Ils ont écrit pour nous !

One Shot

No brain... No pain

Ca m'intrigue

Du temps qu'on le lise...

dimanche 29 janvier 2012

Marien Defalvard est tombé sur le monde littéraire comme un fou de Bassan.
Sa prestation dans l'émission de Laurent Ruquier (vidéo du 24/09/2011) a été selon moi une véritable catastrophe ! Une antipub ambulante. Il s'est montré extrêmement pédant, crispé, voire même déconnecté du réel pour ne pas dire barré. Je ne vois pas du tout où étaient les fulgurances et l'aplomb qu'on lui a alloués... J'ai vu un jeune homme atteint du syndrome d'adultissime aigu qui confinait au ridicule intense.
Les twitts qui circulaient à son égard étaient épouvantables ... Peut-être trop, ce qui m'a fait basculer dans le cas des observateurs et non pas des sabreurs.
Dans le même temps les critiques sur son ouvrage "Du temps qu'on existait" étaient dithyrambiques.
Mais attention - et je ne suis pas certaine que cela soit un compliment pour l'auteur - ce dithyrambe exacerbé était en grande partie dû au fait que l'auteur avait 19 ans et même 15 ans quand il a écrit son manuscrit.
La presse aurait-elle dit les mêmes choses si l'auteur avait eu 55 ans ?

Qu'en est-il de ce ce livre ?
Tout d'abord il convient de signifier que c'est un road book. Tout comme un road movie, ce livre raconte le chemin d'un individu au travers de diverses villes et villages français.
L'histoire, je ne l'ai pas trouvée.
L'écriture si. Elle est omniprésente et peut-être même que ce livre n'est qu'écriture.

Je n'ai pas du tout le bagage littéraire pour vous dire s'il est exact que Marien Defalvard est la réincarnation de J-K. Huysmans (mort il y a 105 ans tout de même !) mais pour ce qui est de la ressemblance avec M. Proust, je ne suis pas vraiment d'accord.
Manque cruellement un parfum... du parfum... le parfum... de la nostalgie sucrée.
J'ai senti chez Defalvard des odeurs de pluies, de regrets, d'orages, de solitude mais pas le doux parfum de Proust.

Et puis le souci majeur des road books, où peut-être simplement de celui-ci, c'est l'ennui !
Un terrible ennui qui vous fait bailler et sauter les pages.
Cela pourrait se résumer à :
J'ai voulu voir Vierzon
Et j'ai vu Vierzon
J'ai voulu voir Vesoul
Et j'ai vu Vesoul
J'ai voulu voir Honfleur
Et j'ai vu Honfleur
etc...


J'ai donc entrepris une lecture assez originale de ce livre : je l'ai lu dans le désordre !
Oui je sais, c'est étrange mais figurez-vous qu'incroyablement on suit quand même l'histoire ! Oui ! Même dans le désordre !
Et là, je l'avoue, ça devient beaucoup moins rébarbatif ! De toute façon c'était l'ultime méthode pour rester accrochée parce qu'après une bonne cinquantaine de pages, M. Defalvard ne vous laisse pas le choix. Cela devient tellement pénible qu'il faut une stratégie offensive.
Ce fut la mienne.

Donc "Du temps qu'on existait", lu en dépit du sens que l'auteur lui a octroyé,  est... intéressant.
Du moins par son écriture qui est parfois vraiment très belle et parfois vraiment très chiante. Un oscillement original qui laisse, vous vous en doutez, un énervement intellectuel conséquent et un vrai doute à la fin : réussite ou échec ?

Pour répondre, il faut laisser décanter plusieurs mois.

Me voilà donc trois mois plus tard.
Et il n'en reste rien !
Comme il n'y avait pas d'histoire, forcément ça, je ne risquais pas de m'en souvenir. Mais les envolées littéraires assez belles, il faut le dire, ont disparu. La phase de décantation qui aurait dû déposer au fond de mon cerveau, la belle écriture de Defalvard, s'est transformée en phase d'évaporation.

Donc à l'endroit comme à l'envers, il ne m'en reste rien.
Je ne suis définitivement pas une lectrice pour ce jeune homme qui aura trouvé un public bien plus enthousiaste que moi, je le lui souhaite.
Dans le même temps je lui souhaite de stopper l'onanisme stylistique qui rend, non pas sourd comme tout le monde le sait, mais terriblement présomptueux et je lui propose d'essayer l'accouplement avec le lecteur qui au bout du compte lui donnera beaucoup plus de plaisir qu'il ne le soupçonne...
C'est aussi cela, grandir.

The line is dead

mercredi 25 janvier 2012



Voilà comment me faire revenir : me donner une dead line !
Sans impératif temporel, je flâne, je traîne, je m'attarde et finalement je n'écris rien !
Sauf que... je viens d'apprendre que je suis invitée à lire et évaluer un manuscrit dans le cadre du prix Littéraire Femme Actuelle.
M'étant inscrite il y a des lustres pour lire et évaluer des manuscrits, et  n'ayant à ce jour jamais eu droit au chapitre, j'avais, comme une multitudes de choses, dont les promesses de tenue régulière de ce blog, totalement oublié que je m'étais déclarée disponible (!) afin d'être sollicitée dans l'évaluation des premiers livres (ou pour faire clair et concis : personne n'est venu me chercher, "je" me suis proposée !).
Mais voilatipa, que ce matin Alain Gauthier s'est pointé chez moi, fier et tremblant, pour me demander mon avis sur son livre "Le Sacre du Printemps". Bon, pas vraiment Alain Gauthier, juste le facteur, mais je l'ai interprété ainsi : on me sollicite ! (et des centaines d'autres aussi, c'est exact).

Mais le plus intéressant dans cette histoire, c'est qu'on me prévient bien, en gras et en majuscules, que je dois avoir lu le livre et envoyé ma fiche "AVANT LA FIN DU MOIS DE FÉVRIER 2012".

Et nous sommes déjà, las, fin  janvier !

Coup de sang, je dois réagir et vite : le devoir m'appelle !

Tout cela pour vous dire que bien évidemment, et flemmarde comme je suis, j'en profiterai pour faire un livre = 2 fiches, et que je viendrai en discuter ici.

D'ailleurs maintenant que je m'en souviens, je dois aussi discuter du livre de Marien Defalvard, qui m'a laissé un souvenir impérissable.

Donc : à bientôt !

samedi 12 novembre 2011



La librairie "Les extraits" vous invite à son Atelier d'écriture pour les 8 à 12 ans, un mercredi par mois.

Les enfants qui participeront à cet atelier :
- prêteront l'oreille à la conteuse
- créeront leur conte à partir de ce qu'ils auront entendu
- s'essaieront à le raconter

les mercredis : 16 novembre, 14 décembre et 18 janvier

Nombre de place limité. Sur réservation au 0147141303


Les Extraits
43 rue du Chateau
92500 Rueil Malmaison

dimanche 25 septembre 2011


Des successions d'émotions

jeudi 4 août 2011

En préambule à la présentation du tout dernier roman de Mikaël Hirsch : "Les successions" je voudrais vous faire part d'une réflexion qui finalement se pose comme une réponse à la question qui est souvent revenue sur ce blog et court sur tous les blogs de littérature : pourquoi un blog littéraire ?
La réponse la plus commune est assurément pour partager une émotion liée à une lecture. Mais souvent, je me suis demandée pourquoi fallait-il, pourquoi est-il nécessaire de partager cette émotion ? Une émotion a comme destin de contenter l'individu d'une manière  assez égocentrique ; la partager donne-t'il plus d'ampleur à cette émotion ? Est-ce l'envie de partager cette émotion ou l'envie de faire savoir que l'on a eu une émotion qui l'emporte ? Sommes-nous dans l'altruisme ou dans le faire-savoir un tantinet exhibitionniste ? Je n'ai en définitive jamais trouvé la réponse.
Mais j'ai trouvé une autre réponse, à une question que je ne m'étais jamais posée. Comment aurais-je pu ?
Un blog littéraire qui permettrait de suivre pas à pas l'éclosion d'un écrivain... Et si cela ne devait-être que ça, ne serait-ce pas déjà formidable ? Ne serait-ce pas l'émotion ultime ?
C'est en tout cas bien grâce à ce blog que j'ai pu découvrir le parcours de Mikaël Hirsch en lisant tour à tour et au gré des publications son premier roman "Omicron" puis le second "Le réprouvé" et enfin le troisième "Les successions" avec une sortie le 25 août 2011 chez L’Éditeur.

L'exercice d'un troisième roman était difficile. Tant pour l'auteur qui avait séduit énormément de lecteurs avec "Le réprouvé" et faisait parti des huit finalistes de la sélection 2010 du Prix Femina que pour moi qui redoutait de ne pas pouvoir revivre un tel plaisir de lecture et par conséquent être moins dithyrambique. Mais que ce soit pour le lecteur qui entrouvre, avec l'appréhension d'être déçu, le dos serré du livre neuf ou pour l'auteur qui redoute les futures critiques, une fois le livre publié : alea jacta est ! (à chacun son rubicon.)

S'il fallait faire très court pour poser le synopsis de ce roman, on pourrait écrire ceci : Pascal Klein, brillant marchand d'art actuel, part à la recherche d'une toile de Chagall qui ornait la chambre se son père lorsqu’il était enfant, avant de disparaître au cours de la Seconde Guerre mondiale.
Seulement, on passerait totalement à côté du livre... Car il y a plus, bien plus, beaucoup plus.
On court derrière un tableau de Chagall envolé, mais pas que...

Le "démarrage" n'est pas forcément très aisé. La facilité aurait vraisemblablement été un démarrage sous forme de dialogues, ce qui bien souvent emballe le lecteur alors même qu'il est encore sur le quai. Surtout, ne vous laissez pas distraire, vous rateriez le moment où l'histoire s'échappe et vous happe vers l'intérieur, le moment où le grand voyage débute.
On entre tout d'abord dans l'antichambre du livre, un espace, un lieu où les mots font tinter les idées. L'auteur y dépose beaucoup de réflexions (peut-être trop à mon goût) sur nous, notre monde, notre façon de vivre dans ce monde.
C'est ici que l'on perd la notion du temps comme dans ce jeu où un foulard sur les yeux on nous faisait tourner sur nous-même jusqu'à ce que disparaissent la réalité et ses certitudes.
Une fois l'antichambre traversée, c'est l'éblouissement total. Le sublime des mots le dispute à la flamboyance de la narration et l'on découvre Ferdinand.
Ferdinand de Sastres, mécène excentrique ou tout simplement fou, né en 1875 et décédé en 1940, entre dans le roman comme une fulgurance. Et ça voyez-vous, ça n'était pas dans le synopsis !

J'ai très fortement pensé à Stefan Zweig et ses biographie (Trois Maîtres : Balzac, Dickens, Dostoïevski ; Trois poètes de leur vie : Stendhal, Casanova, Tolstoï ; La guérison par l’esprit : Mesmer, Mary Baker-Eddy, Freud et bien sûr Marie-Antoinette) en lisant celle de Mikaël Hirsch sur Ferdinand de Sastres. C'est à mon humble avis du même registre.
Cela m'a d'ailleurs suggéré que les biographies écrites par les écrivains étaient beaucoup plus resplendissantes et romanesques que celles écrites pas les historiens. Il y a dans les premières un vrai flamboiement qui n'existe pas chez les historiens. L'écrivain y met un supplément d'âme qui embrase tout le récit.
Dans "Les successions", lorsque les pages défilent, c'est un feu incandescent qui éclaire une écriture absolument sublime.
Là, c'est avéré, l'auteur a une maîtrise époustouflante de la langue française, une gamme de mots inextinguible au service de histoire, toujours au service de l'histoire (et non des mots empilés les uns sur les autres afin de camoufler la pauvreté d'un style).  Il est bon de le relever car c'est assez saisissant et assez rare d'offrir un tel cadeau lexical aux lecteurs.
Les vies de Pascal Klein et de Ferdinand de Sastres s'entrelacent le long des lignes sur une chorégraphie exemplaire même si, je dois l'avouer, ma préférence va aux hommes du passé que l'auteur raconte souverainement avec une écriture très hypnotique qui vous expédie d'un revers de main en arrière, loin, très loin. C'est du talent et du travail certes mais c'en est presque magique !
Mais pas que...

Il y a du polar dans ce livre car ce tableau disparu, il s'agit bien de remettre la main dessus ! Une fois décroché du mur de la chambre paternelle, il s'est évaporé. Après des trajectoires planétaires ahurissantes et de multiples passages de mains en mains, Pascal Klein pense enfin le tenir. "Pense" car rien n'est moins certain pour une œuvre qui se balade depuis soixante ans dans le plus grand secret. L'auteur n'hésite pas une seconde à nous coiffer d'un Deerstalker à la Sherlock et à nous embarquer avec lui dans cette chasse au trésor pictural.
Mais pas que...

Car bien souvent une quête a ceci d'incroyable qu'elle offre à son investigateur bien d'autres réponses que celles-là mêmes qui étaient initiatrices du projet. Et c'est ainsi que l'auteur nous promène sur des chemins transversaux où "se" trouver devient essentiel.
Mais pas que...

Il arrive un temps où raconter un livre ne veut finalement pas dire grand chose de ce livre. Il arrive un  temps où il faut suspendre l'éloquence, respirer profondément et s'aventurer.

Je vous souhaite une très belle traversée...

***

Ca me troue la lettre Q

jeudi 7 juillet 2011

Le phénomène Catherine Millet m'a toujours laissée pantoise !
Décrire par le menu ses multiples expériences sexuelles, le summum de l'exhibitionnisme, reste pour moi extrêmement narcissique. Et un tel narcissisme me laisse... pantoise ! Ah non ça je l'ai déjà dit !
Me laisse... ébahie !
Évidemment, on pourrait me rétorquer que ma "pudibonderie" ne m'honore pas. Soit ! Mais ce ne sont pas les expériences sexuelles de Catherine Millet qui me laissent... stupéfaite, c'est son envie (besoin ?) de le dire (de le faire savoir ?).
Dans l'interview du 24 juin 2011 donnée à Rue89, Catherine Millet a renouvelé l'incroyable expérience qui consiste à me faire tomber la mâchoire !

Interview qui a d'ailleurs donné matière à de véritables emportements sur la toile puisque Catherine Millet y déclarait sereinement :
"Je risque de choquer, mais je ne comprends pas les femmes qui se disent traumatisées, sévèrement traumatisées par un viol.Une agression, c'est toujours traumatisant, bien sûr si le viol s'est fait avec violence, si vous risquez de perdre votre intégrité physique. Mais s'il n'y a pas eu ce genre d'agression, de menaces avec une arme, de coups, c'est un traumatisme qu'on peut surpasser comme n'importe quelle violence ordinaire."
Une question m'a traversé l'esprit : Un viol sans agression physique du corps que l'on viole, ça existe ?
Un viol avec consentement de la femme alors ?! Bigre ! Mais si ce viol sans agression, sans menace, limite avec la permission (implicite bien sûr !) de la personne violée existe, en quoi est-ce une violence ordinaire ?
Je dois donc en conclure que Catherine Millet fait une distinction entre : un viol violent ET un viol violent ordinaire.
Et bien comme dirait l'autre : définissez "ordinaire" ?...

"Je pense que s'il m'était arrivé de me voir imposer un acte sexuel - et après tout, ça m'est peut-être arrivé, et j'ai oublié -, j'aurais laissé faire en attendant que ça se passe, et je m'en serais tirée en me disant que c'était moins grave que de perdre un œil ou une jambe. Je ne me serais pas sentie atteinte. Ma personne ne se confond pas avec mon corps."
Alors là quand même, ça vaut se pesant de cacahuètes !
Catherine Millet a peut-être été violée, elle ne sait plus ! C'est bien la première fois que j'entends une femme tenir ce genre de propos ! Et la comparaison entre un viol et la perte d'un oeil ou d'une jambe est juste... hallucinante ! Catherine mélange tout : l'atteinte psychologique et l'atteinte physique ce qui démontre à ce niveau là, un réel problème de hiérarchisation dans la pensée et les réflexions. Et alors même que j'imaginais que ses relations sexuelles comportaient un socle conceptuel original je réalise que Catherine nous a narré quelque chose de bien basique en définitive : la prostitution gratuite.
Elle décrit d'ailleurs le rapport sexuel forcé comme une prostituée décrit le rapport sexuel tout court. On dichotomise son corps et son esprit, et on attend que ça se passe.
Alors quand Catherine Millet déclare qu'elle n'a jamais été violée (enfin... du peu qu'elle se souvienne) mais qu'elle espère "que cela ne m'interdit pas d'avoir une opinion sur la question ! " je dois l'informer qu'il serait intéressant qu'elle réfléchisse vraiment à la chose avant d'avoir une opinion.

Catherine Millet vit désormais dans un monde à part,  elle ne sait plus très bien si notre société actuelle est plus libérée ou moins libérée sexuellement qu'avant. Un coup c'est oui et puis finalement non. Pas facile de sentir l'air du temps quand on respire un air confiné :
"Question : Qu'est-ce qui a changé depuis dans la perception du sexe en France ?
Réponse : Un puritanisme revendicatif s'est répandu. En 2001, mon livre avait déclenché des polémiques, mais le public lui avait fait un succès. Est-ce que ce serait possible aujourd'hui ?
Comme d'autres de ma génération, je sens une régression dans la société sur tout ce qui touche à la sexualité. Même Libé titre en une que la France est en retard dans la condamnation du harcèlement sexuel !"
Bon là c'est clair, Catherine parle de régression sur tout ce qui touche à la sexualité.
(Sans manquer de brandir Libération, Saint Patron de ceux qui ont raison ?)

Mais plus tard :
"Question : Pourtant, on assiste à une judiciarisation du sexuel.
Réponse : Les gens qui ne partagent pas mon point de vue libéral sur le sexe peuvent se sentir plus agressés que jamais par ce qui leur apparaît comme une libération sexuelle générale de la société. [...] On voit des corps nus dans les musées d'art contemporain ou au cinéma, il y a une libéralisation générale de la société, beaucoup moins de censure d'Etat… Et les réactions de ceux qui ne sont pas d'accord sont de plus en plus vives."
Et encore : "Mon sentiment (je le dis avec des pincettes), c'est que les mentalités sont plus ouvertes qu'avant [...]"
Bon alors finalement il y a une libéralisation générale de la société avec une ouverture des mentalités
Alors ça régresse ou ça régresse pas ?  Pas facile de suivre Catherine...

"Question : Vous écrivez pourtant sur le contact du sperme, la « souillure », être remplie de sperme, c'est une pratique qui a disparu.
Réponse : C'est vrai, je n'y avais jamais pensé. Cette fameuse image, tellement cliché, du type qui éjacule sur la figure de sa partenaire."
Bon alors là Catherine me troue la lettre Q ! Elle détient un pouvoir digne de "passe-murailles" : elle voit ce qui se passe dans les chambres à coucher françaises ! La "souillure" (quel drôle de terme !) a disparu des rapports sexuels ! Si ça c'est pas du don !

"Réponse : La liberté sexuelle passe par cette acceptation de toutes ces matières, ces humeurs, ces salissures ? Par l'acceptation que certains puissent en avoir le goût, oui ! Cette généralisation de la représentation du sexe dans les magazines, c'est au contraire du sexe très propre."
J'en conviens, j'en conviens... Publier des photos de scatophilie, d'urophilie, d'émétophilie ou de ménophilie dans des magazines pour dire : Voilà, le sexe, c'est ça aussi ! Open your mind que diable !
Mais pour être encore plus large que Catherine, pourquoi ne pas présenter dans les magazines culinaires des mets à bases d'humeurs également ? Pourquoi se limiter à faire valser les "différences" sexuelles ? Pourquoi pas les "différences" tout court ? Je vois les choses sur une échelle beaucoup plus large ! Pourquoi une telle restriction ? C'est mesquin tout de même !

Et puis, et puis... Catherine vieillit... Et là c'est le drame. Le drame de la "normalité" rampante, du conformisme qui balaye les plus grandes extravagances. 
Attention au choc :  Catherine met des maillots de bain 1 pièce sur la plage ! 
Oui vous avez bien lu ! DES MAILLOTS UNE SEULE PIÈCE ! Des maillots qui couvrent les seins, le ventre et le pubis !!!
"Question : Il y a le sujet de la nudité. Dans « La vie sexuelle… », vous dites qu'en étant nue, vous vous sentez bien. La nudité en vieillissant, comment fait-on ? 
Réponse : Mon réflexe naturel, c'est plus de pudeur. Sur une plage, avant, j'étais complètement à poil. Je ne fréquentais que des plages où on pouvait être nus. Maintenant je mets un maillot une pièce. Est-ce qu'en faisant cela, je me soumets aux canons de la beauté qui valorisent les corps jeunes même si après tout, mon corps de 60 ans n'est pas forcément plus moche ? J'ai sans doute intériorisé cela oui." 
Re la mâchoire inférieure qui s'effondre ! Catherine ne conçoit la liberté du corps qu'en fonction du standard médiatique admis de ce corps !!!
Si ça c'est pas du scoop, je ne sais pas ce qu'il vous faut ! Catherine aimait exhiber son corps, le prêter, le "libérer" mais à condition d'être bien gaulée ! Sinon, on range le matos et on le planque !
"J'intériorise le regard des autres, ils vont se demander ce que fait cette femme d'un certain âge nue sur cette plage. C'est une prévention mais je ne considère pas que mon corps soit une horreur, et il y a encore au moins un homme devant lequel je le mets nu, sans honte, et même avec plaisir.
Mon corps, je l'ai toujours considéré comme un objet extérieur à moi. Plus le temps passe et plus c'est vrai. Je l'habille davantage sur une plage, mais c'est parce que je ne veux pas avoir l'air provocante en exhibant un corps qui n'est pas parfait."
Alors vous suivez ? Exhiber un corps qui n'est pas parfait, c'est de la provocation. 
Mais exhiber un corps parfait c'est... c'est quoi alors ? Ah oui ! Du narcissisme.
Bon en même temps je vous mentirais si je vous disais que ça me surprend ! 
J'ai toujours vu chez Catherine Millet plus de narcissisme et de "Désirez-moi, ça me fait exister!" que de liberté. Mais je trouve cela triste et pitoyable. J'aurais aimé qu'elle soit vraiment libre, que sa chair soit fraiche et ferme ou qu'elle soit usée et ridée car la liberté c'est quelque chose de bien plus grandiose. La liberté n'est pas circonscrite aux plis qui marquent l'abdomen, aux chairs distendues qui ne dessinent plus les mêmes contours, les naturistes ne me contrediront pas.
Catherine Millet se trompe quand elle prétend que son corps lui est extérieur. Il ne l'a sans doute même jamais été. Ce corps, c'était elle. Son identité. Tant qu'il était beau, elle était belle, elle était fière de lui. Elle l'offrait comme un divin cadeau preuve de sa grande générosité. Et maintenant quoi ? Elle en a honte, elle le cache, elle se cache. Elle ne veut plus qu'il affronte le regard des autres car il n'est tellement pas extérieur à elle, que le fait qu'il puisse inspirer le dégoût la frappe en plein cœur. Il est donc directement relié à sa psychée.
Comble de la tristesse : "Ce qui change aussi, c'est qu'on arrive à un âge où on se concentre plus sur le travail à faire que sur le libertinage."
Les corps usés se rangent au placard. Ce qu'ils renvoient pourrait meurtrir.
Le sexe, apanage de la jeunesse ?
Quelle triste destin...

Explication du texte avec yetiblog

cat is beautiful

dimanche 5 juin 2011

Il y a ceux qui souffrent de la panne d'écriture, moi je souffre de la panne de lecture ! De romans pour être honnête. Après des dizaines d'essais très intéressants, toujours aucune envie de roman ! Rien, rien ne vient !
Me voilà donc partie vers un nouvel horizon :



On ne peut pas être déçu par le style ou l'intrigue et l'histoire est forcément surprenante : j'en conclue que ça vaut bien certains romans... ;) Voire mieux, c'est certain.

jeudi 21 avril 2011

Cela fait un moment que cette discussion me titillait. Comme je ne lis aucun roman depuis des mois et des mois (juste des essais) et que je n'ai donc pas grand chose à vous coller sous la dent, je vais vous poser cette fameuse question qui revient sans cesse après trois petits tours et qu'anonyme a soulevée à propos de mon post sur le sulfureux écrivain Pierre Drieu La Rochelle, je le cite :

" Peut-on soulever une question qui dérange ; être un méchant fasciste faisait-il de Drieu la Rochelle un être exécrable et indigne de toute compassion ?" 

Very good question, indeed nous assènerait un british.
 
Je me prononce POUR.
Pour être incapable de dichotomiser les gens ! De les rendre schizophrènes malgré eux !
Et même s'il est intellectuellement bien vu de savoir splitter une personne en deux (comme au black jack !), je demeure très basique et n'entends pas deux voix quand une seule personne me parle.

Si Adolf Hitler avait été reçu à l'École des Beaux Arts de Vienne, s'il avait eu le talent d'un Egon Schiele , pourrions-nous dire aujourd'hui  :
"Aaah Adolf ! Un parfait monstre, une ordure de la pire espèce... mais quel peintre géniallissime ! Ne mélangeons pas l'homme et sa peinture, de grâce !".

Moi, je ne pourrais pas. Et je peux affirmer que je ne le pourrais pas car j'en suis déjà incapable concernant les ordures de rang inférieur...

Tiens en parlant de rang... Où se situe celui de l'infamie qui supprime toute compassion ?

En voilà une autre de bonne question !!!

¿ Quien es ?

mercredi 12 janvier 2011

Après un tour sur le blog de Bartleby, (qui ferme donc dépêchez-vous de lire son article) je me suis laissée conquérir par son excellente interview de Sébastien Doubinsky concernant le livre de celui-ci "Quién es ?" titre reprenant les deux derniers mots prononcé par Billy The Kid avant de recevoir une balle en plein cœur.
Tout comme Bartleby, je trouve que "Quién es ? est un livre remarquablement construit, écrit et pensé".
Ça c'est un fait, ce petit roman est formidablement bien écrit utilisant au mieux la richesse et la beauté de la langue française.
Cependant, je ne peux comme Bartleby affirmer que "Quién es ?" est "une pépite que tous les chercheurs d’or plongés dans les torrents boueux de la littérature française contemporaine doivent extraire et placer en bonne place dans leur bibliothèque." Et ce, pour deux principales raisons :


- La lecture avait pourtant bien commencée. Entraînée par l'impeccable écriture et la richesse des idées soulevées, je n'étais pas insensible à la grande liberté que Sébastien Doubinsky s'est offerte avec la ponctuation et la forme stylistique (utilisant les tirets à profusion pour suivre le cours des pensées de Billy). Néanmoins le choix de l'auteur, à savoir de très nombreuses digressions pour exposer les faits, a freiné très nettement mon enthousiasme (arrivée au 2/3 du livre).Bizarrement ce qui allégeait la lecture et en accélérait le rythme au commencement est devenu pesant. Et j'en reviens à une idée que j'ai souvent eu en littérature : le mieux est l'ennemi du bien.
Si ce livre avait été plus long, pas sûr que je l'aurais terminé (pas sur non plus que l'auteur aurait fait un tel choix de construction s'il avait décidé d'y mettre plus de pages, enfin je l'espère).

- Tout au long de la lecture j'ai senti, non pas le poids des pensée de Billy The Kid mais bien celles de Sébastien Doubinsky. Terrible sensation de dichotomie, qui m'a fait regarder Billy comme un simple faire-valoir, un réceptacle pour diffuser les réflexions de Sébastien. Réflexions extrêmement judicieuses et très intéressantes mais que j'ai eu beaucoup de mal à placer dans la tête de Billy The Kid car le Billy de Sébastien Doubinsly semble être le fils naturel de Sénèque et d'Emile Cioran !

Nous savons tous que Sénèque et Cioran n'auraient pu avoir un fils puisque 1915 ans les séparent (entre autres inconvénients...d'être nés - oui je sais, elle est bien lourde celle-là ) mais s'ils avaient pu se retrouver, s'aimer etc... ils auraient eu un gamin comme ce Billy The Kid, un gosse d'une vingtaine d'année, s'interrogeant sur le temps et son utilisation, le concept de liberté, celui du choix, celui du hasard ou de la destinée, celui de l'Autre dans toute sa complexité, sur la force des mots, leur pouvoir.
Bref, autant de réflexions très captivantes que j'ai eu beaucoup mal à placer dans le cerveau d'un voleur de chevaux ayant à peine dépassé la puberté.

C'est l'écueil que je redoutais après avoir lu le billet de Bartleby, écueil que Sébastien Doubinsky avait réussi à m'éviter durant les 70 premières pages, dû à sa parfaite maîtrise de la langue et une construction narrative ménageant plutôt bien le suspense.
Dommage...

To be or not to be... LIBRES

dimanche 31 octobre 2010

Rubrique "One shot" réservée aux Essais.
Il m'est difficile de commenter un essai : je crains de le paraphraser (sans compter la flemme légendaire qui m'habite).
Je livre donc ici ceux que j'ai lus et aimés (ou pas) sans vraiment m'étendre.
Cependant, toute discussion reste ouverte pour ceux ou celles qui les ont lus ou aimeraient les lire...
On peut en discuter :)


Pour se torturer les méninges tout en riant (bien jaune) je vous recommande chaudement ce "Petit traité de manipulation à l'usage des honnêtes gens".

Il est ressort une terrible conclusion : la liberté n'existe pas !

Submergés de "pied-dans-la-porte", de "porte-au-nez" d'effet de gel, de piège abscons, d'escalade d'engagement, d'amorçage, de "pied-dans-la-bouche" ou de "pied-dans-la-mémoire" nous sommes incapables de prendre librement une décision !

Pour ma part, j'ai particulièrement vibré au démontage point par point de la technique de manipulation appelée "porte-au-nez", manipulation que je vis quotidiennement.
Elle est tout à fait redoutable, exemple :
Le fiston : " Maman, tu veux bien m'acheter une paire de baskets ab-so-lu-ment  géniales ? Mais bon... elles sont à 300 euros..."
La mère : Mais t'es un grand malade !!! Ça va pas la tête ??? 300 euros ??? JAMAIS ! Jamais de mon vivant, quelqu'un me verra dépenser 300 euros pour une paire de baskets (je suis parfois grandiloquente, je l'avoue).
La mère en off : qui plus est, ne sont même pas pour moi !
(je ne suis pas un modèle de générosité, je l'avoue).
Le fiston : D'accord... d'accord... je comprends (les ados ne comprennent rien mais ceci fait partie de la technique)... j'en ai vu d'autres, elle sont pas mal.... à 120 euros... Tu serais plus d'accord ?
La mère : Ah... c'est déjà mieux... 300 euros... Tu crois que j'ai un arbre à billets ?
Le fiston : Non... pas 300... "juste" 120 euros.
La mère : On va voir..."

Évidemment, c'est tout vu. La "porte-au-nez" a magnifiquement fonctionné et la madre s'est largement faite enfumée manipulée.

Vous n'aurez pas manqué de noter que la technique est très simple :
1/ Une demande exorbitante, totalement impossible à accepter.
2/ Dans la foulée, une demande moindre qui a beaucoup plus de chance de passer que si elle avait été formulée de but en blanc sans amorçage.
C'est une technique qui est très répandue. Dans tous les domaines. Tout le temps.

Toutes les techniques de manipulation sont expliquées, largement décortiquées et accompagnées des plus sérieuses études universitaires. Les auteurs très compatissants, s'étant faits eux-mêmes abusés, ne sont pas avares de conseils pour éviter, autant que faire ce peut, de se faire avoir à nouveau. Ou tout du moins, pour essayer de prendre des décisions sans entrave.
Pas simple...

On peut également acheter ce livre pour tenter de se faire offrir de plus beaux cadeaux, de se faire prêter des choses, donner des choses, etc... Pour devenir à son tour un manipulateur...

***
Petit traité de manipulation à l'usage des honnêtes gens - Nouvelle Édition
Robert-Vincent Joule et Jean-Léon Beauvois
Éidtions : PUG
286 pages

Luke la main froide

dimanche 24 octobre 2010

Voilà de quoi réchauffer les cœurs tristes et les dépressifs !
C'est assurément un des romans les plus déjantés que j'ai eu le plaisir de lire... Voilà un pur roman jouissif, jubilatoire... et totalement barré !
Le héros, Luke Rhinehart himself, est psychiatre/psychanalyste et s'ennuie à mourir... Mais mourir, il n'en a visiblement pas l'idée donc la seconde option reste de changer de vie, changer sa vie.
Pour ce faire, Luke a une idée surprenante : jouer chaque décision de sa vie sur un coup de dé. Il s'offre différentes options et le Dé choisira parmi elles.
Luke espère ainsi anéantir, exploser, totalement son Moi officiel et faire apparaître tous ses Moi, les plus petits et les plus muets. Vu de loin, cela ressemble à une création artificielle de la schizophrénie. Vu de près et selon les arguments de Luke, à la différence de la schizophrénie, le sujet ne se laisse pas envahir et dépasser par ses différents Moi : il va consciencieusement les chercher et leur permettre de s'exprimer.

Totalement camouflé sous le personnage de Luke Rhinehart, on découvre George Cockcroft !
Docteur en psychologie, il a un beau jour émis l'idée de vivre selon "la loi du Dé" lors des cours qu'il dispensait à l'université. Les réactions consécutives à cette idée donnèrent naissance à l'idée d'un livre qui deviendra "L'Homme-dé" ou in english "the Dice man".

George Cockroft alias Luke Rhinehart, auteur pour le moins consciencieux, s'est mis à expérimenter la Dice Life, La vie selon le Dé, avant de s'attaquer à son livre.
Évidement le Dé ne choisissant pas toujours comme option à exécuter le fait de s'atteler à l'écriture du livre, la progression de ce dernier fut très lente !
De choix en choix et de dé en dé, George Cockroft se retrouve professeur d'anglais pour hippies à Majorque en Espagne.
En 1971, son livre est publié et Luke Rhinehart se retrouve "leader du culte du Dé" ; il décide de créer un "Centre du Dé" à New-York, centre où serait appliquée la thérapie du Dé, alternative à toutes les autres thérapies existantes en psychologie.

Au départ, Rhinehart était purement et simplement à la recherche du "sens de la vie" et c'est en lui donnant un sens aléatoire, qu'il s'est trouvé.
Seulement, on ne peut s'empêcher de penser que derrière une idée très formelle et très claire sur le fonctionnement de sa méthode, Rhinehart ou Cockroft est passablement givré.
Car passer d'une liberté de choix aliénée par les normes de la société à une liberté de choix aliénée par le hasard du roulement d'un Dé, on en revient à la même chose : le choix a besoin d'un maître.
Que ce maître soit une masse d'individus ou que ce maître ressemble à Newton avec F = ma (F la force agissant sur un objet, m sa masse et a son accélération), il n'en demeure pas moins que le Dé est soumis à son poids, son volume (pour la friction) et à la force de la poussée qui lui est infligée. Bref même le Dé ne peut agir sans règles définies. Il s'agit donc en quelque sorte de brûler une idole pour en ériger une autre...


Quant au livre... Et bien j'ai passé un très bon moment ! En dehors du côté timbré et absurde des péripéties de Luke, en dehors de quelques scènes érotico-pornographiques (je ne sais plus très bien si à ce stade des descriptions nous sommes encore dans de l'érotisme), en dehors de scènes franchement sado-masochistes, j'ai trouvé ce livre très... frais et drôle !
D'abord parce que ce que cela dépasse l'imagination. C'est juste énorme ! Si je ne vous avais pas dit que Luke Rhinehart avait mis en pratique ce qu'il a écrit vous n'auriez tout simplement pas pu l'imaginer.
Dans ce cas précis, il est possible que la fiction ait clairement dépassé la réalité car j'ai un peu de mal à croire que Luke Rhinehart a réellement vécu TOUT ce qu'il a écrit.
Si oui, je le plains même s'il aborde les situations les plus critiques avec une résignation qui force l'admiration (je pense notamment à une scène où Luke s'essaie à la sodomie laissant au Dé le choix de le rendre actif ou passif... c'est franchement drôle... et douloureux !).

Au niveau de l'écriture nous sommes au cœur de l'écriture américaine moderne donc nette et sans bavure. Je trouve l'oscillation, très fréquente, de la 1ère à la 3ème personne particulièrement bien réussie. Cette alternance entre la focalisation interne et externe est judicieuse et aère le récit.

A tous ceux qui voudraient échapper le temps d'une lecture à notre société bien pensante et remarquablement cadenassée dans des clichés et dogmes anciens, je recommande vivement un passage entre les mains de Luke même si au sortir de la Vie selon le Dé, on se prend à réaliser que les dogmes et les règles sociétales représentent finalement une protection que nous n'aurions pas imaginée.
Bien que tentée d'essayer juste une fois, j'ai renoncé au Dé, préférant mes douillettes habitudes et mon pseudo libre arbitre.

***
Luke Rhinehart est toujours en vie et vous pourrez peut-être le rencontrer sur son site ou au moins lui faire part de votre opinion via son email : lukec@taconic.net

Le Dice Man a également son Myspace où on retrouve entre autres amis prestigieux : David Lynch,  Marianne Faithful,  The Cure et  Emmylou Harris.

Internet, une addiction polymorphe

samedi 16 octobre 2010

"Un Américain s'est jeté du haut d'un pont après qu'une vidéo de ses ébats homosexuels a été diffusée sur Internet. Un drame qui alerte sur la question du respect de la vie privée à l'heure des réseaux sociaux."

Je suis souvent surprise par la mauvaise foi l'aveuglement des personnes happées par Internet et plus particulièrement enchaînées par les réseaux sociaux. Par réseaux sociaux, j'entends tout réseau habité, nourri, alimenté, généré par des personnes sociales, donc en vrac les blogs, les sites de rencontres, certains forums, les sites sociaux à proprement parler type Facebook, Netlog, MySpace, Twitter, les réseaux dits d'entraide etc... Bref toute plateforme virtuelle mettant d'une manière ou d'une autre en contact des gens et engendrant un contact récurrent, qu'il reste virtuel ou qu'il devienne réel.

Quand on pose la question autour de soi : Es-tu accroc à Internet ? la question restant très générale (et donc moyennement intrusive), la réponse peut sans complexe varier de "oui" "un peu" à "non".
Parce qu'Internet, c'est aussi la BNF en ligne, tous les quotidiens depuis des dizaines d'années, des musées, des explications à tout, sur tout, partout ! Bref, ca ne génère pas de gêne, voire mieux - je suis curieux, j'aime m'instruire - c'est valorisant.
Valorisant et très utile ! Bon nombre de forum apportent une masse d'informations inaccessibles autrement.

Mais c'est quand Internet ne sert pas à s'instruire, à se documenter ou à se renseigner, que les choses deviennent beaucoup, mais beaucoup, plus compliquées à dévoiler...
Là, on entre dans l'intimité, exit la curiosité intellectuelle.
Parce qu'Internet, c'est aussi mater des films de Q tranquille à l'abri des autres, pouvoir mater du X gay quand on est hétéro (dans l'autre sens c'est moins fréquent !), jouer toute la nuit sur des sites de poker en ligne, exhiber sa vie en balançant des photos de soi, de son mec, de ses gosses, de son  beau jardin, de ses vacances et j'en passe, exhiber celles des autres.
C'est aussi mater celle des autres.
C'est aussi faire des rencontres... 
Attention ! Selon les sites, la recherche est plus ou moins annoncée. Sur les sites de rencontres, on cherche à se faire un plan Q ou l'histoire amoureuse de sa vie, sur les fameux réseaux sociaux, les forums et les blogs, on ne cherche qu'à se faire que des amis ou à en retrouver d'anciens... Paraît-il.
C'est vrai, nos vies tressées de stress (c'est joli ça - à répéter 100 fois sans fourcher) sont chronophages.
Pas le temps de trouver l'amour, pas le temps de trouver des ami(e)s, pas le temps de sortir. Alors, pour un bon nombre d'internetophiles, Internet offre des tas de choses et même des "amis", voire plus si affinités.
"Plus si affinités" car beaucoup sont partis pécher un/une ami(e) sur Internet et ont trouvé au bout de leur ligne : un mec ou une nana ! Dingue !  Même le ou la conjoint(e) ne comprend toujours pas comment il ou elle s'est fait(e) couillonner !
C'est tragique en soi et beaucoup ont du mal à s'en remettre mais vu de l'extérieur c'en est presque drôle.
Je n'ai plus assez de doigts pour compter les couples qui se sont défaits par l'intermédiaire du pianotage intempestif sur Internet. Et rarement "à cause" de sites de rencontres ! C'est bien là où les choses sont étonnantes. 
Force est de constater que le risque majeur avec un site de rencontre, c'est d'être cocu(e) alors que le risque de perdre complètement son ou sa conjointe, émerge de lieux où on ne l'attend pas.

Récemment, très récemment, une de mes amies s'est entendue dire par son mari qu'un break de plusieurs semaines s'imposait. Le fait est, que via son blog familial (blog consistant à raconter par le menu les activités de la famille) cet époux et père de famille a fait connaissance d'une jeune femme. Allez comprendre pourquoi/comment, au bout d'un an cet homme et cette femme ont eu envie (et même certainement très envie) de se connaitre. La suite je vous l'ai donnée.
L'épouse bafouée tombe des nues. Elle n'arrive pas à comprendre comment pendant plus d'un an, elle n'a rien vu ! Elle qui avait accès au même blog, se sentant donc très rassurée, a vu son monde s'écrouler.
Certes, son mari était très assidu sur son blog, certes il allait aussi sur des tas d'autres blogs, certes il y passait beaucoup de temps quotidiennement... Mais pianoter sur son ordinateur tous les jours et ce durant des heures, signifiait-il qu'il s'emmerdait à la maison ? Hein ? Je vous le demande ?!

C'est ainsi qu'entrent dans la maison, sous le pif des conjoints énamourés, de parfait(e)s inconnu(e)s, qui s'installent confortablement dans le canapé du salon et tiennent volontiers un crachoir que partage avec plaisir celui ou celle qui les a invité(e)s. C'est magique Internet ! Alors que l'on est censé être deux dans un salon, on se retrouve à plusieurs. Croyez-moi, certaines filles feraient une drôle de tronche si elles réalisaient, qu'assises à leur côté, une, deux ou trois autres filles papotent joyeusement avec leur mec ! Mais ça, personne n'y fait gaffe. Eh oui, je vous rappelle que les tentateurs et les tentatrices sont supposés rôder dans le milieu professionnel ou dans le milieu très proche (le meilleur ami, la meilleure copine). mais admettez qu'ils/elles font rarement leur déclaration dans notre propre salon, assis à nos côtés.
A mon avis dans quelques années, les points de contact de ses "liaisons dangereuses" vont bien changer...

Reste le cas où au sein d'un réseau social, on fait du réseau point barre. Y faire sa pub, je n'en doute pas un instant. Y faire du prosélytisme, oui également. Mener des campagne d'information ou de désinformation, oui, oui, oui. Mais ces réseaux sont-ils réellement efficaces quand il s'agit d'autres choses que de soulever les gens ou les rallier ??
Peut-on trouver un job au travers de son réseau ? Peut-on lever des fonds au travers de son réseau ? Rencontrer de futurs actionnaires ? Quel impact ces réseaux ont-ils en dehors de la sphère privée ? Je reformule : quel impact ont-ils, que n'auraient pas le téléphone ou les mises en relation par l'intermédiaire de connaissances ?
Personnellement, je n'ai pas trouvé d'arguments qui favoriseraient nettement les réseaux sociaux via Internet - qui ne sont pas forcément virtuels - pour ce qui est du secteur professionnel (en dehors de tout ce qui est pub évidemment). Ceux qui se sont fait virer à cause de leurs débordements sur ces sites ne me contrediront pas.

Outre les changements de vie, dont je parlais plus haut, qu'impliquent les rencontres dues aux hasards du clavier, Internet sait subtilement introduire de la perversité dans notre psyché. Internet nous entraîne lentement mais souvent sûrement sur la pente de perversions qu'on imaginait réservées aux allumés du bocal. Outre les multiples addictions possibles, on devient voyeur, exhibitionniste, sadique, masochiste, manipulateur. Selon le site, selon les fantasmes, selon l'humeur ces perversions émergent à plus ou moins haute dose. Un amoureux transi deviendra un mateur intempestif du profil Facebook de son objet d'amour sans faire trop de bruit. Celui ou celle qui veut à tout prix affirmer à la face du monde qu'il/elle a réussit sa vie, affichera des dizaines, des centaines de photos de son quotidien et de ses vacances ("Regardez comme je suis heureux !).
74% des enfants de moins de 2 ans affichent une présence sur Internet en France (Libération.fr)  ("Il est pas beau mon fils ?"). 
Les sadiques et les masochistes se bousculent sur Meetic. C'est un jeu de chaises musicales géant sauf que sur cette musique là, Durex® et Kleenex® ont dû voir leurs bénéfices augmenter.

Sur les forums d'entraide liés aux problématiques psychologiques ou de vie, les donneurs de conseils et souvent de leçons se ramassent à la pelle. Il faut savoir raconter ses malheurs avec une jolie prose ("attention pas de majuscules sinon on pense que tu hurles !  Pas de langage sms ! Tu pourrais dire bonjour quand tu arrives sur le forum !")
Beaucoup compatissent, d'autres injurient.  On vient chercher un soutien et des fois on se mange des baffes.
Si une belle-mère annonce qu'elle ne peut pas voir en peinture la progéniture de son mari, elle a intérêt à porter un casque. Et pire, si elle trouve que la pension alimentaire versée à l'ex-femme est un peu trop élevée, là elle peut se faire lapider à jets de mots orduriers.
Moralité avant d'aller chercher du réconfort, il vaut mieux s'assurer que l'on est dans la norme victimiste, même si on est dans un monde sans nom et sans étiquette ("Faut pas charrier non plus !")

Et que dire de l'accoutumance ? Cette impression plus-que prégnante qu'une fois l'ordinateur éteint, on va forcément rater quelque chose ! Tous ces gens qui continuent à discuter sans moi ! Toutes ces conversations que je vais rater ! Qu'à cela ne tienne, les réseaux sociaux s'exportent sur les téléphones mobiles ! OUF ! Je suis toujours là ! Je reste en contact, je ne rate rien !

Loin de moi l'idée d'émettre un jugement négatif. Je constate. Je constate d'autant mieux que je suis moi-même plongée dans la force obscure d'Internet. Je m'exhibe au travers de ce blog tout en me cachant, camouflée sous mon anonymat. J'ai également été voyeuse, parfois sadique. J'ai donc expérimenté toutes sortes de perversions sans que cela ne me coûte une seule réflexion désagréable en pleine face ("Dis donc, t'as pas honte ?").
Mais faire partie du système n'interdit pas de se regarder, de s'interroger et même de se moquer de soi. Cela n'interdit pas non plus d'être clairvoyante.

Internet vit, respire, son pouls bat jour et nuit sans qu'une seconde il ne s'arrête. Et si moi je décroche ? 
Mon Dieu, "ils" vont continuer sans moi, "ils" vont m'oublier, je vais disparaitre, m'engloutir dans mon espace à moi, mon espace où personne ne regarde, où personne ne s'expose, où je suis seul(e) avec moi-même... Quelle horreur, je devrai me contenter de ces autres, en chair et en os, ces autres qui ont l'air si normaux, qui osent me cacher leurs travers, ces autres pudiques qui gardent leur intimité et ne la distillent qu'avec parcimonie, ces autres qui se permettent des jugements sur mes faits et gestes, ces autres qui finalement me connaissent trop bien alors même que j'en dis si peu et savent  me fermer la porte de leur vie au nez, ces autres qui cadenassent leurs failles et m'empêchent de m'y introduire. Ces autres qui obligent mes perversions à se dévoiler au risque d'être découvertes... 
Quel cauchemar ! Vite, vite ! Rendez-moi mon masque écran qui me protège si bien et m'emmène là où personne n'imagine que j'irai...


Ils sont devenus fous !

dimanche 10 octobre 2010

 HALTE AUX LIVRES-THÉRAPIES !!!

Je n'en peux plus !
L'histoire du père de machin, l'histoire du frère de machin, l'histoire de machin ! ASSEZ !
Le père violeur, la mère absente, le père disparu, le frère machiavélique, l'enfant partit trop tôt, la grand-mère éblouissante, la mère si bonne, la sœur qu'on jalousait ! ASSEZ !
Je n'en peux plus !
Les éditeurs ont totalement perdu la boule ! Ils s'échinent à éditer puis à promouvoir le "journal intime", le "livre des souvenirs" de gens connus ou pas et tout le monde sans sourciller appelle cela des "romans", des "livres" !
Où sont les écrivains qui offrent à leurs lecteurs un roman sorti de leur IMAGINAIRE !!!
Où sont les conteurs ?

Pitié ! Pitié, vous qui vous apprêtez à raconter votre histoire : ON S'EN FOUT !
La seule qui a réussi à raconter sa vie par le menu tout en passionnant des millions de lectrices et de lecteurs (et oui !) c'est Martine (de Gilbert Delahaye) ! Mais y avait de très belles illustrations...(de Marcel Marlier).

Les gens qui lisent veulent RÊVER, S'ÉVADER ! JK Rowling ne me contredira pas... Alexandre Dumas non plus !
La tendance à se raconter, à tout raconter (de la première tétée à la dernière diarrhée) est telle que chez Calmann-Lévy qui faisait déjà fort dans ce type de lecture dégoulinante et inintéressante, figurez-vous que René Guitton qui désirait savoir si l'actrice Astrid Veillon avait des idées de second roman (après l'inoubliable "Pourras-tu me pardonner ?" paru chez Plon en 2008 - question à laquelle je réponds "Je ne crois pas"), bref, René Guitton (cela dit en passant vous noterez que même René se demande si Astrid Veillon, promotionnée auteur, a une quelconque idée du second roman qu'elle aimerait écrire. Pas du 10ème roman... Non ! Dès le 2nd  déjà il pose la question !)
BREF, René Guitton apprenant qu'Astrid Veillon tient un journal de bord de sa grossesse n'hésite pas et lui lance : "Banco !".
BANCO ?
Oui Banco ! Le 2nd "roman" sera le journal de bord des 9 neuf mois de grossesse d'Astrid Veillon !

Ehhhhhhhhhhhhh ! RENÉ ? T'as perdu la boule ?
Parce que le truc dingue c'est qu'il l'a fait !!! Il a osé, René, éditer pour de vrai les 9 mois de grossesse d'Astrid Veillon avec une sortie pour octobre 2010 ! Pour 16 € !
Quand on pense que "24h dans la vie d'une femme" de Stefan Zweig coute 4€... 4 fois moins cher ! 270 fois plus court, et sans comparaison aucune pour le talent.

René ? Eh Oh ? René !? On s'en tape René !
Mais quel éditeur, sobre et contrôlé négatif à toute substance psychoactive, peut imaginer que la grossesse d'Astrid Veillon mérite de devenir un livre ???
Le pire c'est que René à l'air très sérieux dans la vie ! Il a même un joli site !
Je n'y comprends plus rien... C'est la Bérézina à Paris.
Attention, la liquéfaction de cerveau guette ! Vous ne pourrez pas dire que vous ne saviez pas  :

La dispute de Barcelone

mardi 5 octobre 2010

Très intéressante controverse que cette Dispute qui eut lieu à Barcelone au mois de juillet 1263 durant quatre jours consécutifs.
Rabbi Moïse ben Na'hman dit Nahmanide (ou Ramban), figure prestigieuse du judaïsme espagnol au XIIIè siècle, est sommé par le roi d'Aragon, Jacques Ier, de répondre à la demande des Dominicains : ils veulent débattre avec Nahmanide de trois principaux thèmes "le Messie est-il déjà venu ?", "Est-il homme ou Dieu ?" "Qui détient vraiment la Torah ?" (et accessoirement "le Messie a-t'il souffert et est-il mort pour le salut du genre humain ?")
L'enjeu est colossal.
Si le Messie n'est pas encore venu, la Chrétienté s'est fourvoyée avec un manant nommé Jésus. Si, en revanche, le Messie est bel et bien venu, ce sont tous les juifs qui sont dans l'erreur la plus totale et il est temps qu'ils se convertissent.
Ce ne sont pas des arguments de philosophes païens (voir Celse) mais des arguments tirés des textes religieux et en cela, Nahmanide est assez percutant.Trop certainement car à l'issue de cette joute verbale, les Dominicains obtinrent que les livres juifs remettant en cause l'orthodoxie chrétienne soient brûlés, que le Talmud soit expurgé des lignes offensant la chrétienté et que Nahmanide soit banni du royaume.
Les auteurs ont décidé d'ajouter à cette dispute, le "Commentaire sur Ésaïe" du même Nahmanide. Commentaire que ce dernier désirait faire publiquement au cours de la dispute mais que ses contradicteurs ont refusé.
Pour les chrétiens, Ésaïe annonce l'arrivée du (d'un ?) messie et chez les juifs, évidemment pas.
Ce chapitre d'Ésaïe (52:13 à 53) ne cessera d'alimenter la controverse entre juifs et chrétiens durant tout le moyen-âge, controverse alimentée par Origène (voir Celse) dès le début du IIIè siècle.
On peut raisonnablement penser que les controverses et les interprétations ont été lourdement favorisées par le barrage de la langue !  Le Livre d'Ésaïe a été écrit en hébreu (voir Les Manuscrits de la mer Morte) et quand on sait à quel point le commandement "Honore ton père et ta mère" est un sacré raccourci par rapport à l'original : "Donne du poids* à ton père et à ta mère, afin que tes jours se prolongent dans le pays que l'Éternel, ton Dieu, te donne."... On peut se poser des questions !


(* littérallement "lourd ton père, lourde ta mère..." [Voir Daniel Sibony "Les trois Monothéismes"].

Ce qui donne lieu à bien d'autres interprétations puisqu'il n'existe pas d'équivalent en latin ou en grec pour cette expression hébraïque. Le plus proche étant peut-être "alourdir". Mais ce pourrait être aussi "étoffer". La chrétienté retiendra "honorer".
Je propose une toute nouvelle version : "lourder" ! beaucoup plus drôle  et qui prend tout son sens en psychanalyse !)

Rabbi Moïse ben Na'hman dit "Ramban"
Traduit de l’hébreu et du latin par Éric Smilévitch et Luc Ferrier
Éditions : Verdier
128 pages

"I can give you not...

vendredi 17 septembre 2010

... what men call love" et via la traduction française "Ce que les hommes appellent Amour"
C'est donc cette phrase (tronquée) de P.B. Shelley citée par Machado de Assis dans ce doux roman que l'éditeur français aura décidé de retenir comme titre français alors que le titre original était Memorial de Aires.
Une erreur selon moi car elle induit une fausse idée dès le départ.
Je vous le dis tout net, Machado de Assis ne s'est pas attelé à décortiquer ce que les "hommes" appellent amour (ou alors je n'ai rien pigé au livre !).
Sous la forme d'un journal intime, l'ancien diplomate nommé Aires, rentré au Brésil à la fin de sa carrière, observe ses familiers.
Il nous conte sa solitude sans jamais dévoiler son passé ainsi que l'amour naissant, le frisson des prémisses (quoique diplomatie et 1908 obligent, les descriptions restent très sages) et la douleur d'aimer.

Cette histoire, pour ceux qui sont insensibles à la sublime écriture de Machado de Assis, restera un grand moment d'ennui.
Eh oui, je me dois d'être honnête, ce livre-là n'est sûrement pas LE livre de Machado de Assis à conseiller pour découvrir l'écrivain.
Pourtant, on y retrouve tout ce qui fait la magie de Machado de Assis : la pureté des phrases, la parfaite mesure du rythme, la lente progression vers une conclusion grinçante et cruelle, l'analyse des relations entre les êtres.
Seulement voilà, l'auteur n'est pas du genre à agripper ses lecteurs. Au contraire, beaucoup ont dû le lâcher en route mais le cadeau est au bout du chemin... comme toujours chez Machado de Assis.
Les habitués le savent et restent dans l'embarcation pour savourer le final qu'ils ont patiemment attendu au fil des pages. Final que l'auteur ne rate jamais (c'est assez rare pour être souligné).
Avec une langueur inouïe, Machado de Assis nous entraîne lentement vers une réflexion sur l'Amour en général, et sur son "don". Derrière cette idée, on découvre les notions de gratitude ou d'ingratitude, de retour ou pas sur investissement affectif...

Mais Machado de Assis ne nous livre pas une étude fouillée clef en main du comportement humain et les réflexions qui affleurent tout au long de la lecture restent subtiles. Ce qui est aussi la marque de fabrique de l'écrivain.
D'où l'idée que le titre peut amener à imaginer une toute autre lecture, à attendre une véritable observation du comportement amoureux masculin et ce sera la déception assurée.

De même la critique de Patrick Kéchichian dans Le Monde me laisse dubitative : "[...] une période importante où l'esclavage est enfin aboli au Brésil. L'évènement est présent en filigrane dans le roman. Il marque la fin d'un monde, tout comme l'intrigue est le signe extérieur d'une autre fin, celle des affections humaines et du temps des passions."
Je ne crois pas que Machado ait pu penser un seul instant que le temps des passions était révolu (quelle drôle d'idée) et je n'y ai assurément pas vu cela ! D'ailleurs je n'y ai clairement pas vu de passion (ni de fin d'un monde) ! Mais les héros du livre ne portent pas non plus à cela.
J'y ai vu de l'amour intense, certes, mais dénué de toute folie (propre à la passion).

Ce que Machado nous montre, c'est qu'à l'évidence l'amour peut faire mal même avec les meilleures intentions, les plus louables et les plus honnêtes, et c'est cette idée là qui m'a séduite.
Un livre à réserver donc aux amateurs de lenteur et de mélancolie, attention tout de même, la gamberge est de rigueur chez Machado de Assis et c'est cela qui est bon.

***

Comment le peuple juif fut inventé

mercredi 15 septembre 2010

Rubrique "One shot" réservée aux Essais.
Il m'est difficile de commenter un essai : je crains de le paraphraser (sans compter la flemme légendaire qui m'habite).
Je livre donc ici ceux que j'ai lus et aimés (ou pas) sans vraiment m'étendre.
Cependant, toute discussion reste ouverte pour ceux ou celles qui les ont lus ou aimeraient les lire...
On peut en discuter :)


Énorme essai historique et colossale source d'informations, l'essai de Shlomo Sand est époustouflant !
Son analyse du peuple juif correspond finalement à plusieurs thèses de Doctorat mises bout à bout. Le travail de recherche est titanesque : toutes les hypothèses sont passées au crible ainsi que les recherches les plus récentes.
C'est une espèce de méta-histoire du peuple juif truffée de réflexions "politiquement incorrectes" mais humainement fascinantes.
Bref, un essai qui me semble tout à fait incontournable pour toutes celles et ceux que la question intéresse.
Notez l'impertinence du titre :)

COMMENT LE PEUPLE JUIF FUT INVENTÉ
Shlomo Sand
Broché : 446 pages
Éditeur: Fayard

la secte des chrétiens

mercredi 8 septembre 2010

J'aurais beaucoup aimé m'entretenir avec Celse, philosophe païen du II ème siècle, apparemment résident de Rome.
Sur l'auteur Louis Rougier, beaucoup a été dit (cf la thèse de Pascal Engel). Il reste cependant de cet auteur des phrases pour le moins étranges, disséminées le long de son livre : Celse contre les chrétiens (1926) ; étranges parce qu'elles dévoilent clairement l'anti-chrétienté de Louis Rougier.
Je n'oublie pas que Louis Rougier a écrit ces pages en 1924 ; il ne parle d'ailleurs pas de "russes" mais de "bolchéviques", et non pas de "la 1ère guerre mondiale" mais de "la guerre mondiale".

Mise à part ces quelques remarques dont j'aurais bien aimé faire part à Louis Rougier (mais tout comme Celse, on ne peut pas être et avoir été, et cela m'apprendra à vouloir converser avec des hommes nés il y a 1900 ans pour l'un et 111 ans pour l'autre !) ce livre donne à réfléchir sur la transformation tout à fait exceptionnelle qui s'est appliquée à une religion vieille de 2000 ans et rassemblant quelques 2 milliards d'individus.
Car rien dans le christianisme du commencement, le christianisme en tant que secte, rien ne ressemble aux discours chrétiens actuellement en cours (exception faites des courants liés au protestantisme) et c'est presqu'un acte de foi pour un chrétien que de lire Celse afin d'éprouver la puissance de sa croyance. Cioran l'avait bien compris lorsqu'il déclarait : "Un chrétien qui n'a pas lu Celse est un chrétien qui n'a pas fait ses preuves."

En effet, que doit penser le croyant quand il découvre que le discours qu'il entend ou a entendu, dans lequel il a appris à se reconnaître, dans lequel sa foi s'est construite, auquel il a adhéré parfois émerveillé, que doit-il dire quand il découvre que ce discours n'a pas l'ancienneté qu'il lui octroie, que ce discours a été façonné et donc transformé au cours du temps dans le seul but de lui plaire ? Que tout ce qui pouvait heurter ou éloigner les futurs convertis a été purement et simplement supprimé après quelques années de test in vivo ? Que ce discours s'est tout simplement modelé sur les attentes de ses adhérents ? Trop brutal ? On retire. Trop abscons ? On retire. Trop contraignant ? On retire. Trop banal ? On retire. Trop dangereux ? On retire.
Finalement, le chrétien (et par extension tous les croyants) trouve à sa portée un discours fait sur-mesure, où il lui est interdit de réfléchir (car "Dieu est tout" alors pourquoi chercher d'autres réponses ?) et s'il réfléchit, qu'il ne s'inquiète pas, les dogmes chrétiens ont eu tout loisir, grâce aux très nombreuses critiques, de concocter la réponse qu'il convient.
Dès lors la pensée est mise sous tutelle... Et ce n'est pas Cioran qui me contredira : "Le monothéisme judéo-chrétien est le stalinisme de l'Antiquité." (E. M. Cioran / Carnets 1957-1972)

Ces fameux critiques, les premiers, sont avant tout des philosophes. Des philosophes païens (polythéistes) qui voient naître non pas le monothéisme, ça ils le connaissent déjà avec le peuple juif, mais un homme fait Dieu, seul et unique. Justement, la critique du christianisme va porter là-dessus ainsi que sur le prosélytisme. Car si la vénération d'un homme-Dieu est très difficile à digérer,  l'exclusion de tous les autres Dieux leur est totalement insupportable.
Ils vont soulever les incohérences que recèle le christianisme et c'est grâce, en partie, à leur pertinence que les "dignitaires" du christianisme vont dare-dare faire le ménage dans les dogmes chrétiens.
Pas bêtes, ils comprennent très vite que les philosophes sont érudits et que leurs reproches ou leurs questions sont très embarrassants. Ces derniers ont lu les Évangiles, des tas d'Évangiles, pas uniquement ceux que l'Église estimera dignes de parler de Jésus, ils savent quasiment tout de cette religion naissante, ils sont donc à même de tacler avec adresse et une grande acuité les failles qui s'y nichent.
Pas bête non plus, quand l'Église chrétienne sera dominante, les ecclésiastes feront un sacré grand ménage afin de ne laisser aucune trace derrière eux de leurs égarements des premiers temps. Et quand l'Église nettoie, elle affectionne particulièrement l'autodafé... même si, visiblement, le livre de Celse passera inaperçu lors de sa diffusion contrairement aux écrits de Porphyre (autre philosophe dont les écrits anti-chrétiens ont été percutants)   : " Les écrivains chrétiens de la fin second siècle et du commencement du troisième n'en parlent jamais. Lorsque Constantin, au lendemain du Concile de Nicée, en 325; puis, un siècle plus tard, en 449, les empereurs chrétiens, Théodose II et Valentinien III, prescrivirent la destruction de " tout écrit susceptible d'exciter la colère divine et de blesser les âmes ", le livre de Celse ne fut pas mentionné à coté des ouvrages de Porphyre et d'Arius. On en peut conjecturer que l'original depuis longtemps s'en était perdu." (Louis Rougier)

Sauf que...
Les écrits de Celse sont arrivés jusqu'à nous par la réfutation qu'en a fait Origène 70 ans plus tard. Origène le père de l'Église et non pas le païen.
Celse n'étant plus de ce monde pour y répondre, il s'agissait surtout pour Origène de réfuter les réflexions très pertinentes de Celse avant que certaines brebis ne quittent le troupeau ou mieux, posent les mêmes questions. Origène sera considéré comme un philosophe chrétien ce qui revient à dire un chrétien car la philosophie dans la chrétienté, débarrassé de tout apport hellène, sera ni plus ni moins de la théologie.
Il n'en demeure pas moins croustillant que ce chrétien sans le savoir a permis à Celse de survivre pour l'éternité puisqu'en le réfutant il a copieusement retranscrit mot à mot les arguments de Celse.
Il est à souligner que les réfutations de Celse et de Porphyre ont donné du fil à retordre aux élites chrétiennes. Pour répondre aux objections qui ne manquaient pas mais aussi et surtout aux futures objections à venir, ils élaborèrent tout un système d'apologétique. Ce système consistait en une démonstration divine, attachée aux prophéties et aux miracles pour contrer la démonstration hellénique par la dialectique.
La foi contre la raison ou comment la foi arrange toujours au mieux ce que la connaissance dérange.

(Pour info, le site biblique Ebior (site chrétien francophone) tente de réfuter les arguments de Porphyre  - réfutations qui selon moi sont très médiocres car elles s'appuient sur la foi et non sur une réflexion rationnelle soutenant donc ce que je viens d'évoquer juste au-dessus : la pensée sous tutelle ne peut permettre de démonstration intéressante.)

Bref, mieux que quiconque, Celse est le témoin privilégié du christianisme primitif.
Il les observe, les étudie, les suit pas à pas dans leur pérégrinations dogmatiques, il s'en méfie.
Parce qu'au temps de Celse, les chrétiens sont une secte. Une religion à mystères comme il en existe tant d'autres. Leur différence ? C'est une secte qui refuse de se lier au monde des romains, qui refuse de se soumettre aux lois civiles, qui refuse les conventions sociales. Et ça, ça ne passe pas.
Les juifs ont obtenu, en devenant une religion nationale et dus à leur état de "nation", des droits très spéciaux, les autorisant à rester à l'écart du monde romain.
Cela agace Celse car leur croyances sont pour le moins farfelues.
Cependant, les juifs n'étant pas prosélytes (là-dessus Celse se trompe - voir l'essai de Shlomo Sand "Comment le peuple juif fut inventé"), il ne craint pas pour la civilisation romaine. Il en va tout autrement avec cette secte d'hommes et de femmes appelés "chrétiens" qui s'octroient les mêmes droits que ceux des juifs tout en menant une politique de conversion très soutenue, allant sans vergogne jusqu'à souhaiter l'effondrement de l'Empire romain.
C'en est trop. Celse sent le danger pointer son nez et tente d'ouvrir par la voie du dialogue, une discussion qui amènerait ces chrétiens à revoir leur position vis à vis de l'Empire, position qui d'après Celse n'est pas comme ils le prétendent, incompatible avec les romains.
"Pour Celse, il ne fait pas de doute que les mœurs des Chrétiens ne soient généralement honnêtes et il déclare expressément qu'il ne manque pas, parmi eux, d'esprits ingénieux à défendre leur doctrine: c'est même à ces derniers, les Apologistes, que son livre s'adresse, car " s'ils sont honnêtes, sincères et éclairés, ils entendront le langage de la raison et de la vérité "

Quand Celse ouvre la conversion, il attend un dialogue : " D'aucuns d'entre eux ne veulent ni donner, ni écouter les raisons de ce qu'ils ont adopté. Ils disent communément : "N'examinez point, croyez seulement, votre foi vous sauvera"; et encore : " La sagesse de cette vie est un mal, et la folie un bien." S'ils consentent à me répondre, non que j'ignore ce qu'ils disent, car je suis là-dessus pleinement renseigné, mais comme à un homme qui ne leur veut pas particulièrement de mal, tout ira bien. Mais s'ils refusent et se dérobent derrière leur formule habituelle : N'examinez point, etc..., il faut au moins qu'ils m'apprennent quelles sont au fond ces belles doctrines qu'ils apportent au monde, et d'où ils les ont tirées."
Il ne se passera rien et ce pauvre Celse n'apprendra pas grand-chose de plus. Ce n'est qu'une fois mort et enterré qu'Origène lui répondra. Il y a des rendez-vous de l'Histoire que ne se font pas !

Qu'apprend t-on à la lecture de Celse ?

Qu'au II ème siècle, la "virginité" de Marie est largement discutée. Non seulement il est établi que Jésus avait des frères aînés mais surtout que ni Joseph, ni Dieu ne seraient son père.
Du temps de Celse, les Évangiles sont très, très nombreux. Le canon des écritures chrétiennes n'est pas encore fixé et quand il le sera,  il n'en conservera que quatre.
Louis Rougier suppose que Celse avait sous les yeux l'évangile de Pierre dans son intégralité (on n'en possède plus qu’un fragment important retrouvé en 1884 à Akhmim en Égypte), l'évangile des hébreux et celui des Ebionites (dont il ne reste pas grand-chose), ainsi que les Actes de Pilate ou appelés aussi Évangile de Nicodème.
Par exemple, dans les évangiles canoniques, la généalogie de Jésus ne diverge pas énormément selon Matthieu ou selon Luc : toutes deux passent par Joseph. L'une fait remonter la filiation de Jésus à Abraham l'autre à Adam. C'est la généalogie officielle, la seule que les chrétiens d'aujourd'hui sont censés apprendre.
En 178, date des écrits de Celse, ce dernier n'en connait qu'une : celle de Marie.
Et il n'est pas le seul, car Saint Justin ("Première Apologie des Chrétiens") trente ans avant Celse, ne connait lui aussi qu'une seule version, celle-ci : une Marie qui loin d'être vierge, a trompé son mari, un charpentier avec un soldat romain du nom de Julius Panthera. Mise enceinte, elle fut contrainte de fuir.
Cette histoire a copieusement dérouté les chrétiens. Certains passages du Talmud mentionnent sous diverses histoires "Yeshu'a ben Panthera" (Jésus, fils de Panthéra) en parlant de ce même Jésus que nous appelons "de Nazareth". Mais la réplique chrétienne est la suivante : les juifs n'aimant pas beaucoup Jésus, il est normal qu'ils l'affilient - eux aussi, car ils sont loin d'être les seuls - de cette façon.

Voltaire lui-même, raillant avec une belle ironie les pères de l'Église,  feint de poser le problème de "la bâtardise"de Jésus, pour déclarer (faussement) rasséréné : "Comme ces surnoms ne se trouvent point dans les deux généalogies différentes de Jésus, écrites l'une par saint Matthieu, l'autre par saint Luc, l'Église s'en est tenue au conseil de saint Paul de ne point s'attacher à des fables et à des généalogies sans fin, qui produisent plutôt des doutes que l'édification de Dieu, qui est dans la foi." (Œuvres complètes - Tome 27)
 Voltaire brocarde avec finesse ce dogme que critiquait déjà Celse : par la foi et avec la foi, le doute n'est pas permis.

D'ailleurs de Celse, Voltaire ajoute : " On ne doutera pas que ce ne soit là le blasphème de l'Évangile de vérité [...] Cet écrit pernicieux, quoique réfuté par Origène, fit cependant une telle impression..." (Œuvres complètes - Volume 31)


Tout ceci n'est évidemment que moquerie, puisque Voltaire a emprunté le même chemin que celui de Celse en tentant d'extirper puis d'exposer les paradoxes et les incohérences du christianisme primitif. Il signera cette traduction de "L'évangile de Nicodème", sous le pseudonyme Abbé B**** (pour décrypter un peu mieux le travail de Voltaire sur ce texte apocryphe, l'étude de Rémi Gounelle).

Mais revenons à Celse ; des réfutations, il en a pleins sa besace : il ne cesse de répéter que Jésus a été totalement lâché par les siens lors de son arrestation et que cet abandon n'est pas le signe d'un Dieu incarné.

Il est vrai que les arguments de Celse peuvent porter : Un Dieu issu d'un adultère, lâché par les personnes les plus proches de lui... histoire difficile à vendre car un Dieu qui ne peut même pas séduire son entourage n'est pas Dieu pour longtemps. Sachant que pour les philosophes hellènes un Dieu ne peut s'incarner dans un être humain, imaginez alors : un être humain s'entourant d'une dizaines de bougres qui ne croient même pas à ce qu'il raconte ! Et mieux, si peu certains des pouvoirs divins de leur maître, ils fuient à grandes enjambées dès qu'une garnison romaine pointe son nez !
Et Celse de poser la question : quel est ce Dieu qui n'est pas capable de protéger les siens ?

Celse ne manque pas, non plus, de relever une contradiction : le Dieu de l'Ancien Testament et celui du Nouveau, tient des discours contradictoires. "Le Dieu de Juifs leur commande, par Moïse, de rechercher les richesses et la puissance, de se multiplier de façon à remplir la terre, de massacrer leurs ennemis..." de son côté Jésus, formule des préceptes totalement opposés : le riche n'aura pas d'accès auprès de son Père, ni celui qui ambitionne la puissance. Et Celse de demander : "Est-ce que le Père quand il a envoyé son fils, a oublié ce qu'il avait dit en tête à tête à Moïse ?"

Sur les miracles, ceux-ci n'impressionnent guère Celse comme ils n'impressionnèrent aucun païen. C'était monnaie courante. Un miracle, pour les Anciens, était un fait extraordinaire mais pas contre-nature. Sous Marc-Aurèle, Apulée passe pour un puissant thaumaturge aux yeux des païens et d'un Antéchrist pour les chrétiens. Une liste de guérisons opérées par Esculape, dans un temple et devant une très nombreuse assemblée, a été retrouvée : guérisons d'aveugles, d'un pleurétique, d'un phtisique.
Simon le Magicien avait même ressuscité un mort et aussi incroyable que cela nous paraisse, même cette prouesse entrait dans la thaumaturgie courante !
Alors comment Celse aurait-il pu être autrement surpris des miracles imputés à Jésus ?
Quand Saint Justin écrit : " Jésus avait essayé à force de prodiges de réveiller l'attention de ses contemporains, mais ceux-ci attribuèrent à la magie les miracles qu'ils lui voyaient opérer."  On peut en effet croire Celse quand il essaie de démontrer que les miracles de Jésus n'avaient rien de plus impressionnants que ceux auxquels les romains étaient habitués.

Sur la complaisance à l'égard des pêcheurs et des "simples d'esprit" Celse ne pouvait que tiquer. Ce n'est ni plus ni moins qu'un insoutenable bouleversement de l'échelle des valeurs de la civilisation antique comme le souligne Louis Rougier. Alors que pour les Anciens le péché est une erreur de jugement, une erreur à corriger, elle est chez les chrétien une évidence impossible à éviter car nous sommes soumis à la tare originelle. Ne pas pécher c'est se rebeller contre la condition humaine. C'est un péché d'orgueil. Faillir étant admis comme constitutionnel de la condition humaine, le repentir deviendra une vertu.Dans cette logique, le repentir devient une valeur supérieure à la probité.
" Écoutons maintenant quelle engeance les Chrétiens invitent à leurs mystères : Quiconque est un pécheur, quiconque est sans intelligence, quiconque est faible d'esprit,en un mot, quiconque est misérable, qu'il approche, le Royaume de Dieu lui appartient.[...] Répondrez-vous que Dieu a été envoyé pour les pécheurs. Pourquoi n'a-t-il pas été envoyé aussi pour ceux qui ne pèchent point ? Quel mal y a-t-il à être exempt de péché ? Que l'injuste, dites-vous, s'humilie dans le sentiment de sa misère, et Dieu l'accueillera. Mais quoi ! si le juste, confiant dans sa vertu, lève les yeux vers Dieu, sera-t-il rejeté ? Les magistrats consciencieux ne tolèrent pas que les accusés se répandent en lamentations, de peur d'être entraînés à sacrifier la justice à la pitié. Dieu, dans ses jugements, serait moins accessible à la justice qu'à la flatterie ? Ils disent bien, et avec justesse, que nul mortel n'est sans péché. Où est, en effet, l'homme parfaitement juste et irréprochable ? Tous les hommes sont par nature enclins au mal. Il fallait donc appeler indistinctement tous les hommes, puisque tous sont pécheurs. Pourquoi cette prime accordée aux pécheurs ? Sans doute, ils attribuent ce choix à Dieu dans l'espoir d'attirer plus aisément la clientèle des méchants et parce qu'ils ne peuvent pas gagner les autres qui ne se laissent pas prendre."
Ce que ne dit pas Celse, c'est que dans cette société antique, ces pécheurs, ces manants n'avaient pas une place envieuse. Cette facilité à les enrôler était le fruit d'une société pour qui les pauvres n'avaient aucune espérance. C'est bien sur le terreau de la pauvreté et de l'indigence que les prosélytes de toutes obédiences viennent prêcher... Et c'est exactement ainsi que cela se passe de nos jours, en 2010...
(Pour risquer un autre rapprochement,  le XIII è siècle a vu naître les Dominicains : domini canes signifiant Les Chiens du Seigneur. Cette "garde rapprochée" fera parler d'elle lors de l'Inquisition. Chiens du Seigneur, Fous de Dieu... sept siècles d'écart.)
Voici de leurs maximes: " Loin d'ici, tout homme qui possède quelque culture, quelque sagesse ou quelque jugement; ce sont de mauvaises recommandations à nos yeux: mais quelqu'un est-il ignorant, borné, inculte et simple d'esprit, qu'il vienne à nous hardiment ! "

Et même au II ème siècle (ou devrais-je dire surtout au II ème siècle), les philosophes savent manier l'analogie avec drôlerie:
"Que font les coureurs de foire, les bateleurs ? S'adressent-ils aux hommes sensés pour débiter leurs boniments ? Non, mais aperçoivent-ils quelque part un groupe d'enfants, de portefaix ou de gens grossiers, c'est là qu'ils plantent leurs tréteaux, étalent leur industrie et se font admirer."

Là où il a raison c'est qu'il est évident que les gens sans espoir et limités intellectuellement sont plus faciles à enjôler.

On apprend par Celse que le christianisme primitif, en droite ligne de la religion juive, interdit l'idolâtrie.
Vous avez-bien lu ! Statut de Jésus crucifié, statut de la vierge Marie, statue de tous les petits saints et saintes, etc... tout cela n'aurait jamais été possible dans les premiers siècles du christianisme ! A cette époque, prier devant une statue est formellement banni, c'est associée à l'idolâtrie païenne.
"Leurs critiques à l'adresse de l'idolâtrie, consistant à dire que les statues ouvrées par des hommes souvent méprisables ne sont pas des dieux, ont été maintes fois ressassées.[...] Passant de la défensive à l'attaque, les Apologistes stigmatisent les mœurs du paganisme, clament contre l'immoralité de ses fables, taxent d'idolâtre et de satanique le culte polythéiste."
Pauvre Celse, s'il avait su...
Évidemment, les hommes sont tous les mêmes, qu'ils soient païens ou chrétiens et un Dieu qui n'entre pas dans l'intimité du foyer n'est pas un Dieu facile d'accès. L'église se rendra vite compte, qu'à l'instar des païens, il est nécessaire d'établir des "marches d'accès" à la divinité ; des personnages placés à mi-chemin, moins inaccessibles, plus familiers et c'est ainsi que les saints et les martyrs viendront peupler les maison chrétiennes sous la forme de petites statues ou tableaux avec... une petite prière et quelques cierges à leurs égards. Idolâtrie ? Vous avez dit idolâtrie ?

Celse nous apprend qu'il n'y a pas une religion chrétienne ou une secte chrétienne mais une multitude de sectes se revendiquant du christ. Seule la plus orthodoxe d'entre elles survivra... La seule que nous (gens de la plèbe) connaissions en fait.
"Cet esprit de faction est encore tel aujourd'hui chez les Chrétiens que, si tous les hommes voulaient se faire Chrétiens, ceux-ci ne le toléreraient pas." "A l'origine, quand ils n'étaient qu'un petit nombre, ils étaient tous animés des mêmes sentiments; depuis qu'ils sont devenus multitude, ils se sont divisés en sectes dont chacune prétend faire bande à part [...] n'ayant plus de commun, pour ainsi dire, que le nom, si tant est qu'ils l'aient encore. C'est la seule chose qu'ils aient eu honte d'abandonner; car, pour le reste, les uns professent une chose, les autres une autre."
"Je connais pareillement bien d'autres divisions et d'autres sectes parmi eux : les Sibyllistes, les Simoniens et, parmi ceux-ci, les Héléniens du nom d'Hélène ou d'Hélénos leur maître; les Marcelliniens, de Marcellina; les Carpocratiens, issus, ceux-ci de Salomé, ceux-là de Marianne, d'autres de Marthe ; les Marcionites relevant de Marcion ; d'autres encore qui imaginent, ceux-ci tel maître ou tel démon, ceux-là tel autre, et, se plongeant dans d'épaisses ténèbres, s'y livrent à des désordres pires encore et plus outrageants pour la morale publique que ceux, en Égypte, des compagnons du thiase d'Antinous. Ils se chargent à l'envi les uns des autres de toutes les injures qui leur passent par la tête, rebelles à la moindre concession pour le bien de la paix, mais animés mutuellement d'une haine mortelle. Cependant, ces hommes dressés les uns contre les autres, qui, dans leurs querelles, échangent les plus indignes outrages, ont tous à la bouche le même mot: Le monde est crucifié pour moi et je le suis pour le monde..."

Sur la résurrection de Jésus, pas sûr qu'à l'époque elle ait été définie dans les mêmes termes qu'aujourd'hui, avec autant d'éclat : "pour ce qui est de Jésus, ils prétendent qu'après sa mort il est apparu à ses compagnons en personne; en personne, entendez son ombre [et veulent par là qu'on le reconnaisse pour Dieu. De telles apparitions posthumes sont pourtant monnaie courante.]" "En rendant un culte à leur supplicié, les Chrétiens en tout cas ne font rien de plus que les Gètes avec Zamolxis, les Ciliciens avec Mopse, les Acharnaniens avec Amphiloque, les Thébains avec Amphiaraos, les Lébadiens avec Trophonios."

Sur le rachat des péchés, la mondialisation a fait son travail. Désormais et depuis des lustres, Jésus est venu sur Terre racheter les péchés des hommes. De tous les hommes. Mais il n'en a pas toujours été ainsi. Pas aux yeux des peuples qui vivaient à son contact. "Accordons si l'on veut qu'il l'ait été [choisi par Dieu]  pour un plus grand objet, pour racheter quelque péché des Juifs, coupables de corrompre la religion ou de tout autre forfait de ce genre, comme les Chrétiens le laissent entendre"
Évidemment, ne racheter que les péchés des juifs ne risquait pas d'assurer à la stature de ce fils de Dieu une aura planétaire... En élargissant le champs des possibilités, on obtient un rendement supérieur.

Celse ose même accuser Jésus de pilleur de maximes : " De même, cette sentence de Jésus contre les riches :
" Il est plus facile a un chameau de passer par le pertuis d'une aiguille qu'à un riche d'entrer dans le Royaume de Dieu ", est manifestement tirée de ce passage de Platon, dont Jésus a altéré les termes: " Il est impossible d'être à la fois extrêmement riche et extrêmement vertueux."
Non, attendez Celse ! Vous déconnez ? Jésus a piqué des trucs bien sentis aux philosophes ?
Bon en même temps, ils le lui ont bien rendu, non ?

Je pourrais en faire des lignes et des lignes mais le mieux n'est-il pas que vous puissiez vous forger votre propre opinion ? Le livre de Louis Rougier n'est plus édité et on ne le trouve qu'en vente d'occasion. Mais peut-être aurez-vous comme moi la chance d'en obtenir un. Si tel n'est pas le cas, ce discours est disponible sur le net : Celse et le discours vrai

Et pour clore avec Celse, très vieille âme de presque 2000 ans, je vous laisse savourer cette tirade où l'humour, pour le moins croustillant, est on ne peut plus moderne et digne des plus grands humoristes :

"Partout, ils [les chrétiens] mêlent l'arbre de la vie et la résurrection de la chair par le bois, probablement parce que leur maître a été mis en croix et qu'il était charpentier de profession.
S'il eût été précipité du haut d'un rocher ou jeté dans un abîme, ou pendu avec une corde, ou s'il eût été de son état cordonnier, tailleur de pierres ou serrurier, on ne manquerait pas de mettre au-dessus des cieux le rocher de la vie, ou le gouffre de la résurrection, ou la corde de l'immortalité, la pierre de la béatitude, le fer de la charité ou le cuir de la sainteté."


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2009 ·Cogito Rebello by TNB