un lecteur sous peine de finir pilonnés !!! Mais que fait Nicolas Hulot pour protéger notre chlorophylle ?!

Florian Zeller, incontournable dans la nouvelle génération, c'est 2903 ventes avec Elle t'attend !
On rit maintenant ou on attend nous aussi ?

La magie n'a pas opéré pour Nathalie Rheims et son chemin des sortilèges ; malgré sa haute peopolisation, ce n'est que 5800 livres vendus, autant dire peanuts !

Amanda Sthers avait relevé un défi et ne s'en tire pas trop mal en affichant 12 380 ventes de son Keith me mais au regard de l'aura médiatique dont elle dispose, c'est bien maigre.

Brèves de Blog de Pierre Assouline, a comptabilisé 901 ventes comme quoi, les blogs se lisent peu sur papier... douche froide pour les fameux commentateurs dudit blog.

Pour remettre ces pauvres chiffres à leur place, sachez qu'Anna Gavalda a vendu 574 000 exemplaires de sa Consolante ; Guillaume Musso, c'est 318 885 avec Je reviens te chercher ; et notre givrée nationale, Amélie Nothomb, avec Le fait du Prince : 198 117 ventes.

Et qu'en est-il de ceux qu'on n'essaie pas à tout crin de nous fourguer ? Ceux dont la tronche n'évoque rien, le nom peu... comment arrivent t'ils à atteindre notre attention, nous, les gourdes ciblées du marketing littéraire à qui on ne montre que des vessies ?

Notre révolte silencieuse les a hissés à une place légitime ; sans bruit et sans projecteur, ils occupent le paysage littéraire.

Michel Folco, avec son Même Le Mal Se Fait Bien (3ème opus de la série) s'en sort avec près de 11 000 ventes.

Pierre Dubois et Comptines assassines, 6413 ventes... Malgré bien moins d'entrées VIP sur les chaînes télévisuelles que Mister Zeller et Mister Rey, Mister Dubois leur a mis une tôle !

Eric Chevillard a écoulé 5045 de son Vaillant petit tailleur.

Joseph Vebret a vendu 4336 de ses douces Friandises Littéraires.

Anne Marie Garat pèse un peu plus lourd (et même très lourd comparativement à ceux cités plus haut) avec Dans la main du diable : 33 344 ventes.

Et dans la plus pure tradition du bouche à oreille, Claudie Gallay rafle la mise avec un score record : 180 053 livres vendus pour "Les déferlantes"... chapeau bas !

Si certains écrivains passent par ici, attristés par leur petit chiffre de ventes, qu'ils remontent ce billet et relisent religieusement le score de Florian Zeller... qui pourtant sait parfaitement maîtriser les feux de la rampe médiatique ou celui de Nathalie Rheims, qui mieux introduite qu'elle, tu meurs (malgré une chevelure improbable qui me laisse pantoise dès que je la vois : Nathalie n'est-elle pas la preuve irréfutable que la réincarnation existe ? Si, je vous l'affirme, Nathalie est Samson de la tribu de Dan).

C'est sur cette note rafraîchissante que je vous le dis : tant va la cruche à l'eau qu'à la fin elle se casse...




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Sources Edistat (au 08/02/2009)

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mercredi 4 février 2009

Freud et le Pommier

Quel titre ! Mais Mr Pommier est un habitué des violents coups de pieds dans les hautes sphères de la pensée unique.

Il s'est fait connaître comme l'adversaire acharné du structuralisme, en s'en prenant dans sa thèse de doctorat au "Sur Racine" de Roland Barthes.

On lui doit l'édifiant "Roland Barthes, ras le bol !" réédité en 2006 (issu de sa thèse), le "Thérèse d'Avila, très sainte ou cintrée ?" pour lequel l'Académie Française lui a décerné le Prix de la Critique, entre autres ouvrages critiques.

N'est redoutable que le dissident qui possède le savoir.

René Pommier est cet homme redoutable : ancien élève de l’Ecole Normale Supérieure, agrégé de lettres et Docteur ès-lettres , il a été durant 22 ans Maître de Conférences à l'université Paris-Sorbonne (Paris IV).

Il a reçu le Prix Alfred Verdaguer décerné par l'Institut de France, pour l'ensemble de son oeuvre.

A 76 ans, René Pommier reste un critique vigoureux et même s'il est d'ores et déjà un monument de la critique rationnelle il n'en demeure pas moins très moderne : son site est très fourni et permet à chacun de lire de nombreux passages de ses livres.

"On dit que le Christ n'a jamais ri une seule fois dans sa vie. C'est que personne n'a jamais pensé à lui dire que sa mère était vierge."

(Beaucoup d'autres encore --> ici)

Vous l'aurez donc compris, Mr Pommier ne pouvait que me plaire ! Il me semble même avoir trouvé mon Maître ès-bon sens.

Il se l'était promis : prendre entre 4 yeux la théorie psychanalytique sur le rêve de Sigmund Freud. Chose promise, choses due : René Pommier n'y est pas allé avec le dos de la cuillère.

Le plus remarquable dans tout cela, c'est qu'il est resté concentré sur une méthode de critique très accessible à tous : une critique du texte à proprement parler. Pas de digressions théoriques compliquées ; pas de rappels à des notions trop subtiles et non accessibles aux profanes de la psychanalyse.
Rien de plus qu'une lecture attentive des propos de Sigmund lors de ses séances de psycho-analysis. Une étude basée sur la cohérence des dialogues entre patient/thérapeute, éclairée par les concepts freudiens.

Et là évidemment, René Pommier a fait mouche... Sigmund Freud passe le plus clair de ses séances à fouler au pied les principes de sa théorie (L'Interprétation du rêve, 1899-1900) ; il se "parjure" en permanence ; il généralise une idée à partir de cas particuliers ; il tord et retord les confessions obtenues pour obtenir une validation de sa théorie, allant même jusqu'à tout simplement les suggérer au patient. Exempt de toute probité scientifique, Freud n'hésite pas à élaguer le discours initial du patient pour n'en garder que ce qui pourra, par la suite, servir sa théorie.

René Pommier remet en perspective, au sein même des rêves racontés par les patients, l'idée première de Freud lorsqu'il se met en quête d'analyser les rêves : le rêve serait l’accomplissement d’un désir, désir forcément sexuel ; plus ce désir a été refoulé par le sujet, plus le rêve présentera l'accomplissement de ce désir sous une forme déguisée. Tellement déguisée qu'il arrive bien souvent que Freud donne à une chose mais également à son contraire le même sens. C'est ce qui s'appelle ne pas s'embarrasser de petites contradictions.

Mais si le rêve cherche à satisfaire le dormeur, comme le prétend Freud voire même à prolonger son sommeil et ainsi sauvegarder cette fonction vitale, comment expliquer les cauchemars ?

Cette question ce n'est pas moi qui la soulève, mais René Pommier homme de bon sens par excellence. Freud n'a pas pris le temps d'y répondre... interrogation trop délicate.

Beaucoup d'idées passent en revue avec cette même méthode simple et efficace. On en ressort ébranlé (pour les pro-freudiens) ou convaincu (pour les anti-freudiens).

Tout cela écrit avec une langue aussi aérée qu'une belle crème chantilly, une floppée de réflexions très acides mais jamais vulgaires, une ribambelle de remarques drôlissimes et jubilatoires, un florilège de mots inusités tels que : balivernes, fariboles, calembredaines, foutaises, aliboron... tous destinés à Mr Freud et ses écrits ; autant dire qu'il est rhabillé pour un moment.

C'est drôle et extrêmement bien écrit, solide et argumenté : tout cela rend cet essai diablement redoutable pour le sphinx de l'orthodoxie qui campe devant la Psychanalyse.

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"l'homme est probablement un animal porté à croire ; c'est, en tout cas, un animal porté à croire qu'il n'en est pas un."

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lundi 26 janvier 2009

Le jour où Tourgueniev tomba amoureux


"Tourgueniev" c'est suranné, vieillot, "has been" peut-être mais c'est doux.

Ivan (Sergueïevitch) Tourgueniev (1818-1883) est très loin d'être un obscur auteur russe même si de nos jours, Dostoïevski ou Tolstoï (avec qui il se brouille, après avoir le premier pressenti le génie, pour se réconcilier peu avant sa mort ) lui volent la vedette quand on pense aux auteurs russes.

"C'est l'usage quand on fait l'éloge d'un auteur russe, de le faire aux dépens des autres. Tout se passe comme si les hommes étaient monothéistes dans leur dévotion aux dieux littéraires et ne pouvaient supporter de voir rendre un culte aux divinités rivales" (Robert Lynd).

C'était un grand monsieur et pas uniquement par la taille (1m91).

Avec Gustave Flaubert à qui il rend visite chaque semaine, Tourgueniev partagera durant 17 années une amitié sans nuage qui laissera à la postérité une très belle correspondance.

Le 14 avril 1874, Gustave Flaubert, Ivan Tourgueniev, Edmond de Goncourt, Alphonse Daudet et Emile Zola fondèrent "le dîner mensuel des auteurs sifflés" ; chacun d'entre eux avaient subi un échec au théatre (Flaubert - Le Candidat), soit en faisant représenter des adaptations de leurs romans (Tourgueniev - Sans Argent, Le fil se rompt ou il se casse, Le pique-assiette ; Daudet - l’Arlésienne ; Goncourt - Henriette Maréchal ; Zola - Thérèse Raquin).

Après la sortie de "L'assommoir" les relations qui unissent Tourgueniev et Zola se distendent et Tourgueniev dira sans ambage de ce livre "l'ouvrage pue la littérature".

Flaubert n'était pas non plus très emballé puisqu'il écrit dès le 14 décembre 1876 à Tourgueniev : "J'ai lu, comme vous, quelques fragments de L'Assommoir. Ils m'ont déplu. Zola devient une précieuse à l'inverse. Il croit qu'il y a des mots énergiques, comme Cathos et Madelon croyaient qu'il en existait des nobles."

A la mort de Flaubert en 1880, Guy de Maupassant devient l'ami privilégié et même plus en se considérant non seulement comme le disciple de Tourgueniev mais aussi en lui empruntant des sujets dans ses contes et ses nouvelles.

Pendant près de 40 ans, Tourgueniev vouera une intense passion à Pauline Viardot, pas toujours partagée, il faut dire que la dame est mariée. Elle inspirera Tourgueniev dans la construction du personnage féminin principal de "Premier amour". Elle lui permettra de rencontrer George Sand qui deviendra également une amie fidèle.


Eté 1833 à Moscou. Ni vous ni moi n'étions là et c'est un peu là que réside le charme de "Premier amour".

C'est l'époque où les valets de chambre dormaient à même le parquet en chien de fusil devant la chambre de leur jeune maître.
C'est l'époque où les jeunes filles s'imaginaient que mettre des glaçons dans leur verre d'eau les exposait à un refroidissement pulmonaire et à une mort certaine. Une douce époque donc, faite de théories naïves et d'à-priori redoutables.

Premier amour (1860), n'est pas qu'une historiette sucrée et romantique, c'est aussi un bout de vie de l'auteur, un pan autobiographique de sa jeunesse dorée. Ivan Tourgueniev décide de livrer l'histoire de son premier amour sous les traits de Vladimir Pétrovitch, 16 ans. Il tombe éperdument amoureux de Zinaïda, belle princesse de 21 ans. Seulement voilà, la belle aime en secret un autre homme, plus âgé, marié et très proche de Vladimir. Peu à peu, ce dernier découvrira l'homme que cache soigneusement Zinaïda.

Bien avant Vladimir Nabokov , bien avant Arthur Schnitzler, Ivan Tourgueniev se plait à décrire une jeune fille à la beauté du diable, capricieuse, autoritaire, fantasque, qui rend fou les hommes qui l'approchent.

"Quelle fille excitante que Zinaïda !" écrivit Gustave Flaubert à Ivan Tourgueniev.

On touche ici aux personnages "tourgueniévien" caractéristiques : la jeune fille (il dira à Faubert " Moi, ma vie est saturée de féminité. Il n'y a ni livre, ni quoi que ce soit au monde qui ait pu me tenir lieu et place de la femme.") ; l'homme de trop.
L'univers romanesque de Tourgueniev est également prépondérant : les amours contrariées, développées ici sur deux axes qui se croisent et pivotent autour de Zinaïda.

Au délà des premiers fols émois amoureux d'un adolescent, on aperçoit la violence des sentiments de l'âge mûr, la lente décrépitude de ce qui fût ennivrant.
Il n'y a aucune leçon de morale, aucun propos philosophique, Tourgueniev est un conteur et rien d'autre. Il déploie son art dans la poésie des mots, la justesse des sentiments, la peinture d'êtres humains.

L'écriture est juste et sensible, d'une extrême délicatesse. Tourgueniev suggère beaucoup plus qu'il ne dit. C'est autour d'un détail saillant que s'enroulent les plus insignifiants, ce qui permet de donner à une histoire relativement courte une impression de durée.


Je ne peux pas vous dire que lire Tourgueniev soit d'une absolue nécessité mais je pense que laisser de tels auteurs se perdre dans l'oubli collectif est d'une infinie tristesse et même en littérature, il n'y pas d'avenir sans passé.

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mercredi 21 janvier 2009

Where is my Ego ?



Vu sur le net... Un encart qui date d'avril 2008 sur Le Magazine Littéraire. Ayant toujours un train de retard mais le web conservant tout, je devais tôt ou tard tomber dessus...

"Un critique déchaîné"
"Méchant, imprécis, subjectif et néanmoins très réjouissant, ce blog tente de mettre en oeuvre une autre forme de critique littéraire"

Croyez-moi, le (very) wild wild web ne fait jamais de cadeau à votre Ego et c'est avec une distance nécessaire (trois à quatre mètres, prévoyez les jumelles) qu'il faut lire certaines interventions (dont les miennes, je le concède).
Ce n'est pas tant la critique qui m'interpelle (j'adore la critique) que l'absence d' explication qui va avec.

"Critique déchaîné" ?
Au choix : l'adjonction du préfixe "dé" à la base du nom "chaîne" permet la privation ; au verbe préfixé par "dé" correspond un antonyme (dans ce cas : enchaîné).
Pour faire simple, je suis ravie d'être envisagée comme le contraire d'un critique enchaîné :)

"méchant" ?
Ai-je été méchante ? J'hésite... acerbe, de mauvaise foi, fielleuse, virulente... je veux bien l'admettre même si j'ai l'impression de m'accabler un peu lourdement.
Si vous me demandiez comment moi, je qualifie mes interventions, je dirais juste "loyales" et souvent "ironiques". Je n'ai à aucun moment l'impression d'être véritablement muée par la méchanceté quand j'écris quelque chose. L'indépendance bloguesque donne, il est vrai, un laisser-passer pour la franchise et le "parler vrai" mais j'ai souvenir de mettre moult fois muselée pour ne pas laisser libre cours à ce que je pensais vraiment, ce qui parfois je l'admets, frisait la méchanceté mais fidèle aux propos que je tiens souvent ici sur la méchanceté gratuite comme signe d'une acrimonie stérile, j'ai ravalé mes allégations.

"imprécis" ?
S'il s'agit de posséder les lettres de noblesse attestant d'une véritable connaissance des textes, certes... mais si j'étais une critique littéraire patentée, je ne serais pas ici, je vivrais de mon "travail" et je ferais en sorte que mes talents professionnels soient récompensés en sonnant et trébuchant.
Hors ce blog ne me rapporte pas un fifrelin.
De plus et avant tout, l'ambition de ce blog n'a jamais été d'être un blog de critiques hautement qualifiées, appuyées sur un enseignement en fac de Lettres, une prépa ou une école de journalisme parce que c'est justement ce qui me gêne dans la critique littéraire : trop de considérations didactiques, trop de lumière collée au plus près de la page qui éblouit au lieu d'éclairer, trop d'envolées académiques, trop de boursouflures universitaires...
Vous m'imaginez construire mes modestes critiques selon la méthode de la critique génétique, la critique thématique ou la critique textuelle ???
A dire vrai, même si j'avais désiré commenter ainsi les livres, je n'aurais pas su : trop peu de bagages. Alors au plus simple et finalement au plus près de ce qu'est une lectrice lambda, (ma propre personne étant représentative de cette catégorie), j'écris comme je réfléchis. Et quand cogito... souvent... rebello :)

"subjectif" ?
J'ai beau chercher une raison de ne pas l'être, je n'en vois aucune !
Je lis les livres dont je discute ici plus tard, j'ai mis en place ce blog... avec tant de "je", je ne vois pas comment il serait honnêtement possible de débarrasser mes articles de la subjectivité qui les construit.
D'ailleurs, l'intérêt originel de ce blog était la confrontation de nos subjectivités. La mienne et la vôtre, à vous lecteurs. Je reste arc-boutée sur cette idée. Quel intérêt y aurait-il à développer une quelconque discussion si vous, si moi, étions dans un cadre réglé où seule notre objectivité s'exprimait ?
Oui, "mais l'auteure des articles pourrait rester objective et laisser les commentateurs s'exprimer à leur guise", pourriez-vous m'objecter.
Et je répondrais à nouveau : quel intérêt ? Quel type de discussions pourrait-on développer, assis sur ma pseudo objectivité ?
Je dis "pseudo" car mes études en psychologie (eh oui, pas en Lettres) m'ont appris que l'objectivité est un leurre. Personne ne peut se défaire de son propre point de vue et à vouloir à tout crin être "objectivant" on risque bien souvent d'être tout bonnement sans point de vue.
Vous admettrez alors qu'un blog dépouillé de point de vue n'a plus beaucoup d'intérêt.

"réjouissant" ?
Ah me voilà rassurée... la méchanceté, l'imprécision et la subjectivité sont des valeurs sûres pour réjouir les lecteurs !
Donc : je ne change rien !




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samedi 17 janvier 2009

Dialogues avec Satan



Suite à l'opération "Masse critique" de Babelio, j'ai donc reçu (en plus du livre sur les guitares) (oui, vous noterez que mon immense notoriété m'a fait grimper au rang de "critique de 2 livres gratuits !") ce très joli petit livre : "Dialogues avec Satan" de Jean-Luc Coudray (Editions L'AMOURIER).
Joli ? Oui, j'ai été extrêmement emballée par les dimensions peu communes de cette collection : un rectangle plutôt étroit (20 cm x 10 cm), un papier de grande qualité (vélin palatina 100 gr), une prise en main surprenante et donc intéressante.

Sauf qu'à la lecture, c'est finalement beaucoup moins pratique ! Les pages tournent très difficilement et il faut s'acharner sur la tranche afin que le livre soit un minimum ouvert. Bel objet mais un tantinet récalcitrant à l'offrande.

L'histoire est simple : le héros, homme ordinaire fuyant comme la peste la moindre extravagance sociale et/ou humaine pour ne pas perturber le "confort d'une vie sans risque", reçoit les visites inopinées et récurrentes de Satan, qui installé dans un canapé et dévorant une quantité délirante de nourriture, entreprend de dialoguer sur l'intérêt de l'existence de Dieu et par extension l'intérêt de vouloir rejoindre le Paradis plutôt que l'Enfer.

Ce Diable d'ordinaire fourbe et sournois est ici d'une franchise surprenante et compte bien détricoter maille après maille les croyances que les hommes se sont efforcés de rendre crédibles pour leur propre salut.

Ecrit à la première personne du singulier, l'auteur alterne plutôt bien le "montrer" et le "raconter" avec une prépondérance majeure des dialogues ce qui accélère la vitesse de lecture mais dépouille un peu les propos de leur profondeur.

Nonobstant (classe, hein ?), tout cela m'aurait sûrement bien plu si l'axe de réflexion avait réussi à se dégager d'une vision trop "chrétienne" du Bien et du Mal.

Au-delà de discussions que j'ai trouvé bien souvent très obscures (mais cette opacité est peut-être due, comme je l'ai indiqué ci-dessus, à des réflexions trop dialoguées et à un manque de distance), nos deux héros ne s'envisagent pas dans un monde où le Mal existerait par lui-même, sans Dieu, sans aucune autre justification que celle d'exister. Une existance sans dessein, une composante humaine qui ne se nourrit d'aucun contraire.

D'ailleurs quand l'homme dit à Satan : "Que deviendrez-vous sans Dieu", Satan lui répond "La question vaut aussi pour lui." Et l'homme de lui rétorquer : "Admettez que vous ne ferez jamais disparaitre le Créateur de l'Univers."

Cela m'a coupé la chique ! Quelle réponse parcellaire ! La question ne vaut pour Dieu que dans certaines configurations. Car dans une autre religion, comme la religion juive, la question ne se pose pas dans ces termes.

Dieu existe mais pas Satan. Le devenir du Diable n'a donc aucun lien avec celui de Dieu et j'aurais bien aimé que le représentant de la congrégation humaine lui assène cet argument. Mais visiblement pour Jean-Luc Coudray, Dieu et Diable sont indissociables l'un de l'autre et l'existence de l'un justifie l'existence de l'autre. Ce qui semble être à mes yeux une vue réductrice d'un dialogue avec le Mal que j'aurais aimé plus large, balayant ailleurs que sur les plates-bandes du Bien.

L'idée d'un choix entre deux lieux post-mortem, l'un empreint de béatitude, le Paradis, et l'autre de douleur, l'Enfer, est également une référence religieuse restreinte.

Pour clôre ce billet je vous livre un anthropomorphisme assez singulier et surprenant relevé p.71 :

"Satan renversa d'un mouvement brusque mon guéridon, éparpillant les madeleines grand-mère et les boudoirs grand-maman [...] Satan ramassa les rares boudoirs qui avaient gardé forme humaine. Il m'en proposa un et avala tous les autres."

J'ai bien cherché et la seule forme humaine s'approchant d'un boudoir que j'ai pu visualiser... euh... avec beaucoup d'imagination tout de même...














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dimanche 11 janvier 2009

TV langues de p***


Extrait de l'émission du 20 décembre 2008 "Salut les terriens" sur Canal +

Thierry Ardisson : Vous êtes l'homme qui a fait pleurer Laurence Boccolini. Ca, ce n'est pas dur. Le plus difficile aurait été de la faire maigrir. Vous êtes la terreur des people en promo. Celui qui énerve les stars : Boccolini, Michaël Youn, Cali, Cauet.
Cauet, vous l'avez traité de con. Il vous a attaqué au tribunal. Qu'est-ce qu'il peut dire ?


Eric Naulleau : C'est moi qui doit dire. Je dois prouver qu'il est con.



Thierry Ardisson : Il suffit de voir son émission.






Eric Naulleau : C'est ce que j'ai dit. J'espère que ça suffira.



Thierry Ardisson : Vous racontez que Cauet est en déclin, c'est pour ça qu'il l'a mal pris en fait.





Eric Naulleau : Peut-être que ceux qui aimaient pipi-caca pot-pot quand ils avaient 12 ans, ça leur plait moins maintenant qu'ils en ont 18 ans.



Thierry Ardisson : Pour Guy Carlier, tout ça "c'est de la manip pour faire monter l'audience. C'est pour être repris le dimanche sur le blog de Morandini." Et il ajoute : "C'est à pleurer." C'est marrant cette habitude que vous avez de faire pleurer les gros. Après Boccolini, Carlier...


Eric Naulleau : C'est une fine analyse de Carlier. Il faut savoir que chez les snipers, c'est comme chez les terroristes. Les repentis dénoncent toujours ceux qui sont encore en activité.


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Et voilà comment désormais on fait de l'audience...
Exit la langue caustique, la langue sarcastique, la langue ironique, la langue cynique, la langue bien pendue, la langue de boeuf.
Welcome to : la langue de putes.

Frédéric Dard avait un jour déclaré : " Traiter son prochain de con ce n'est pas un outrage, c'est un diagnostic". Et ça, c'est franchement drôle. Mais Naulleau n'est pas Dard et du coup... ça n'a pas du tout le même rendu. Mais ce n'est pas tant que Cauet se soit fait traiter de "con" qui m'a fait bondir (car ça je m'en tape comme de mon premier bol de corn-flakes) que d'entendre Laurence Boccolini et Guy Carlier se faire traiter de gros...
La vanne balancée sur un nain parce qu'il est nain, sur une grosse parce qu'elle est grosse, sur un borgne parce qu'il est borgne, une blonde parce qu'elle est blonde, c'est pas franchement original. Pas plus que la vanne pipi-caca.
Jouir des pleurs d'autrui... c'est pitoyable. La méchanceté érigée en totem du drôle et de l'esprit alerte, c'est tout simplement effrayant.
Laurence Boccolini avoue avoir elle-même fait pleurer des gens lors d'interviews mais elle déclare aussi s'être excusée auprès de ces mêmes gens quelques années après, ayant (enfin !) réalisé qu'elle avait été odieuse.
Ardisson s'excusera t'il ?
S'en prendre à Cauet parce qu'il est con, s'en prendre à Boccolini parce qu'elle est grosse... Cherchez l'erreur ou plutôt le trait d'esprit...
On est donc toujours le con de quelqu'un ; que ces deux là ne l'oublient pas.
Les miens peut-être ?

Je ne déteste pas la méchanceté. Elle peut être irrésistiblement drôle mais elle ne peut s'enorgueillir d'être indispensable que si elle est soutenue par une sensiblité aux autres infaillible.

Pour ceux qui comme moi aime la méchanceté qui se déploie avec panache et excellence, voici la preuve que l'on peut être drôle tout en étant cruel :

"Aujourd’hui, c’est à vous que je m’adresse, chers enfants. Savez-vous, petits connards, qu’à l’âge où vous jouez aux billes comme des imbéciles, Wolfgang Amadeus Mozart, lui, avait atteint le génie ?" Pierre Desproges

"Pourquoi l’idée que mes enfants souffrent m’est-elle si complètement insupportable, alors que je dors, dîne et baise en paix quand ceux des autres s’écrasent en autocar, se cloquent au napalm, ou crèvent de faim sur le sein flapi d’une négresse efflanquée?" Pierre Desproges
"Si tu étais plus belle, je me serais déjà lassé. Tandis que là, je ne m'y suis pas encore habitué. " Raymond Devos

"Le fait qu'une femme puisse traverser l'atlantique à la rame, moi je dis: "bravo". Ca prouve deux choses: 1- qu'une femme peut être largement aussi con qu'un homme, et 2- qu'une femme peut vivre dans 1 mètre cube pendant 4 mois et perdre 10 kilos ... sans faire chier personne !" Christophe Alévêque

"Les femmes ressemblent aux girouettes, elles rouillent quand elles se fixent." Voltaire


Et pour faire un lien direct avec le thème principal de ce blog, à savoir "la littérature", Thierry Ardisson qui se flatte de placer la littérature "au-dessus de tout" a été grillé en flagrant délit de plagiat dans son livre "Pondichéry" paru en 1994.
"C’est là que je fais la connerie de ma vie. Un dimanche après-midi, pour gagner du temps, complètement inconscient des conséquences, je recopie mot à mot six pleines pages d’un bouquin des années 30, une description d’un quartier de Pondi. Un livre de Louis Delamarre, "Désordres à Pondichéry"…
La confession d'Ardisson s'étale dans "Confessions d’un Baby-Boomer" (2004), un livre d’entretiens avec Philippe Kieffer.
"Là, normal, j'en prends plein la gueule. C'est clair, ceux qui n'avouent pas, on les fait pas chier autant. Si j'avais nié, on m'aurait cassé les couilles pendant trois semaines, et tout le monde serait passé à autre chose. [...] Tandis que là, c'est la curée. Et puis, on m'en parle depuis dix ans de ces dix pages recopiées sur les 300 que comporte le livre ! J'ai pris 10 piges ! Y a des jours, je ne sais pas si toutes les vérités sont bonnes à dire. "

10 pages ? Mon cul ! (enfin le sien ! planqué sous son clergyman)
C'est comme l'alcoolique qui raconte qu'il ne boit que 2 bières par jour.
Jean Robin, va mener de véritables investigations en fouillant les catalogues de la Bibliothèque Nationale et en avalant tous les livres qui évoquent Pondichéry.
Résultat : une soixantaine de pages plagiées ; non pas 1 auteur (du reste qui se prénomme Georges et non Louis Delamarre, comme le dit Ardisson) mais au moins 6 !!!

Thierry Ardisson, chantre autodéclaré du sex, drugs & rock’n roll , a réussi un coup de maître :
la baise simultanée de tous ses lecteurs et lectrices ! Quelle vitalité pour un type de 60 piges !

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mardi 6 janvier 2009

Guitares et Guitaristes de Légende


Dommage que Noël soit passé avant que je n'écrive cet article car je pense que ce livre aurait été un excellent cadeau pour tous les gratteurs et gratteuses de cordes tendues.
Reste les anniversaires...

Ce livre, "Guitares et guitaristes de légende" Dom Kiris, Gilles Verlant, issu du "masse critique" de Babelio n'était pas destiné à mon usage. Non, je ne gratte rien, même pas les cartons de la Française des Jeux (mais en y réfléchissant, je me gratte la tête quand quelque chose est épineux). Qu'à cela ne tienne, en grande professionnelle que je suis, je ne l'ai pas mis entre n'importe quelles mains ! Je l'ai confié à des doigts qui possèdent une extrême dextérité dans le grattage et le pinçage (de cordes va s'en dire). En effet, seul mon époux pouvait me dire si oui ou non ce livre était intéressant.

Verdict : Excellent !!!

Du coup je vais vous en dire plus, il parait que cela vaut vraiment la peine.
Visiblement ce livre n'est pas destiné qu'aux professionnels ou qu'aux ultra-initiés. Moi-même, ignarde absolue en lutherie et ne l'ayant lu qu'en diagonale, j'y ai appris des tas de choses et j'ai absolument tout compris ! (donc point besoin de se désquamer le cuir chevelu, vous suivez ?)

Tout ce qui a été relevé par mon époux sera écrit en italique, honnêteté oblige. C'est donc une première sur ce blog : ce sera un travail commun (bien qu'il n'ait eut aucun droit de regard sur cet article avant sa mise en ligne. Faut quand même que la patronne reste la patronne !)

Passons en revue ce que ce livre aux photos sublimes et aux textes simples mais fournis recèle :

La Gretsch White Falcon : issue d'une compagnie créée par Friedrich Gretsch qui, arrivé aux USA à 27 ans, ouvre une échope d'instruments de musique à Brooklyn en 1883. Il ne verra pas le succès de la marque car il meurt à peine douze ans plus tard ! Jimi Hendrix, Eric Clapton ou Jeff Beck sonneront le glas de la maison Gretsch. Aidée par Brian Setzer (Stray Cats) la maison Gretsch soutenue par Fred Fresch III redémarre avec la production de collections 1950-1960 en 1986.

Vous apprendrez comment ces guitares sont fabriquées et qui sont les amateurs de la Gretsch White Falcon mais aussi de la Gretsch Electronic Signature.


Idem pour la Guild créée en 1952 ou la Red Special.





Les guitares Ibanez lâchent tous leurs secrets. A commencer par leur pays de fabrication : le Japon. Un grand monsieur, George Benson, immortalisera la GB10. Personnellement j'ignorais tout de la guitare de mister Benson mais ce que je sais, c'est que j'ai toujours adoré le son qu'il en sortait : rond, volupteux avec des attaques claquantes... souvenez vous de Give me the night.

Martin, Gibson, Fender, Ovation, Rickenbacker, Taylor, PRS, Dobro, National, Epiphone, Höfner, Selmer, Valco, Dean, Jackson... elles y sont toutes !

Mais pas que... car qu'est ce qu'une guitare sans son guitariste ? (Si ça c'est pas de la vraie question existencielle !)


George Harrison, Chet Atkins, Richie Havens, Joe Satriani, Steve Vai, Jimmie Rodgers, Hank Williams, Johnny Cash, Marc Bolan, Jimmy Page, Angus Young, Tony Iommi...

Tous, en passant par la country, le blues, le rock, le hard, le jazz... tous ceux qui ont su porter la guitare à son niveau d'excellence, peu importe le registre musical.

Ce livre raconte au travers de petites histoires, la grande histoire de la lutherie et montre à quel point une guitare fait un guitariste et un guitariste fait une guitare (c'était mieux dit que cela mais je résume, hein.).

Ce livre est donc... un recueil d'histoires d'amour entre l'homme et les cordes.
De la lutherophilie ?

(Oui, je sais, c'est lourd...!)

Please don't stop the music...



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mercredi 31 décembre 2008


mardi 23 décembre 2008


samedi 13 décembre 2008

Vade Retro Italo

Il m'est arrivé une aventure pas croyable : je me suis engueulée avec un livre ! Une espèce de "je-te-déteste-moi-pareil" qui s'est terminée par une bouderie somme toute très infantile mais que j'assume! Revancharde et sournoise, j'ai donc décidé de régler mes comptes ici même, au vu et su du monde entier ! (sachant que le monde de mon blog est, je l'avoue, très restreint).

C'est donc l'histoire d'un livre qui m'a boutée hors de ses pages avec une extrême violence, un extrême dégoût !

Attention, je ne vous parle pas du livre qui vous tombe des mains, de celui qui ennuie, de celui qui endort... Non je vous parle de celui qui vous rejette, qui se complique au fur et à mesure pour vous montrer à quel point vous n'êtes pas prêt(e) à lire ses lignes.

Quand lire devient un calvaire, une mission impossible, un chemin de croix : quand on déteste le bouquin que l'on vient d'acheter ! Quand on en vient à se demander comment les autres ont fait ? Oui comment ? Serais-je la seule, l'unique à avoir autant souffert avec Italo Calvino et son "Si par une nuit d'hiver un voyageur" ?

Au club des théières (excellent blog au demeurant) les compliments fusent.
On se sent alors vraiment, vraiment très seule.

Italo Calvino a une facilité d'écriture assez époustouflante et c'est sans nul doute de la très belle littérature. Mais cette histoire... oh my god, cette histoire... !
Un cauchemar !

Cela commençait mal de toute façon...

"Tu vas commencer le nouveau roman d'Italo Calvino, Si par une nuit d'hiver un voyageur. Détends-toi. Concentre-toi. Écarte de toi toute autre pensée. Laisse le monde qui t'entoure s'estomper dans le vague. La porte, il vaut mieux la fermer; de l'autre côté, la télévision est toujours allumée. Dis-le tout de suite aux autres : « Non, je ne veux pas regarder la télévision ! » Parle plus fort s'ils ne t'entendent pas : « Je lis ! Je ne veux pas être dérangé. » Avec tout ce chahut, ils ne t'ont peut-etre pas entendu : dis-le plus fort, crie : « Je commence le nouveau roman d'Italo Calvino ! » Ou, si tu préfères, ne dis rien ; espérons qu'ils te laisseront en paix. Prends la position la plus confortable : assis, étendu, pelotonné, couché. Couché sur le dos, sur un côté, sur le ventre. Dans un fauteuil, un sofa, un fauteuil à bascule, une chaise longue, un pouf. Ou dans un hamac, Si tu en as un. Sur ton lit naturellement, ou dedans. Tu peux aussi te mettre la tête en bas, en position de yoga. En tenant le livre à l'envers, évidemment."

J'ai tout de suite eu un mauvais pressentiment : Calvino me parle comme s'il me connaissait... mais s'il me connaissait, il saurait que je ne suis pas un homme et donc qu'un participe passé agrémenté d'un petit "e" en fin de course aurait été le bienvenu. C'est bête je sais, mais cette insistance à me parler comme si j'étais un bonhomme m'a tout de suite agacée.

A moins que Calvino ait décidé que LE Lecteur était un être assexué. Ce qui de toute façon m'aurait également énervée car je ne crois pas qu'il y ait UN lecteur, comme il existerait LA femme, LA mère etc...

Bon, je vous l'ai dit, ça commençait très mal.
Cela dit, je me suis tout de même pliée à la méthode et me suis confortablement installéE.
Mais même au mieux de ma forme, ça ne passait toujours pas !

L'histoire... justement il y a bien UN lecteur mais il n'y pas UNE histoire... il y a DES histoires.

C'est étrange d'ailleurs qu'Italo Calvino ait voulu à ce point nous rendre, nous tous lecteurs, un et un seul alors que son propos est de démontrer que les livres sont une multitude... Bref, me voilà partie pour l'histoire car au départ j'étais partie en lecture comme on part en voyage avec un départ et une arrivée. Mais au beau milieu du chemin, changement de train, on reprend ses bagages, on descend, on poiraute sur le quai et on repart dans une autre direction : seconde histoire.

Et ainsi de suite, on descend, on remonte, on redescend... il n'est pas inutile d'avoir son petit sac en papier à portée de main. Donc moi, LE lecteur, j'ai tout simplement reposé le livre en me disant, on verra cela demain.

Le lendemain, re-dispersion à tout va, j'en suis au énième début d'histoire, rien ne se termine, tout recommence et la nausée avec. On repose, on (re) verra cela demain.

Troisième jour, beaucoup moins d'entrain, ce livre est en passe de devenir une punition, dernier essai après je lâche.

Trois petits tours et puis s'en vont, j'ai abandonné non sans trouvé que cette frustration imposée était faite pour les masochistes et que je n'avais donc que faire de cet instrument de plaisir pour certains, de torture pour moi.

Avec le recul et lorgnant de côté l'objet qui est resté sur ma table de nuit pour me rappeler qu'il faut toujours rester modeste en littérature et que parfois l'heure n'est pas encore arrivée pour certaines rencontres, je trouve assez ironique de n'avoir pu terminer un livre qui justement parle de ces romans que l'on entame et qui ne finissent pas... Aurais-je parfaitement compris le propos de Calvino (sans l'avoir fait exprès je vous l'accorde) ?

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Etude de Si par une nuit d'hiver

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mardi 2 décembre 2008

Quand JG Ballard veut y croire...

Le roman "Sauvagerie" de James Graham Ballard, sorti aux éditions Tristam en 2008 est en fait un roman sorti en France dès 1992 sous le titre "Le massacre de Pangbourne" (et en version originale "Running wild").

La critique qu'en avait faite La lettrine m'avait alléchée et aussitôt ce petit roman dans mes mains, aussitôt consommé.

Ma déception est à la hauteur de mes attentes et Anne-Sophie n'y est pour rien.

Il n'est plus ici question de style, quoique la narration au travers des yeux d'un consultant psychiatre adjoint, le docteur Gréville, est un style en soi, puisque tout n'est que descriptions et hypothèses.
Rien de choquant jusque là car JG Ballard maitrise parfaitement l'aménagement du suspens et le déroulement de l'histoire.

Non, là où mon allant littéraire s'est grippé, c'est sur le fond de cette histoire et sur le mobile de ces meurtres : je n'ai pas adhéré à la thèse psychologique que JG Ballard soutient. Et au-delà de mon non-adhésion, je l'ai trouvée totalement farfelue et beaucoup trop fictionnelle. Impossible de croire une seconde à la possible éventualité d'une telle tragédie.

Résumé de l'histoire :
25 juin 1988. Pangbourne Village situé à 48 km à l'ouest de Londres. Résidence très coûteuse et très chic abritant des cadres supérieurs, avocats, banquiers, etc... Trente deux morts. Treize enfants disparus. Un massacre. Un mystère. Le Dr Richard Greville, consultant psychiatre est envoyé pour appuyer la police locale qui ne sait où chercher le ou les assassins, le ou les kidnappeurs. Aucune rançon n'a été réclamée. Le mystère reste entier. A force d'interroger l'entourage des familles, le Dr Greville et l'un des policiers enquêteurs commencent à formuler une hypothèse complètement folle mais de plus en plus confirmée par les preuves.

Cette histoire, JG Ballard l'a imaginée après qu'une réelle tragédie ait eu lieu en août 1987, à Hungerford dans le Berkshire. Le 19 août, un homme de 27 ans, Michael Robert Ryan, armé de deux fusils semi-automatiques et d'un revolver abat seize personnes dont sa mère et en blesse quinze autres. Il met fin au massacre en se suicidant.

Décrit par le milieu scolaire comme un enfant renfrogné, isolé et centré sur lui-même, Michael Robert Ryan était l'enfant unique d'Alfred Henry Ryan, 55 ans et de Dorothy Ryan, 34 ans.

Ce père réputé pour son perfectionnisme et sa rigidité disparait du panorama et ne reste qu'une mère occupée par ses oeuvres au sein de la communauté et par son fils. Cette relation mère-fils sera analysée par la suite comme "malsaine" et Michael Robert Ryan comme un "fils à maman".

Plutôt petit pour son âge Michael Robert Ryan est souvent moqué, voire maltraité par ses camarades. Il ne participe à aucun évènement sportif ou scolaire.

A 16 ans, malgré ses efforts, il n'a pas les capacités intellectuelles pour entrer dans le lycée de son choix et arrête là ses études. C'est donc sa mère qui pourvoiera à ce qu'il ne manque de rien même s'il ne gagne pas sa vie : voiture, essence et son premier revolver...

Michael Robert Ryan se met alors à collectionner les armes qui lui apportent un sentiment de puissance jusque là bien défectueux. Dans le même ordre d'idées et pour pallier à une vie médiocre et insipide, il se met désormais à mentir et à se réinventer un glorieux passé. Il raconte qu'il a servi dans le second régiment de parachutistes des forces armées brittaniques, qu'il a été marié et qu'il a été propriétaire d'un magasin d'armes. Très agressif si quelqu'un venait à douter de ses histoires, sa mère, dans un souci d'apaisement, confirmait régulièrement ses mensonges.

James Graham Ballard, fasciné par la pseudo-normalité des gens policés, des cadres supérieurs "biens sous tout rapport" aime à dévoiler la face cachée d'un monde modéré et hyper-régulé. Une face qui se colore de violence exacerbée et de perversion sexuelle. Le chaos des pulsions, planquées sous un tapis persan trônant au centre d'un salon bourgeois bien entretenu, le fascine. Logique me direz-vous quand on est romancier : l'âme humaine est une jungle luxuriante pour l'imagination des écrivains.

Seulement en voulant complexifier l'histoire de "Hungerford", JG Ballard est arrivé à une impossibilité psychologique, à un non-sens même s'il s'agissait, j'en ai parfaitement conscience, d'extrapoller des thèmes comme l'hyper-vigilance, l'éducation, la régulation des pulsions, l'affirmation de soi, l'identité, la privation de liberté au nom du bien-être.

Pour valider cette dérive psychologique soudaine et terrifiante, JG Ballard a procédé à de très larges raccourcis. Les parents de Pangbourne Village aussi étouffants qu'ils puissent être ne ressemblent en aucun cas à Dorothy Ryan.

Il y a bien un décrochage social avec le réel puisqu'ils vivent en vase clos et refusent que leurs enfants aient des contacts prolongés avec tout ce qui est extérieur à leur lieu de résidence.
Mais cette façon de vivre, inscrite dans une idéologie bien rôdée, n'a pas d'incidence à proprement parler sur la "sociopathie" d'un individu autrement les communautés Amish ou Mormonne seraient des nids à tueurs violents.
Ce décrochage là est peut-être nécessaire mais pas suffisant pour faire d'enfants soumis aux règles de leurs parents de véritables bombes à retardement. Les seules rebellions que pouvaient craindre ces parents hyper-vigilants, étaient la fugue, le piercing, le tatouage, la consommation de drogues ou d'alcool, le sabotage de voies ferrées (!)... pas l'armement lourd et le massacre.
Des parents décrits comme aimants, éclairés, partageant des valeurs libérales et humanistes parfois même à l'excès. Les résultats scolaires démontraient une totale absence de stress familial. Les parents se joignaient à leurs enfants, au détriment de leur propre vie sociale, dans des activités diverses comme des tournois de bridge au sein de la résidence, des soirées en discothèque. Certes, aucune place n'était laissée à l'improvisation, tout était savamment programmé même les discussions en famille qui avaient lieu après le dîner pour débattre des émissions de télé.

J'en conviens facilement, une vie très difficile quand arrive l'âge de l'adolescence. Encore que, des tas de jeunes vivent selon les règles très strictes de leurs parents sans jamais penser ou oser les défier, pour peu que ces règles aient une justification très solide.

Les tueurs de masse ou en série n'éprouvent, eux, aucune empathie pour les autres. C'est un trait caratéristique de la sociopathie. Mais il en est un autre, tout à fait concommitant au précédent, qui est celui d'être dans l'incapacité d'établir des relations avec les autres. C'était d'ailleurs le cas de Michael Robert Ryan.

Ce n'est pas du tout le cas des enfants de Pangbourne. Aucun d'entre eux n'est décrit comme ayant des problèmes relationnels avec ses parents ou ses frères et soeurs ou même avec les autres résidents qu'ils fréquentaient lors de tournois organisés.

Pourtant ce détail qui change tout, est volontairement gommé par l'écrivain : "Mon point de vue est que loin d'être un évènement d'une portée considérable pour les enfants, le meurtre de leurs parents était une question relativement insignifiante. Je pense que ces meurtres eux-mêmes n'ont été que le dernier processus de retrait du monde extérieur qui avait commencé bien des mois, voire des années, auparavant. Comme pour Michael Ryan, le tueur de Hungerford, ou les nombreux exemples américains de tueurs fous qui ouvrent le feu sur les passants, l'identité des victimes n'a pas de sens particulier pour eux." (p. 95).

Bon nombre d'entre eux ne sont pas enfants uniques et n'entretiennent pas avec leurs parents de relation trouble. Ceux-ci ont une vie de couple bien délimitée de celle de leur vie de parents. Il n'y pas confusion des genres. Aucune mère ne semble trop dominante ou trop distante, aucun père ne manifeste de rages alcooliques ou de troubles sadiques. Rien de tout cela. Au contraire. chez JG Ballard, leurs principaux défauts sont d'être "trop aimants", "trop attentionnés", trop "parfaits".

Une perfection tellement irritante qu'elle serait en mesure de déclencher une rageuse envie de tuer chez leurs rejetons.

De plus JG Ballard amalgame deux types de tueur qui ne sont pas miscibles entre eux : le tueur solitaire et le tueur au sein d'un groupe d'autres tueurs. Il part d'un destin d'enfant solitaire et retiré sur lui-même, rejeté par les autres pour le plaquer sur des enfants très introduits dans leur communauté (même si cette communauté est restrictive).

Qu'un des enfants de Pangbourne ait pu ressembler à Michael Robert Ryan, passe encore (Jeremy Maxted étant le plus probable ; fils unique d'un couple de psychiatres au self-control irréprochable, très intrusifs dans la vie de leur enfant, on retrouvera dans sa chambre des magazines d'armement, tout comme chez M. R. Ryan) mais comment aurait-il embrigadé les 12 autres enfants? Car qui dit embrigadement dit idéologie et derrière cette envie commune de tuer et supprimer toute trace d'une vie idyllique, JG Ballard n'y met aucune idéologie revendicatrice mise à part celle de s'affranchir de l'hyper-vigilance ; ce qui ne l'empêche pas de les décrire comme mués par un dessein commun et capables d'accomplir par la suite des meurtres de personnalités, projettant en filligrane des bandes de tueurs comme "la bande à Baader".

Et là encore, cette hypothèse me semble tirée par les cheveux !

Derrière toute action commune de meurtres, il y a forcément une idéologie et à 99%, une idéologie politique. Ce dont, sont très loin les enfants de Pangbourne, âgés de 8 à 17 ans.

De façon simultanée, un an avant le massacre, les enfants de Pangbourne avaient peu à peu délaissé toute activité à l'extérieur de leur maison. Ils s'étaient repliés chez eux, et plus exactement dans leur chambre. JG Ballard écrit que ce repli ne semble pas avoir été planifié.

C'est donc à une génération spontanée de tueurs au projet miraculeusement identique que l'on doit le massacre de 9 pères, 9 mères, un couple sans enfant et 11 membres du personnel travaillant sur place.
Science-fiction ? Anticipation ?... là on est dans la télépathie !

Voilà donc un court roman que je peux difficilement vous recommander (je ne pense d'ailleurs pas vous avoir donner l'envie de le lire !) sauf évidemment si vous aimez les histoires qui ont du plomb dans l'aile.





***


samedi 15 novembre 2008

Milan Kundera et le Respekt...

Etrange histoire que celle de Milan Kundera porté aux nues par l'intelligentsia française.
Avant d'être un opposant au régime communiste, M. Kundera était un membre actif du Parti communiste tchécoslovaque, un membre très actif... soupçonné d'y être allé de sa petite délation, celle qui aide à rendre un pays plus propre, celle qui montre au Parti combien on a le sens du devoir, combien on est une bonne recrue.

Le 14 mars 1950, vers 16 heures, un jeune homme de presque 21 ans, nommé Milan Kundera exclu du Parti Communiste depuis peu, passe le seuil du commissariat du 6e district de Prague.
Il vient spontanément déclarer à Jaroslav Rosicky, officier de police, qu'un déserteur à la solde des américains du nom de Miroslav Dvořáček se trouve dans le pays et que plus précisément il se trouvera à la résidence de la cité universitaire Prague VII appelée "la Kolonka" dans la soirée.
Munis de ces précieux renseignements, les brigadiers Rosicky et Hanton se feront une joie d'investir la chambre d'étudiante de la très belle Iva Militká, chez qui Miroslav Dvořáček était hébergé, et à qui il avait annoncé qu'il repasserait en début de soirée.

Le comité d'accueil sera moins glamour que prévu et Miroslav Dvořáček passera les 14 années suivantes dans des mines d'uranium (un des camps les plus durs appelé « Vojna »), sera condamné à 10 000 couronnes d’amende, sera privé de ses droits civiques pour dix ans et verra tous ses biens saisis.

Miroslav Dvořáček




Ce procès verbal, établi le 14 mars 1950, sera ensuite englouti sous des millions d'autres, puis enseveli sous des dizaines de kilomètres d'archives empilées.

Débuts des années 60, Milan Kundera est un auteur très apprécié en République tchèque. Après sa réintégration en 1956 (ou 1950) au sein du parti communiste(KSČ) Kundera peut conclure ses études de scénario et de réalisation à la Faculté des Arts cinématographiques de Prague. Il est alors un auteur fécond, connu et reconnu par le public comme un des représentants le plus importants de la jeune génération des écrivains staliniens, ceux-ci profitant pleinement des avantages que leur procurait leur adhésion au régime.
Les choses se gâtent sérieusement en 1967 au 4e Congrès des écrivains tchèques : ces derniers sont, pour la première fois, en désaccord total avec la ligne de conduite des dirigeants du parti. Milan Kundera devient leur leader.

L'invasion soviétique de 1968 met totalement fin à sa belle illusion et le voilà devenu paria : renvoyé de l'Institut Cinématographique de Prague, ses livres sont retirés des librairies, il n'a même plus le droit de publier.

En 1975, il quitte la République tchèque pour la France.

Le lundi 13 octobre 2008, soit 58 ans après les faits, le magazine Respekt, publie un article qui relate les faits advenus ce 14 mars 1950. Le nom de Milan Kundera est là, inscrit en toutes lettres, son identité parfaitement déclinée. Stupeur ! Milan Kundera était un délateur à la solde du Parti ! Et le monde littéraire s'emballe, atterré.
Atterré par quoi ? Certains sont ulcérés car c'est une honte d'accuser ainsi Milan Kundera, d'autres, eux... sont beaucoup moins effarés (surtout ceux qui étaient présent en République tchèque durant ces années sombres).
Onze écrivains apportent leur soutien à l'écrivain tchèque tels que John M. Coetzee (Prix Nobel), Jean Daniel, Carlos Fuentes, Gabriel Garcia Marquez (Prix Nobel), Nadine Gordimer (Prix Nobel), Juan Goytisolo, Pierre Mertens, Orhan Pamuk (Prix Nobel), Philip Roth, Salman Rushdie et Jorge Semprun.
Onze... c'est bien peu quand on y pense...

Ils s'appuient essentiellement sur le témoignage de l'historien Zdeněk Pešat que voici :
"J'étais alors en troisième année de la faculté de philosophie de l'Université Charles à Prague et membre du comité du partie communiste de la faculté. Miroslav Dlask s'est adressé à moi en me disant que son amie (et future épouse), Iva, avait rencontré son ancien ami dont elle savait qu'il était passé à l'Ouest et que, certainement, il était maintenant rentré illégalement. Dlask m'a dit qu'il en avait informé la police [...] J'ai supposé que Dlask avait voulu protéger son amie d'une inévitable persécution au cas où ses rapports avec un émigré - voire un provocateur-agent de la police secrète tchèque - seraient décelés. Je n'ai pas réagi à son information et je ne l'ai plus rencontré après mes études."




Mais comment le très sérieux journal Respekt en est-il venu à dénicher ce fameux procès verbal n°624/1950 ?

Le fac-similé du procès verbal 624/1950




En fait, personne n'a fait de recherches sur Milan Kundera.

En 1949, Miroslav Dvořáček et son camarade Miroslav Juppa, deux jeunes militaires tchèques, aviateurs de formation, passent à l'Ouest. Le 13 mars 1950, Miroslav Dvořáček retourne clandestinement en Tchécoslovaquie afin d'y obtenir des renseignements secrets industriels. Là, il retrouve la jeune Iva Militká qui lui offre l'hébergement. Iva ne lui est pas inconnue ; elle était la petite amie de Miroslav Juppa avant qu'il ne déserte.

Désormais Iva Militká sort avec un jeune homme du nom de Miroslav Dlask. Aucun des deux n'est dupe quant aux probables activités de Miroslav Dvořáček : il n'est pas le premier à rejoindre l'Allemagne et à collaborer avec les agents secrets de l'Ouest. Miroslav Dlask, contrarié (ou jaloux) que sa fiancée prenne autant de risques pour le jeune Dvořáček, se confie à son ami étudiant... Milan Kundera. La suite, vous la connaissez.

Iva Militká, suspecte de délation mais visiblement innocente, est rongée par cette question : qui ?

Après l'arrestation de Miroslav Dvořáček, à laquelle elle a de force assisté, Iva annonce à ses parents que son manque de jugement et sa naïveté (elle avait en effet dit à Dlask, son fiancé, qu'il n'était pas prudent de venir la voir ce soir-là, le laissant supposer que Dvořáček viendrait lui rendre visite) avait condamné Dvořáček ; effondrée, elle charge ces derniers d'aller raconter aux parents de Dvořáček ce qui vient de se passer et pourquoi cela s'est passé.

Au départ Iva Militká soupçonne sans l'avouer son mari, Miroslav Dlask, car elle même ignore que Milan Kundera puisse avoir été dans la confidence ; mais vers la fin de sa vie, Miroslav Dlask sort de son mutisme et las d'entendre sans cesse la même question "est-ce toi ?" lui avoue que Kundera était au courant de cette dangereuse visite.

Kundera est loin maintenant et rien ne dit qu'il ait pris une quelconque part à cette affaire. Mais Iva Militká peut désormais douter d'au moins deux personnes ; peut-être Kundera en a-t'il parlé à quelqu'un d'autre ? Peut-être son mari n'y est-il pour rien...

Elle s'en ouvre à Adam Hradilek, l'un de ses lointains cousins, chercheur à l'Institut d'Etudes des Régimes Totalitaires et lui demande, puisque les archives sont désormais accessibles à tous, de faire des recherches.

Ce dernier mènera une enquête pointilleuse durant des années, recoupant tous les témoignages, rencontrant le passeur qui avait permis aux deux jeunes aviateurs d'entrer en Tchécoslovaquie le 13 mars 1950, jusqu'à déterrer le fameux procès verbal établi le 14 mars 1950 dans le commissariat du 6e district de Prague. C'est à cet instant, qu'il découvre le nom de Milan Kundera.

Le choc est rude en République tchèque, les camps se divisent :

L’écrivain Jiri Stransky, 7 ans passés derrière les barreaux dans les années cinquantes, a déclaré : "Lorsque j’étais en prison, Milan Kundera servait, admirait et vénérait le parti communiste. Ivan Klíma, Arnost Lustig et Pavel Kohout ont également été communistes. Pourtant, nous sommes restés de bons amis, surtout parce qu’ils ont défini et déchiffré leur passé. Ils ne voulaient rien cacher… Je n’ai en revanche aucune estime pour Kundera. Tant qu’on ne s’acquittera pas envers notre propre passé et envers le passé de la nation, il nous piégera. Et c’est ce qui est arrivé maintenant."

Ludvik Vaculik : "Sans d’autres preuves et d’autres témoignages, je ne peux pas croire que Kundera ait dénoncé. Et même si cela c’était passé comme ça, il ne faut pas oublier qu’on était en 1950, période précédant la plus grande terreur communiste, période où le socialisme était encore attrayant pour beaucoup de gens. Même si Kundera l’avait fait, ça aurait été à une époque où il n’avait pas encore été confronté à la question de savoir ce qui était bon de faire et ce qui ne l’était pas. Informer la police d’Etat plus tard, c’était déjà autre chose – là, le carriérisme ou la haine ont été des motifs moteurs".
L’Académie des sciences de la République tchèque témoigne d’un manque de pensée scientifique critique : "L’Académie refuse catégoriquement un tel traitement des faits historiques" et insiste sur la "nécessité de vérifier chaque document écrit par toutes les méthodes scientifiques qui sont à la disposition."

Voilà donc les faits.
Que peut-on en dire ?

1/ Lorsque la nouvelle de cet article éclate, le 13 octobre, Milan Kundera sort de son abyssal silence pour déclarer à l' agence tchèque CTK. : "Je suis totalement pris au dépourvu par cette chose à laquelle je ne m'attendais pas du tout, de laquelle je ne savais rien hier encore, et qui n'a pas eu lieu. Je ne connaissais pas du tout cet homme."
Pris au dépourvu, c'est très difficile à croire... un mois auparavant, le 11 septembre, Adam Hradilek envoie un fax à Milan Kundera où il lui demande un entretien.
Celui-ci ne répond pas. Pourtant Adam Hradilek n'est pas sybillin : il demande à l'écrivain de s’expliquer sur une arrestation qui a eu lieu en 1950 dans la résidence où il habitait.
Milan Kundera prétendra ne jamais avoir reçu ce fax.
Adam Hradilek et le journaliste Petr Třešňák, décident de publier les résultats de cette recherche dans le journal Respekt. Journal qui de fait obtiendra enfin une réaction de Milan Kundera.
Qu'il ne connaisse pas cet homme, personne ne le dément. Mais il ne peut pas nier en avoir entendu parler. Ca, Milan Kundera ne le spécifie pas. Comme il ne spécifie pas que Miroslav Dlask et lui étaient des amis très proches de même que la jeune Iva. En 1953 il leur a offert un livre dédicacé de sa main : "En souvenir de Mirek et Iva, Milan".
En dehors d'Iva, la seule personne à connaître la présence du jeune aviateur déserteur était Dlask. Dlask qui reconnait s'être ouvert à Kundera. C'est donc une histoire avec seulement 3 protagonistes. Difficile de croire que Milan Kundera apparaisse par magie comme 3ème larron, 58 ans après les faits. En réfutant cette accusation, il accuse clairement Dlask (difficile d'accuser Iva puisque c'est elle qui est à l'origine de cette enquête).


2/ L'authenticité du document est établie. La réputation de l'Institut d'Etudes des Régimes Totalitaires (USTR) est, à ce jour, irréprochable et a conduit de nombreux travaux de recherches qualifiés de "qualité" même si son implication avec le pouvoir politique est décrite comme trop importante.
Jiri Reichl, porte parole de L'Institut et Vojtech Ripka, chercheur au Centre d'archives de Prague, sont formels. De plus, ils ajoutent que les recherches faites sur Miroslav Dvořáček n'ont rien d'exceptionnelles. Les historiens passent leur temps à de telles recherches sur des tas de personnes victimes de cette période. La seule chose qui fut exceptionnelle dans tout cela est qu'un des noms inscrits comme délateurs est devenu un écrivain mondialement connu.
"L'ouverture des archives de l'époque communiste est désormais complète en République Tchèque. Il s'agit d'une étape importante, qui ne doit pas être négligée. En Autriche par exemple, cette étape est difficile à passer. L’ouverture des archives ne pose aucun problème pour certains, tandis qu’elle embarrasse d’autres. C’est ainsi."
Cependant , Vojtech Ripka ajoute aussi : "Nous avons deux indices, mais nous n’avons pas la certitude à cent pour cent. Tant que l’on ne retrouvera pas tous les témoins de l’époque et ceci n’est malheureusement aujourd’hui plus possible, cela restera incomplet."

3/ Le témoignage de Zdeněk Pešat n'est pas d'une probité insoupçonnable et pourtant il va peser lourd dans la controverse. Cet homme, gravement malade, décide à son tour d'accuser un mort qui ne pourra évidemment pas démentir ses dires. En effet, Miroslav Dlask, que Zdenek Pesat et Milan Kundera par son silence chargent allègrement, est décédé dans les années 90. On le sait, les morts ont les épaules larges et peuvent endosser des tas de choses.
Seulement voilà, rien dans les archives ne mentionne le passage de Miroslav Dlask au poste de police. Rien n'étaie l'histoire de Pešat. Miroslav Dlask n'a jamais prétendu s'être ouvert de la venue de Miroslav Dvořáček à Zdeněk Pešat mais à Milan Kundera. Pourquoi, aurait-il menti ? A cette époque Dlask et Kundera sont amis. A aucun moment Zdenek Pesat, lui, ne peut se prévaloir d'une telle amitié avec Dlask. Pourquoi ce dernier se serait donc ouvert à une simple connaissance ?
Au même titre que l'accusation de Miroslav Dlask peut être lourdement douteuse, la défense de Zdeněk Pešat reste dubitable.

4/ Le nom de Milan Kundera n'apparait qu'une seule et unique fois dans toutes les archives à ce jour étudiées. Ceci explique sûrement pourquoi personne n'a jamais utilisé ce procès verbal pour faire du tort à Milan Kundera auparavant. Personne ne savait qu'un obscur papier enfoui sous des tonnes de dossiers existait.

5/ Une sombre machination... mais avec quel mobile ? Le journal Respekt est au dessus de tout soupçon et sa réputation est prestigieuse. Adam Hradilek, trop jeune, n'a pas vécu les évènements advenus durant cette période. La question n'est donc pas de savoir qui aurait intérêt à salir la réputation de Milan Kundera mais bien pourquoi ? Pourquoi 58 ans après des faits, voudrait-on faire "payer" un homme au-dessus de tout soupçon ?
Cela dit, s'il s'agissait d'un complot, les personnes impliquées auraient été nombreuses et particulièrement performantes : fabrication d'un document qui passé entre les mains de spécialistes se révèlerait comme authentique, complicité d'Adam Hradilek, complicité du journal Respekt et de son rédacteur en chef Martin M. Šimečka, sans compter que l'axe central serait Iva Militká, 79 ans aujourd'hui, puisque c'est elle qui a lancé les recherches. Quel motif en commun aurait-eu toutes ces personnes pour déclencher une conspiration contre Kundera, 33 ans après son exil en France ?

6/ Est-il possible que Miroslav Dlask n'ait pas vu d'un très bon oeil l'arrivée de ce bel aviateur dans l'entourage de sa future épouse, Iva Militká ? Elle-même avait, fût un temps, pensé à rejoindre Miroslav Juppa et Miroslav Dvořáček à l'Ouest, avant de rencontrer Dlask et d'en tomber amoureuse.
Est-il possible qu'il soit parti au poste de police en se faisant passer pour Milan Kundera ? Car ni la signature de Milan Kundera, ni son numéro de pièce d'identité n'apparaissant sur le procès verbal.
Mais si Dlask s'était fait passer pour Kundera et avait dénoncé Dvořáček afin de préserver sa fiancée d'éventuelles mesures de représailles du Parti pour avoir hébergé un déserteur, pourquoi l'aurait-il impliquée dans le procès verbal ? Il risquait gros en déclarant que c'est chez elle que Dvořáček avait laissé ses affaires...
La jalousie reste un mobile fort mais l'imposture elle, n'a pas beaucoup de sens, pas en 1950 et à condition que, même en l'absence de signature ou numéro de carte d'identité, l'imposture soit réalisable.


7/ Qu'en est-il du mobile de Milan Kundera ?
A l'époque des faits, Milan Kundera vient d'être exclu du Parti Communiste pour cause "d’activités contre l’autorité".
En 1949 Milan Kundera a reçu une lettre de son ami Jaroslav Deweter, une lettre dans laquelle Deweter critiquait un apparatchik communiste et la réponse de Kundera était rédigée dans le même esprit. Après que les lettres se soient retrouvées entre les mains de la police secrète, les deux jeunes hommes s’étaient vus exclure du parti communiste et Deweter même des études universitaires.
Milan Kundera, en indélicatesse avec le Parti communiste, aurait-il trouvé là une manière de se racheter ?
La date de sa réintégration au Parti est très discutée... Le Who's Who tchèque donne 1956 alors que l'auteur Martin Rizek situe lui, sa réintégration en 1950 (Comment devient-on Kundera ? l’Harmattan, Paris, 2001).
Les propos de Kundera lui-même restent, par rapport à cette période, très flous et évasifs.
Il en reste qu'après cette histoire, Milan Kundera est devenu l'un des protagonistes éminents de la littérature stalinienne officielle, qu'il a pu devenir maître-assistant à la Faculté des arts cinématographiques à Prague, poste où il demeurera jusqu’à son exclusion définitive du Parti au début des années 70.
N'oublions pas que cette génération d'auteurs liés au Parti a pu faire, profitant de l’occasion, une carrière fulgurante prenant la place laissée vide par les non-communistes chassés de la vie culturelle.
Pouvoir exister est un mobile. Et seul Milan Kundera détenait celui-là.

Quant au principal intéressé exilé depuis quarante ans en Suède, Miroslav Dvořáček, en convalescence après une grave attaque cérébrale, il était convaincu que c’était Iva Militká qui l’avait dénoncé. Son épouse, Marketa Dvořáček-Novak, a déclaré à l'AFP que son époux "savait qu'il avait été dénoncé et la question du "par qui" ne faisait aucune différence pour lui."
Elle ajoute : "Nous ne sommes pas surpris" que le nom de Kundera soit apparu dans l'article du journal tchèque. "Kundera est un bon écrivain mais je n'ai aucune illusion sur lui en tant qu'être humain. Parmi les célébrités de cette époque beaucoup étaient de fanatiques supporters du régime communiste des années 50. Ils ont changé de ton après 1968 et ont commencé à prêcher la liberté, trainant dans leurs bagages ce qu'ils avaient fait dans les années 50."


"Comme j’aimerais révoquer toute l’histoire de ma vie ! Seulement, de quel droit pourrais-je la révoquer, si les erreurs dont elle est née ne furent pas les miennes?"
C'est à Milan Kundera que l'on doit cette phrase pleine de sagesse, dans La Plaisanterie (1967).

Quelle est la distance entre l'intention et l'action ?


En ce mois de mars 1950, deux communistes marqueront les souvenirs : la petite histoire retiendra peut-être qu'un certain Milan Kundera dérapa et la grande que plus de 10 millions de personnes signèrent l'Appel de Stockholm (l’interdiction absolue de l’arme atomique) à l'initiative de Frédéric Joliot-Curie, prix Nobel de chimie en 1935.


Article du Respekt ; Article de l'Express ; Article du blog Alest ; Témoignage de Zdenek Pesat

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vendredi 7 novembre 2008

Promenons-nous chez Dubois...


Pierre Dubois est un ogre aux dents pointues mais quelle belle langue !

Piquante et goûtue, d'un vermillon éclatant, d'une légèreté entêtante, d'une générosité débordante, d'une aisance étourdissante and last but not least d'une simplicité déconcertante.

Jamais écrivain n'a autant porté en lui son écriture. Regardez-le bien et vous entrez déjà dans son monde.

Il y a chez cet homme l'inclination rare d'une belle littérature, d'une littérature qui se veut honnête et donnée aux autres, d'une littérature qui ne fait pas de bruit, qui ne se saoule pas à la Closerie des Lilas, une littérature que les adultes font semblant d'ignorer : le conte.

Chez Pierre Dubois, le monde est différent. Après trois encyclopédies sur les Lutins, les Fées et les Elfes, après divers contes, après un premier détournement de contes "Les contes de crimes" en 2000, voici donc le bien-nommé "Comptines assassines". Sous les masques, gronde la colère, la rage et l'envie de tuer. Que du bonheur (sadique) !



Superbe couverture illustrée par Jean-Baptiste Monge (faites un tour sur son site, ses dessins sont splendides) représentant un petit chaperon rouge que je détesterais croiser à l'orée d'un bois.

Neuf contes : "Le chat botté", "Croquemitaine", "La dame blanche", Les musiciens de la ville de Brême", "Les trois souhaits", "Barbe-bleue", "Le conte de Dracula" et "La vieille femme qui habitait dans un soulier".

Les contes de Pierre Dubois sont déroutants. Dans des paysages bucoliques ou des foyers chaleureux, se jouent des drames pleinement - et strictement pourrais-je dire - humains.

Il n'y a là aucune sinuosité psychologique. La méchanceté n'est que méchanceté, gratuite et sans explication. L'égoïsme ne cherche aucune indulgence. Le conte ne livre pas le "pourquoi" ils font ce qu'ils font ; il le raconte, c'est tout. C'est comme ça. C'est humain.

Le Chat botté se délecte de son propre sadisme. Il exulte, il en jouit. Le vieil homme ne se repent pas de son égoïsme trop heureux du bonheur retrouvé. Blanche-Neige est sans scrupule et n'a que faire des bonnes intentions. Parfois ils gagnent, parfois ils perdent. Peu leur importe. Les contes ne se finissent pas toujours bien...

Je n'ai pas lâché ce livre !
Toutes les occasions étaient bonnes pour me replonger dedans et vite, vite finir le conte que j'avais entamé.
Il y a une atmosphère dans les lignes, une vraie de vraie. Une couleur aussi, des odeurs. De la magie peut-être...


Je vous laisse juge et pour ce faire je vous offre quelques débuts de contes (ou incipit) :

"Il était une fois un petit vieux et une petite vieille qui s'étaient tranquillement détestés tout le long de nombreuses années que le grignotage constant des calendriers des postes successifs effilochait. Au bon an avec son meilleur voeu, le facteur, en échange d'une heureuse image d'almanach à accrocher au mur, emporte en vérité dans son sac une étrenne - ici on dit une dringuelle - de trois cent soixante-cinq jours. " ("La dame blanche").

"Il était une fois, il n'y a pas si longtemps, en ces lendemains incertains quand les horreurs de la Grande Guerre avaient réduit celles du Grand-Guignol à d'innocentes pitreries de patronage, un tueur d'infirmes.
Il y a des tueurs de pleine lune, des tueurs de filles perdues, des tueurs d'enfants, des tueurs de veuves, des tueurs de dames un peu boulottes, des tueurs de petits épargnants, des tueurs de daims et des tueurs de temps. Celui-ci était tueur d'infirmes.
" (Le Chat botté)


"Il pleut, il mouille
c'est la fête à la grenouille...
chantonnait Sherlock Holmes en accompagnant sur les cordes du violon les pizzicati des gouttes de pluie contre les vitres d'un petit cottage perdu sur les Downs du Sussex enchifrené d'automne. Saison grise, pensées grises.
Il était une fois un roi qui s'ennuyait, un roi des détectives dont la couronne ternissait. Parfois, lorsque sa mémoire régressait dans le temps, il la laissait dangereusement s'éloigner jusqu'aux trompe-l'oeil de l'enfance, au bord de la mare aux comptines, aux nursery rhymes... et la cocaïne à sept pour cent n'y était pour rien.
" (Croquemitaine)


"Il était une fois une pomme de soleil dans un paysage de neige et d'avent. Imaginez-vous une carte postale de Noël anglais : une barrière de bois blond soigneusement patiné par le National Trust, une haie tressée au canevas, un antique pont de pierre dont la douce rivière va dodelinant entre les collines talquées de frais, quelques cottages si coquets que les petits oiseaux se brossent les pattes avant de s'y poser... et au blottis du bosquet d'ifs cristallisés une église à tour carrée..." (Les Trois Souhaits)

"Il était une fois un assassin. Il était une fois une victime. Il était une fois une ville apparemment encline à favoriser leur rencontre. Il y a ainsi des villes bénies des anges noirs dont l'atmosphère, l'architecture, l'influence géographique et tellurique du lieu où elles sont enracinées distillent une alchimie particulière qui attire le crime et le mystère aussi insidieusement que, de fog en fog, Londres suscita et formula le mythique Jack l'Eventreur. On connait le Golem de Prague, le Boucher de Hanovre, les sordides Burke et Hare d'Edimburg, l'Etrangleur de Boston, le Dépeceur de Mons. Gand avait son Halewyn." (Barbe-Bleue)


Mon cher&tendre qui ne partage pas toujours (souvent) mes goûts littéraires mais curieux tout de même de connaître de plus près les auteur(e)s qui me plaisent tant, s'est emparé de ce livre et m'a fait une remarque très pertinente sur l'ambiance créée par Pierre Dubois : elle ressemble étonnament à celle qu'a élaborée Patrick Süskind dans Le parfum.

Dûment diplomée "enquêtrice" professionnelle, je me suis ruée dans notre bibliothèque où j'ai retrouvé le fameux ouvrage !

Et donc pour vérifier cette évocation de P. Süskind, voici les premières lignes du Parfum :


"Au XVIIIe siècle vécut en France un homme qui compta parmi les personnages les plus géniaux et les plus abominables de cette époque qui pourtant ne manqua pas de génies abominables. C'est son histoire qu'il s'agit de raconter ici. Il s'appelait Jean-Baptiste Grenouille et si nom, à la différence de ceux d'autres scélérats de génie comme par exemple Sade, Saint-Just, Douché, Bonaparte, etc., est aujourd'hui tombé dans l'oubli, ce n'est assurément pas que Grenouille fût moins bouffi d'orgueil, moins ennemi de l'humanité, moins immoral, en un mot moins impie que ces malfaisants plus illustres, mais c'est que son génie et son unique ambition se bornèrent à un domaine qui ne laisse point de traces dans l'histoire : au royaume évanescent des odeurs."

Pas faux, pas faux... Pierre Dubois aurait su et aurait pu en faire autant !

Arghhhh ! Mais comment n'y ai-je pas pensé moi-même ??? Shame on me !

Pour les nostalgiques donc du Parfum (car vous noterez qu'aucun autre livre de cet auteur n'a fait parler de lui alors qu'en 2006 sortait "Sur l'amour et la mort") ; pour ceux qui aimeraient lire des contes sans s'infantiliser ; pour les gourmands d'une langue française riche et pétillante : je clame haut et fort : lisez Pierre Dubois !

Un excellent moment de lecture, un splendide voyage dans un pays inaccessible autrement qu'à travers la plume de cet elficologue brillant et passionné.


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samedi 25 octobre 2008

Gett'incipit

Incipit est un mot qui me fait marrer.
Ne me demandez pas pourquoi, je n'en sais strictement rien, c'est comme ça.

J'imagine très bien une injure du genre "espèce d'incipit !" pour traiter un mou du bulbe.
Ou plus classe : "eh va donc incipit !"

Mais intituler mon article : "débuts de romans"... c'était pas très glorieux. Alors qu'un magistral : "incipit" ça claque. Non ?
Si, si, ça claque mais ce n'est pas hyper limpide. En effet, j'ai sondé autour de moi et peu de gens savent ce que veut dire incipit.

Donc en grande plèblagogue (vous vous souvenez ? Ah ben si, vous vous souvenez !) (excellent exercice d'articulations mandibulatoires au demeurant) je vous propose deux définitions.

Celle du Littré tout d'abord :

Incipit : "Terme de paléographie. Se dit des premiers mots par lesquels commence un manuscrit."
Qui a dit : "Mais c'est quoi la paléographie ???" Espèce d'incipit !

Paléographie : Science qui traite des écritures anciennes, de leurs origines et de leurs modifications au cours des temps et plus particulièrement de leur déchiffrement.

Figurez-vous, qu'au moyen-âge, les manuscrits débutaient par cette citation latine : Incipit liber qui voulait dire : ici commence le livre.

Usage de précaution qui s'adressait surement aux croisés restés trop longtemps en Terre Sainte et qui systématiquement commencaient leur bouquin par la fin !
Il était donc de bon aloi de leur mettre un espèce de warning "eh, psssst ! incipit liber" et tout le monde commençait gentiment par le début.

Puis celle de F. Bégaudeau :

Incipit : On peut frimer en disant incipit plutôt que "début de roman". On peut surfrimer en rappelant que le latin incipere signifie commencer. C'est après que les ennuis commencent, car où finit l'incipit ? A la deuxième page ? Au bout de combien de lignes ? Comme dit Sébastien : l'incipit on sait quand ça commence, on ne sait jamais quand ça finit.

Je suis donc une méga-surfrimeuse ! Mais ça je le savais déjà.

Nous, enfin JE, déciderons donc que nos incipit se limiteront aux 10 premières lignes maximum.

Car c'est de cela dont il s'agit, nos incipit préférés ! Et ce ne sont pas toujours les incipit de nos romans préférés. Ben non, certains auteurs ont écrit des incipit sensationnels pour ensuite s'emmêler les pinceaux dans un roman pas terrible. A l'inverse, certains romans fabuleux n'ont pas un incipit à se taper le cul par terre. C'est ainsi, souvent écrivain varit, bien fol qui s'y fit. (vous avez vu ce que cela donnait avec Patrick Süskind).

Je commence ! (c'est comme sur les pistes de danse dans les soirées ! c'est celui qui invite qui s'y colle en premier !)

"Descendu de cheval, il allait le long des noisetiers et des églantiers, suivi des deux chevaux que le valet d'écurie tenait par les rênes, allait dans les craquement du silence, torse nu sous le soleil de midi, allait et souriait, étrange et princier, sûr d'une victoire. A deux reprises hier et avant-hier, il avait été lâche et il n'avait pas osé. Aujourd'hui, en ce premier jour de mai, il oserait et elle l'aimerait." (Belle du Seigneur, d'Albert Cohen)

***


"On lui avait cassé les dents. Tout d'abord j'avais cru qu'on les lui avait arrachées. Mais non. Marie-Jo avait raison.
"Alors ? J'avais pas raison ?"
Je me suis relevé. Mon genou m'a fait souffrir.
J'ai soupiré :
"Cette pauvre fille. Quand même, cette pauvre fille. Hier encore, je la voyais courir. Le tour complet du parc. Chaque jour que Dieu faisait. Cette pauvre fille.
- Tu veux dire cette petite pute.
- Je t'en prie. Elle s'appellait Jennifer."
Marie-Jo et moi avons échangé un faible sourire. Ensuite nous sommes allés déjeuner."
(Ca, c'est un baiser, de Philippe Djian)

***

"La première chose dont je me souviens : j'étais sous quelque chose. Ce quelque chose était une table, je voyais un pied de table, je voyais les jambes des gens, et aussi un bout de la nappe qui pendait. Là-dessous il faisait sombre, là-dessous j'aimais bien y être. Ca devait se passer en Allemagne. Je devais avoir entre un et deux ans. C'était en 1922. Sous la table, je me sentais bien. Personne n'avait l'air de savoir que je me trouvais là. Il y avait du soleil sur le tapis et sur les jambes des gens. Le soleil, j'aimais bien. Les jambes des gens n'avaient rien d'intéressant, ce n'était pas comme la nappe qui pendait ; ni non plus comme le pied de table, ni non plus comme le soleil.
Après, il n'y a rien... et après, il y a un arbre de Noël."
(Souvenirs d'un pas grand-chose, de Charles Bukowski)

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L'incipit de Insula Dulcamara :

"Picolo te reconnaît bien, tu sais, m'a dit Tante Julia. Picolo, c'est le chien. Baveux, chassieux, ignoble, il tremblote sur un coussin. C'est un amour, dit la tante qui se déplace autour de la table dans son épaisse odeur de vaseline."Georges Hyvernaud, La Peau et les os"Thomas s'assit et regarda la mer."Maurice Blanchot, Thomas l'obscurEt un récent :"Mevlido leva la brique une deuxième fois, et Berberoïan, qui détestait qu'un inférieur lui cogne sur la tête, se hâta de reprendre son autocritique." (Antoine Volodine, Songes de Mevlido.)

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Les incipit de Fashion :

"It is a truth universally acknowledged, that a single man in possession of a good fortune must be in want of a wife." (Jane Austen, Pride and Prejudice.)

"Le 15 mai 1796, le général Bonaparte fit son entrée dans Milan à la tête de cette jeune armée qui venait de passer le pont de Lodi, et d'apprendre au monde qu'après tant de siècles César et Alexandre avaient un successeur. Les miracles de bravoure et de génie dont l'Italie fut témoin en quelques mois réveillèrent un peuple endormi; huit jours encore avant l'arrivée des Français, les Milanais ne voyaient en eux qu'un ramassis de brigands, habitués à fuir toujours devant les troupes de Sa Majesté Impériale et Royale: c'était du moins ce que leur répétait trois fois la semaine un petit journal grand comme la main, imprimé sur du papier sale..." (Stendhal, La chartreuse de Parme.)

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Les incipit de Sol :

"Ce n'est pas facile de vivre dans un studio à San Jose avec un homme qui apprend à jouer du violon.C'est ce qu'elle dit aux policiers, en leur tendant le révolver vide." (Richard Brautigan, La vengeance de la pelouse.)

"Même la rue paraissait anormale sous ses pieds." (Robert Silverberg, L'Homme programmé.)

"Je me suis encore laissé avoir. Cela fait trois fois cette semaine. Il faut que je fasse plus attention. Tout ça à cause d'une affiche publicitaire." (Stéphane Lavaud, Le journal d'un rêveur.)

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Les incipit de Pffftt...

"Pourquoi l'archange Gabriel n'a-t-il pas retenu mon bras lorsque je m'apprêtais à trancher la gorge de ce bébé brûlant de fièvre? Pourtant, de toutes mes forces, j'ai cru que jamais ma lame n'oserait effleurer ce cou frêle, à peine plus gros qu'un poignet de mioche. La pluie menaçait d'engloutir la terre entière, ce soir-là. Le ciel fulminait. Longtemps, j'ai attendu que le tonnerre détourne ma main, qu'un éclair me délivre des ténèbres qui me retenaient captif de leurs perditions, moi qui étais persuadé être venu au monde pour plaire et séduire, qui rêvais de conquérir les coeurs par la seule grâce de mon talent." (Yasmina Khadra, A quoi rêvent les loups.)

"Je suis Dina, qui regarde le traîneau et sa charge dévaler la pente. D'abord, il me semble que c'est moi qui y suis attachée Parce que la douleur que je ressens est plus forte que tout ce que j'ai ressenti jusqu'à présent. A travers une réalite limpide comme le verre, mais hors du temps et de l'espace, je reste en contact avec le visage sur le traîneau. Quelques secondes plus tard, il s'écrasera sur une pierre verglacée. L'animal a vraiment réussi à se libérer du traîneau, évitant ainsi d'être entraîné dans la chute! Et si facilement! Ce doit être tard en automne. Tard pour quoi? Il me manque un cheval." (Herborg Wassmo, Le livre de Dina,t.1.)


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samedi 18 octobre 2008

François Bégaudeau : un diable chez les bigots


Forcément, après avoir lu l'essai de François Bégaudeau, je suis allée faire un tour sur le web pour récolter les impressions ici et là qu'avait laissé ce livre.

Quelle ne fut pas ma surprise quand j'ai surpris Pierre Assouline en flagrant délit de "sale gueule" !

Oubliant toute réserve et tout bon sens, le célébrissime tenancier du non moins célèbre blog "La république des Livres" lâche :

"Il y a comme ça des gens qui vous tapent sur les nerfs avant même qu’ils aient ouvert la bouche. Disons que c’est épidermique."

J'en reste sidérée ! Un jugement à l'emporte-pièce stupide dans sa forme et dans le fond. Avec de telles remarques vides de toute réflexion sont nés les à-priori les plus dangereux de nos sociétés. Qu'un individu lambda (au hasard, moi) lance ce genre d'ineptie et tout le monde s'en fout. Logique et opportun. Seulement quand un type de la qualité de Pierre Assouline (en tant qu'écrivain), très médiatique de surcroît, balance ça sur son blog, c'est non seulement une grave erreur mais c'est surtout irréfléchi.

Le côté heureux c'est de constater que tout érudit qu'il est, il peut être aussi stupide et primaire que n'importe lequel d'entre nous. Ouf ! Il y a une justice en ce monde !

Visiblement déconnecté de son cerveau le temps de cet article, P. Assouline s'enfonce en concluant :

"Si j’avais eu un professeur de Lettres comme François Bégaudeau, je me serais inscrit au télé-enseignement. Pour 21 euros, Brèves de blog en dit bien davantage, bien mieux et en plus drôle sur la littérature et les écrivains. Enfin, ce que j’en dis…" (P. Assouline La République des Livres)


Et bien moi j'en dis, après avoir lu les commentaires des piliers du bar tenu par Assouline, qu' il ferait mieux de ne pas vanter son "Brèves de blog"... ! Côté marketing, il devrait prendre quelques cours car ce racolage de base laisse songeur, autant dire : "Le livre de Bégaudeau est totalement nul alors que le mien... Faites attention à ne pas vous tromper de poche quand vous y glisserez vos 21 euros, la mienne serait plus judicieuse."

"Brèves de blog" sorti le mois dernier est en fait une compilation de 600 réactions ou commentaires ayant fait suite aux billets d'humeur qu'Assouline publie sur son blog.

Son éditeur Les Arênes décrit ainsi l'ouvrage :
"Le journaliste-écrivain raconte cette expérience singulière : être l’hôte – et parfois la cible – de milliers d’anonymes qui rivalisent d’érudition, de mots d’esprit et de réparties, souvent avec humour, parfois avec violence. "

Et concernant les réactions des fameux "intervenautes" d'Assouline au bouquin de F. Bégaudeau, je cherche "l'érudition, les mots d'esprits"...
Je cherche en vain car je ne trouve rien !
Morceaux choisis :
"ya de quoi flipper. Tiens le niveau de ce genre d’énergumène n’est pas sans rappeler la condescendance et le mépris de cathos de la cfdt pour le public, dont, en violation de la laïcité et avec la bénédiction de la cour d’ignorants aux commandes, ils ne cessent de grignoter les fonds qui lui sont destinés. fine arts "

Cherchez le rapport avec Bégaudeau et son "Antimanuel de littérature"... ? C'est tellement abscons qu'il est tout à fait autorisé de se fendre la poire.

S'ensuit du grand, du très grand n'importe quoi ! Aucun commentaire ne porte sur l'article d'Assouline ! Ca s'insulte, ca raconte des conneries monumentales puis soudain, un internaute ose revenir sur LE sujet :

"Pour revenir deux secondes à Bégaudeau.Dans sa trajectoire de “Entre les murs” (le livre) à son “Antimanuel de littérature”, il me fait penser à l’inénarrable Philippe Meirieu... Rogojine"

Ah oui deux secondes... Parce qu'au-delà, ce serait... comment dire... déplacé ?
Donc deux secondes plus tard, Bégaudeau est retombé dans l'oubli :

"Chère Christiane, désolé de n’avoir pu vous rendre votre salutation plus tôt mais j’étais au téléphone avec un ami énervé par la Bourse. Évidemment, il y a des valeurs, ce qui n’est point mon cas. De quel saut … périlleux parler vous? Le décès de Raymond Macherot? Vous savez, il était temps qu’il s’en aille dans la vallée de Josaphat, à son âge… Bihoreau de Bellerente "


Bref, Bégaudeau aurait mieux fait de s'abstenir d'envoyer son bouquin à Assouline qui, et c'est assez rare pour être souligné, s'est vautré dans des clichés et dans une prestation tout à fait indignes de ce qu'il pratique habituellement.
A la queue leu leu, sa meute de commentateurs, qui à force d'être croisés sont devenus totalement dégénérés, s'est jetée dans le vide.
Y a t'il vraiment de quoi se vanter d'être le guide littéraire d'une génération spontanée de lèche-culs patentés ?

Ces 21 euros dont Pierre Assouline voulait me soulager, je les ai employés à acheter et lire ce fameux "Antimanuel de littérature" publié par Bréal et écrit par François Bégaudeau.
"Autant prévenir tout de suite le lecteur dont cet Antimanuel va absorber le week-end alors qu'il pourrait enquiller six saisons d'Ally McBeal en mangeant des pizzas, on ne va pas aller au plus simple. On va même tenter l'impossible : définir la littérature."

François Bégaudeau l'annonce, le revendique, sa démarche vise à "faire redescendre, au moins symboliquement, la littérature au niveau de la mer, là ou les gens vivent et pensent".

Le projet est ambitieux et courageux. Pourtant, entre un langage très clair et un langage obscur, François Bégaudeau se perd un peu parfois. Certaines pages sont franchement alambiquées pour les néophytes (like me) qui semblent être le coeur de cible de ce bouquin. On sent tout de même de façon prégnante que l'agrégation est passée par là et c'est précisément cette formation de haute voltige qui obscurcit un peu la pédagogie du livre. Ce n'est pas faute de vouloir descendre au niveau de la mer mais les chiens ne font pas des chats et les agrégés ont un peu de mal avec la vulgarisation.

Cependant, François Bégaudeau se donne beaucoup de mal pour nous permettre de digérer tranquillement ses réflexions (d'ailleurs je crois que je suis encore en phase de digestion).

Je ne vais donc pas m'étaler sur ce que je n'ai pas bien compris (je passerais pour une crétine et comment discuter de ce que l'on a pas saisi, hein ?) mais sur ce qui m'a fait rudement plaisir à lire, sur ce que je partage avec François Bégaudeau.

"Comme il peine à attester de son utilité sociale, l'écrivain se rabat sur le profit que lui-même en tire [...] l'écrivain évoque : la nécessité. Notion fétiche depuis que l'ont promue les ravageuses Lettres à un jeune poète de Rilke : Une oeuvre d'art est bonne qui surgit de la nécessité. Notion toujours au top un siècle plus tard."

Et ça c'est véridique. Ecrire doit être aussi indispensable à celui qui prétend être un Ecrivain, que respirer ou se nourrir. Incroyable dogme qui paralyse tout ceux qui en dehors de l'écriture, vivent, rigolent, travaillent, bref existent ! L'image de l'écrivain tourmenté, nourrit à l'encre et aux fibres de papier est toujours bien vivace. A. Nothomb a souvent parlé de ce besoin vital d'écrire.

Il est donc de très mauvais goût de lancer après une parution de livre "Je n'ai pas besoin d'écrire pour exister. Cela reste un plaisir."

"Partant du principe, au reste friable, que l'art sent plus qu'il ne pense, les écrivains ne ratent pas une occasion de (se) convaincre qu'ils possèdent un corps doué de sensibilité afin de gagner leurs galons d'artistes. Ecoutez les nier l'évidence du préalable réflexif nécessaire à la rédaction d'un roman, écoutez-les prétendre avoir suivi plus que guidé leurs personnages, pythies visitées par des puissances occultes ; voyez-les secouer nerveusement la tête pour nier avoir élaboré un plan -tout en admirant les brouillons charpentés de Flaubert, on n'est pas à une contradiction près."

Là forcément je suis interpellée ! Ô joie, Ô grand bonheur ! François Bégaudeau vient prêter sa voix à mes propos et à mes réflexions. Lui le dit autrement. Je n'aurais jamais trouvé la formule de "préalable réflexif" pour désigner le fait de penser son roman avant de l'écrire, d'en dessiner les contours. Formule un chouïa alambiquée pour qui dénonce l'inutilité de certaines formules poétiques dans la littérature.

Quand François Bégaudeau demande : « Quel est l'intérêt d'écrire "les collines s'auréolaient des derniers rayons du soleil couchant" plutôt que "la nuit tombait" ? »

Je lui réponds : Quel intérêt y a t'il à utiliser "préalable réflexif nécessaire" plutôt que "nécessaire réflexion avant la rédaction...".

Mais peu importe, il est évident que François Bégaudeau ne peut échapper lui non plus à sa formation universitaire et que parfois, ça le reprend, il ne va pas au plus simple, non, lui aussi et certainement malgré lui, se prend à faire de jolies phrases !

Derrière cette jolie phrase il y a un vrai ricanement sur l'esprit de la littérature française.

J'avais d'ailleurs déjà bien ricané sur cette idée développée dans le livre d'Aloysius Chabossot.

Et quand il écrit plus tard : " Beaucoup de petits français issus des classes moyennes et supérieures ambitionnent d'écrire sans du tout se demander quel genre de livre. Seul importe qu'ils fassent acte de littérature, parce que ça reste classe, étonnamment classe vu la voie de garage sur laquelle les livres dits littéraires attendent une dépanneuse en forme de lecteur. "

C'est dur, un brin corosif, mais c'est vrai.

François Bégaudeau a de l'humour. Enfin, moi, il me fait marrer : " L'écrivain sera aussi bien aimable de fissurer les combinaisons verbales que la linguistique appelle "syntagmes figés", aussi insécables qu'un couple de mouches en pleine copulation... "

Un syntagme est un ensemble de mots formant une seule unité catégorielle et fonctionnelle, mais dont chaque constituant, parce que dissociable (contrairement au mot composé), conserve sa signification et sa syntaxe propres. (wiképédia).

En fait pour faire clair, un syntagme c'est aussi un cliché débarrassé de son sens péjoratif.

Imaginer les fameux syntagmes figés comme " sourire ravageur - spirale infernale - démenti formel " en couple de mouches copulant, je trouve ça plutôt truculent !

De même quand il balance nonchalamment : " Les gens très cultivés comme Jean Dutourd et moi pensons alors à la scène de Madame Bovary... " Moi, j'me gondole !

Impossible d'accuser François Bégaudeau de salir la Littérature. Au contraire, il la drape dans son plus beau manteau quand il écrit : "Les grands mots semblent cacher de grandes choses, on les contourne pour voir et on ne trouve que des miettes. Diffracter l'Eternel en milliards de petits dieux, écrit Olivier Cadiot dans un nid pour quoi faire. Diffracter les macroénoncés en milliards de petits agencements verbaux. A la vérité, si universels qu'ils aient voulu leurs livres, les écrivains n'ont jamais travaillé au détail. Vous écrivez, ce n'est pas au monde que vous avez à faire, mais au premier mot, puis au deuxième, et à la virgule où la placer ? Pour se tenir à hauteur de la littérature, laisser l'albatros s'envoler vers l'éther éthéré ; rester au sol et se pencher sur les pattes de mouches qui noircissent la feuille, à l'horizontale."

Et lorsqu'il cite Barthes, il voit juste. Il est vrai que la littérature a voulu justifier son existence en transformant sa "valeur d'usage" par une "valeur-travail". Celle-ci conduisant l'écrivain à s'inventer ou se créer une vie d'ascète, une espèce de curé voué à son Dieu, l'Ecriture. Ce qui implique aussi que l'écriture ne soit pas un Art, mais un dur labeur.

Légitimité, voilà le Saint Graal des écrivains.

Et ça n'est même pas moi qui le dis, c'est JMG Le Clézio, excusez du peu ! A la question "Est-ce que ça compte le Nobel ? " il a répondu : "Oui ça compte. Les écrivains sont fragiles. Ils ont besoin d'être légitimés et le Nobel c'est une légitimité."

Quant au Style, grand sphinx de la littérature, François Bégaudeau émet entre autres, une définition : "le style se ramène souvent à une plus-value lexicale."

Et comment ne pas être d'accord quand il écrit que "Beaucoup plus qu'à l'absence d'effet d'écriture apparent, c'est à ce genre de protubérance verbale que l'on reconnait la mauvaise littérature..." ou "La métaphore est le levier principal du style."

Dommage, car j'ai un sacré faible pour les métaphores, les jolies, les audacieuses. Et tant pis si elles "font désespérer de la littérature" un certain Franz Kafka.

D'ailleurs François Bégaudeau finira par l'admettre (même si pour cela il aura mis par terre toutes les autres figures de style comme l'oxymore, le zeugma, la métonymie) "la métaphore semble détenir le plus fort potentiel créateur. Tant qu'elle ne se fige pas".

Puis il affirme "qu'à son premier surgissement, toute métaphore dilate le champs de perception. Puis elle le referme en devenant mécanique". C'est justement cette dilatation qui est savoureuse et toute métaphore qui ne referme rien parce qu'innovante et jamais mécanique sera toujours à mes yeux un vrai régal.

Et justement, dans le genre innovant, François Bégaudeau cite Eric Chevillard à la page 152 et je désespèrais qu'il ne le fasse point ! Merci ! Et bien vu le terme de "écrivain-aventurier" pour ce génie de l'écriture.

Toujours sur le style "le style et son meilleur soldat, la métaphore [...] désignent des textes qui se lovent dans leurs trouvailles, où s'exerce vainement une plume autosatisfaite. Exercices de style : ainsi se nomme la célèbre potacherie de Queneau où la même anecdocte est narrée dans une centaine de registres différents [...] le style est frime. Il glorifie le scribe plus que l'écrit."

J'adhère en partie, même en grande partie et je rêve d'une confrontation sur ce thème entre François Bégaudeau et Richard Millet !!! Ca, ce serait un GRAND moment de littérature ! Surtout après le coup de massue que Bégaudeau lui assène en le citant :

"Emasculés se sentent les écrivains mâles. Si d'aventure ce n'est pas déjà fait, ils contractent une misogynite aiguë qui bien sûr se métastase en racisme. Gros retour du racisme dans l'essayisme français depuis dix ans, avec en tête l'honorable Richard Millet, qui fait la grâce à notre démonstration de lier, dans un même paragraphe de L'Opprobe, le sentiment de déchéance de l'écrivain et celui de l'homme blanc : "L'immigré est aujourd'hui une figure autrement considérable que l'écrivain. Les belles âmes ont travesti en question éthique ce qui relève de l'économique ou du politique ; d'où le déclassement de l'écrivain, son statut de survivant, de mort vivant, même, de personnage principal d'un conte millénaire dont l'histoire reste cependant à faire, ce récit étant peut-être tout ce qui nous échoit."
C'est net, c'est propre, ça lave plus blanc que blanc."

Je n'ai, quant à moi, pas bien saisi le propos de R. Millet qui devient de plus en plus sibyllin !
Comparer le statut d'un immigré à celui d'un écrivain démontre simplement que R. Millet derrière ses phrases hermétiques est un imbécile profond (profond étant le qualificatif le plus approprié eu égard à son intelligence) qui bien évidemment ne connait pas grand chose du statut d'immigré. D'ailleurs de quelle immigration parle-t'il ? On ne le sait pas. "immigré" lui sert de notion fourre-tout.

S'il y a bien une chose que R. Millet rejette comme un "vadre retro mediocritas" c'est l'art de faire concis. Il a tort (à nouveau !) ou peut-être ne peut-il pas.

Parce que la concision, et non le raccourci, c'est très très compliqué. Beaucoup d'appelés et peu d'élus. C'est tellement plus simple de faire long et emberlificoté que court et précis tout en augmentant vertigineusement la densité de la phrase.

"Stocker autant d'énergie que possible dans un espace verbal réduit, de sorte qu'à la lecture la décharge soit froudroyante."

BOUM !


Petit exemple de concision ciselée sur Biffures chroniques :

"De la tête au coccyx et de vous à moi et de la poupe à la proue et du pétasson au linceul, la droite est le plus court chemin. J’ai tout mon temps et j’aime la marche, je vais prendre à gauche"

Voilà ! Je ne sais pas vous, mais moi j'ai ressenti ce "BOUM !". C'est concis et puissamment ample ! De quoi parle-t-elle ? De politique ? De pulsations cardiaques ? De liberté ? D'esprit contradictoire ? Peut-être de tout cela. Tellement d'énergie dans si peu de mots que tout devient possible.
Et attention à l'écueil qui consisterait à confondre concision et minimalisme. La concision n'a rien de minimal dans ce qu'elle expose.

Après le style, le fond. "D'abord on raconte que Flaubert rêva un livre sur rien et qu'à sa suite pas mal de romanciers prétendent que le thème ou l'histoire sont secondaires. C'est évidemment une pose destinée à s'autopromouvoir comme styliste exclusivement requis par la forme, et les mêmes encenseront Si c'est un homme (Primo Levi), dont la force ne tient en rien à son sujet, c'est bien connu. Bref. Nonobstant la maladresse conceptuelle qui les caractérise, nos stylistes signifient ainsi qu'il n'y pas de sujet prémédité, que le récit se construit au fil de l'écriture, etc. Mais tout cela ne va pas sans cliché (le personnage s'impose à moi blabla)..."

Et l'auteur de rappeller que les sujets actuels manquent cruellement d'originalité. Trop écrasés sans doute par l'omnipotence du style. L'histoire même d'un livre reléguée au rang d'accessoire devrait être une abomination pour qui prétend écrire un roman (déf de 1155 : œuvre narrative d'une certaine longueur, écrite d'abord en vers, puis en prose) qui relève avant tout de l'action de narrer (narratio : action de raconter, récit.).


Extraordinaire talent que celui d'écrire un roman en racontant (peut-être) merveilleusement bien une histoire prodigieusement chiante. Narrer pour narrer et rien d'autre que narrer est un acte autocentré et dénué de générosité qui dans un autre domaine s'appelle onanisme.

Et de ceux-là remontent un discours récurrent :"De toute façon ceux-là sont convaincus que la littérature est en voie d'extinction, tous les acteurs du monde contemporain étant à leurs yeux susceptibles de porter le coup fatal. Télévision, téléphone portable, jeu vidéo, blogosphère (oh ! c'est nous ça !), brosse à dent électrique. Faut-il que la littérature se sente mal en point pour que le moindre courant d'air semble devoir l'enrhumer à mort ?"

Chez ces gens là, il n'y a pas d'histoire, il y a (trop) souvent leur histoire. Partie que F. Bégaudeau a finement intitulée : "Mon nombril, ton Histoire".

Oui et pourtant le moi a un potentiel. Reste à l'offrir aux autres, à le transformer en cadeau et ne pas rester les griffes plantées dans un présent destiné à échapper.

Des écrivains égotistes, on secoue un arbre et il en tombe mille. Cela a toujours été. Parmi les plus célèbres tombés au pied de l'arbre littéraire, on relèvera Montaigne, Proust, Chateaubriand, Céline et Christine Angot. Vous cherchez le nom intrus ? Si, si, je peux presque vous voir. Et bien figurez-vous qu'il n'y en a pas ! Ce sont tous des écrivains qui ont constamment fait référence à eux dans leurs écrits. Ils se délectent d'eux-mêmes comme d'autres s'en effraient : "Cette idée d'écrire ma vie me sourit, oui, mais cette effroyable quantité de JE et de MOI ? [...] (Stendhal).
Cependant "les moi de Montaigne, Proust, Chateaubriand et Céline brassent plus larges que les émois amoureux de ces dames ou les petites pleurnicheries des citadins trentenaires." (F. Bégaudeau). Vous savez donc maintenant que je vous ai baratinés et qu'il y avait bien une intruse dans la liste ci-dessus.

François Bégaudeau aborde parfois effleure des tas de sujets relatifs à la littérature et aux écrivains sous plusieurs grandes parties : Qu'est-ce que n'est pas la littérature ? Quand est-ce de la littérature ? Qu'est-ce qu'un écrivain ? La littérature va-t-elle disparaitre ?

S'il faut lui donner une raison d'exister, cet essai a le mérite de décomplexer l'Ecriture tout en lui redorant le blason, ce qui n'est pas rien et n'était pas chose facile.

Ce type d'ouvrage trouve à chaque coin de rue ses détracteurs. Qu'ils soient en meute ou loup solitaire, ils crucifient l'auteur sur le bois dur de leurs convictions, prêts à lui en flanquer plein la figure, la bave aux lèvres ; ils sont plus chauds que la braise pour éjecter de l'élite intellectuelle ce genre de trublion inconvenant mais aucun ne prendra le temps de méditer ceci : "Tout le monde peut être artiste, mais peu s'obstinent. "(Pierre Alféri).

François Begaudeau citait "Si vous m'avez compris c'est que je me suis mal exprimé", je lui retourne l'assertion et me permets ce : Si vous avez été mal compris, serait-ce que vous vous soyez trop bien exprimé ?

Sûrement et cette liberté à un prix.

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